Médecins étrangers: les facultés assurent ne pas être des «forteresses»

Cette année, 121 candidats diplômés à l’étranger ont tenté leur chance au Québec. Au total, 42 auront été admis à la résidence, soit 35 %.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Cette année, 121 candidats diplômés à l’étranger ont tenté leur chance au Québec. Au total, 42 auront été admis à la résidence, soit 35 %.

Les facultés de médecine québécoises ne seraient pas les forteresses dépeintes dans le rapport de la Commission des droits de la personne. En entrevue au Devoir, la Conférence des doyens des facultés de médecine du Québec lève le voile sur des chiffres qui montrent plutôt que les facultés d'ici font proportionnellement mieux que la moyenne canadienne lorsqu'il s'agit d'admettre des médecins étrangers à la résidence.

Cette année, 121 candidats diplômés à l'étranger ont tenté leur chance au Québec. Au total, 42 auront été admis à la résidence, soit 35 %. C'est peu? C'est tout de même près du double de la moyenne canadienne. Sur les 1979 médecins étrangers qui ont fait le même pari un peu partout au Canada, les facultés n'ont retenu cette année que 380 candidats, soit 19 %. En 2009, le topo était sensiblement le même alors que le Québec avait admis 37 % de ses candidats étrangers, contre 28 % au Canada. En 2008, c'était 51 % contre 27 %.

Ces chiffres racontent une histoire bien différente de celle relatée par la Commission, croit le président de la Conférence, le Dr Rénald Bergeron. «La Commission dit que nous faisons de la discrimination. Inconsciente, peut-être, mais de la discrimination quand même. C'est fort! [...] Ce message ne reflète en rien les efforts que nous avons mis ces huit dernières années pour intégrer les diplômés hors Canada et États-Unis (DHCEU).»

Au coeur du malentendu, l'équivalence du diplôme de médecine sanctionnée par le Collège des médecins, étape obligée qui mène à la résidence. Dans son rapport, la Commission s'étonne de voir que les facultés peuvent mettre en doute une «reconnaissance pourtant formelle». C'est mal saisir le rôle des facultés, répond le Dr Bergeron. «La Commission semble ne pas comprendre que le certificat d'équivalence n'est pas un gage d'admission, mais un prérequis.»

Le certificat d'équivalence confirme que ces médecins ont satisfait aux exigences pour postuler à un poste de résidence. Il ne dit rien de leurs habiletés à réussir ce stage, explique le président de la Conférence. «Dans la semaine qui suit son entrée en résidence, le médecin va faire des gardes, il va commander des examens, il va prescrire des médicaments et des interventions. Nous avons le devoir de nous assurer qu'il va être capable de faire tout cela avec l'éclairage qu'on attend d'un étudiant qui entame sa résidence.»

En Amérique du Nord, les étudiants en médecine ont 18 mois d'externat pour se familiariser avec le milieu clinique. Ils apprennent alors à questionner les patients, à faire des diagnostics différentiels, à proposer des interventions et des traitements. «Ils sont sous haute supervision. Mais ils gagnent des aptitudes cliniques qui les préparent à entreprendre un programme de résidence», explique le Dr Bergeron. Ailleurs, ce bain clinique est peu ou pas du tout présent dans la formation médicale.

Résultat: même si les mailles du filet sont serrées — beaucoup trop selon la Commission —, la moitié des candidats étrangers retenus vont échouer à leur résidence après les deux ans d'études réglementaires. «Le tiers des DHCEU évolue comme les étudiants réguliers et réussit en deux ans. Un autre tiers va finir par réussir ses examens, mais cela va lui prendre de trois à quatre ans pour le faire. Le dernier tiers va échouer, quoi qu'on fasse.»

Un nécessaire équilibre

Sachant cela, les facultés ont développé des outils pour évaluer la capacité des candidats à réussir ce stage. Même si cela veut aussi dire laisser des postes vacants. Pas moins de 82 cette année. Un choix que s'expliquent mal les deux millions de Québécois sans médecin de famille, mais que défend la Conférence. «Les Québécois doivent reconnaître que les universités ont des obligations. [...] Les résidents soignent des patients au quotidien. Les facultés doivent s'assurer qu'ils ont les qualités requises pour le faire de façon sécuritaire.»

Cette sélection basée sur les compétences n'est «nullement discriminatoire», poursuit le Dr Bergeron. «Quoi qu'en dise la commission, nous sommes les seuls capables de mesurer ces capacités-là. Et c'est un devoir que nous allons continuer à assumer.» Plutôt que d'assouplir les conditions d'entrée à la résidence, les facultés estiment qu'il vaut mieux agir en amont pour aider les DHCEU à rattraper leur retard clinique.

Au printemps prochain, ceux qui n'auront pas été sélectionnés à l'entrevue en résidence feront donc l'objet d'une nouvelle évaluation. On offrira 42 stages de six mois à ceux qui auront besoin d'une mise à niveau. Pour les autres, plus question de laisser le doute planer, raconte le Dr Bergeron. «Cette évaluation va nous permettre d'identifier ceux qui ne pourront pas postuler sérieusement à un poste de résidence. Le cas échéant, nous travaillerons avec le ministère de l'Immigration pour les aider à réévaluer leur carrière.»

Pourquoi ne pas offrir à ces candidats de faire leur externat, afin de mieux les préparer à la réalité clinique qui leur fait défaut? Les médecins étrangers ne veulent pas reprendre tout de zéro, fait valoir la Conférence. Et quand bien même ils le voudraient, le réseau de formation ne pourrait pas tous les accueillir. Depuis 2002, les facultés ont doublé leurs cohortes pour pallier la pénurie. «Les 42 places, c'est déjà un tour de force dans un réseau saturé comme le nôtre.»

Et il y aura toujours un exercice d'équilibre à faire pour que les cohortes régulières continuent à progresser normalement, rappelle le président de la Conférence. «Pendant qu'on fait tout ce travail avec les DHCEU, on ne le fait pas avec les autres étudiants. Il faut le savoir, ça. Et nous aurions tort de mettre trop d'énergie sur des candidats qui s'insèrent difficilement pour laisser pour compte des candidats qui pourraient devenir encore meilleurs si on leur donnait les ressources suffisantes.»
16 commentaires
  • Ginette Bertrand - Inscrite 30 novembre 2010 05 h 57

    Mise au point fort bienvenue

    Les chiffres et les arguments m'apparaissent très convaincants.

  • Jean Rage - Inscrit 30 novembre 2010 06 h 47

    médecins étrangers

    Une très bonne mise au point qui serait productive si le peuple québécois se donnait la peine de lire les articles sérieux. Et ça, j'en doute car ce sont les nouvelles du sport du Journal de Montréal - qui n'est certainement pas un journal intellectuel - que les Québécois lisent.
    Alors, cette mise au point les atteindra-ils- un jour?

  • mevoici - Inscrit 30 novembre 2010 08 h 31

    forteresse quand même

    Connaissant personnellement 2 médecins-immigrants,la route qui mène vers l'obtention d'un poste au Québec est un enfer.Les médecins d'ici protègent leur liste d'attente qui leur garantissent du travail à perpétuité,bref,même si certains points intéressants ressortent de cet article,les facultés de médecine québécoise sont des forteresses.

  • badaza@hotmail.com - Inscrite 30 novembre 2010 11 h 37

    Question absurde et naïve

    Est-ce que les futurs médecins ayant complété leur formation en université (et étant donc prêts à entamer leur résidence) sont sujets aux mêmes évaluations? Si je comprends bien, le certificat d'équivalence dit que les médecins étrangers ont suivi l'équivalent d'une formation en université, mais pas la résidence.

  • Walid Elabyad - Inscrit 30 novembre 2010 13 h 13

    L'évaluation du Collège des médecins

    Pour obtenir l'équivalence du Collège des médecins, il faut réussir au trois examens essentiels.

    1-L’examen d’évaluation du Conseil médical du Canada
    2-L’examen d’aptitude du Conseil médical du Canada, partie 1
    3-ECOS de la CNE ou EACMC – partie II

    (voir site du Collège :http://www.cmq.org/fr/ObtenirPermis/DiplomesIntern

    Pour certain aussi il faut passer un test de Français.

    Je vous donne ces informations pour vous montrer que les étapes de reconnaissance des diplômes des médecins diplômés à l'étranger, comprennent globalement une évaluation sur les connaissances médicales du candidat et un volet sur l’évaluation des compétences cliniques.
    Ceci pour répondre à Dr Bergeron qui a dit :
    « Le certificat d'équivalence confirme que ces médecins ont satisfait aux exigences pour postuler à un poste de résidence. Il ne dit rien de leurs habiletés à réussir ce stage... »

    Le Collège a donc évalué les compétences cliniques de ces médecins, ceci à travers deux examens et non pas un. Alors que les étudiants d'ici peuvent postuler et avoir des postes de spécialités avant même de passer le troisième examen, qui est l'examen d'évaluation clinique proprement dit.

    Donc, qui a dans ce cas a fait la preuve de sa compétence? Celui qui a réussi l'examen du Collège ou celui qui n'a pas encore passé cet examen?

    A suivre .......