«Le milieu québécois du sida souffre d'autisme»

Dans l’esprit des Québécois, l’épidémie du VIH est chose du passé.<br />
Photo: Agence Reuters Jason Lee Dans l’esprit des Québécois, l’épidémie du VIH est chose du passé.

Le visage du VIH (virus de l'immunodéficience humaine) a beaucoup changé en 20 ans. Pas le réseau de la santé ni les organismes communautaires qui se complaisent aujourd'hui dans une gestion «ronflante», selon trois groupes de citoyens qui ont dénoncé hier les effets pervers d'une gestion bureaucratisée et moralisatrice sur les efforts de prévention.

Réunis au parc de l'Espoir, angle Panet et Sainte-Catherine, à Montréal, les trois groupes ont voulu sonner le réveil de la communauté VIH à la veille de la Journée mondiale du sida. Dans l'esprit des Québécois, l'épidémie est chose du passé. Parce que les médicaments ont réduit de façon notable les décès, parce que ceux qui vivent avec le VIH ont disparu de nos vies, explique Roger Le Clerc, porte-parole de La Mémoire vivante du parc de l'Espoir.

Mais tout cela n'est qu'illusion. «Nous rêvons que nous vivons normalement. Mais ce n'est pas possible. La réalité finit toujours par nous rattraper», croit Roger Le Clerc. À preuve, l'épidémie fait toujours rage, selon l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), qui estimait hier à 18 000 le nombre de personnes infectées par ce virus au Québec. Le quart ignorerait leur état.

Parmi les personnes nouvellement infectées, 65 % sont des hommes gais âgés de 30 à 49 ans. Une population oubliée de tous, selon M. Le Clerc. «Les organismes communautaires ronronnent. Ils font de la prévention comme il y a 20 ans. Mais les clientèles ont changé, les traitements et le quotidien des malades aussi.»

Pour Patrick Charette-Dionne, membre de VIHsion et PolitiQ - queers solidaires, le problème en est d'abord un d'écoute. «La dynamique du milieu est dictée par une poignée d'intervenants qui n'écoutent pas les gens qui souffrent, qui les infantilisent.» C'est aussi un problème d'ouverture, croit Sébastien Barraud de Warning-Montréal. «Le milieu québécois du sida souffre d'autisme. Il est déconnecté de ce qui se fait ailleurs dans le monde.»

Selon ces trois groupes, l'heure de la prise de parole a sonné. Tout comme celle de la responsabilisation. «La santé publique réclame plus de dépistage précoce. Il faudrait pour cela qu'on cesse d'allonger inutilement les procédures en rendant accessibles les autotests, par exemple», a fait valoir Patrick Charette-Dionne, qui demande aussi qu'on cesse de taire les méthodes préventives plus controversées, comme le sérochoix ou la séroadaptation.