Québec et Montréal lanceront leur site d'injection supervisé, avec ou sans Bolduc

Pour le directeur général de Point de repères, Mario Gagnon, les sites d’injection supervisés «réduisent les risques de surdose et d’infection et aident à réduire la consommation. Ils aident aussi à rétablir les ponts avec le réseau de la santé».<br />
Photo: Agence Reuters Andy Clark Pour le directeur général de Point de repères, Mario Gagnon, les sites d’injection supervisés «réduisent les risques de surdose et d’infection et aident à réduire la consommation. Ils aident aussi à rétablir les ponts avec le réseau de la santé».

Avec ou sans l'appui du gouvernement Charest, cadre légal ou pas, Montréal et Québec auront leurs services d'injection supervisée (SIS) pour les usagers de drogues injectables (UDI) dès l'été prochain. Parole de Cactus Montréal et de Point de repères, qui ont annoncé hier leur intention de passer à l'action dès juin 2011. Quitte à défendre ce principe jusque devant la Cour suprême s'il le faut.

En conférence de presse, les deux organismes qui font déjà la distribution et l'échange de matériel stérile, le premier à Montréal, le second à Québec, ont insisté sur l'importance que revêt ce genre de sites sur le plan de la santé publique. «Tous les jours, des gens s'injectent [de la drogue] dans des conditions insupportables», raconte Louis Letellier de Saint-Just, président de Cactus Montréal. La moitié le font dans des lieux publics.

Tout cela se fait alors que les épidémies de VIH et d'hépatite sont toujours aussi féroces dans cette population. À Montréal, 19 % des UDI vivent avec le VIH et 68 % avec l'hépatite C. À Québec, 11 % des UDI ont contracté le VIH et 64 %, l'hépatite C. Un lourd tribut, auquel s'ajoutent de nombreux troubles de santé mentale, qui mènent ces gens à l'urgence plus souvent qu'à leur tour.

Là-bas, ils sont encore très stigmatisés, a déploré l'Association pour la défense des droits et l'inclusion des personnes qui consomment des drogues du Québec (ADDICQ). «Les préjugés et l'incompréhension sont partout, témoigne Alexandra. On traite encore [les toxicomanes] comme des criminels.» L'introduction de sites supervisés permettrait de «rétablir le contact» avec un réseau de la santé mal outillé pour aider les toxicomanes.

«Ne faites pas de ce débat une question de morale, mais une question de santé publique», a-t-elle insisté. Cet avis est partagé par nombre d'organisations québécoises, y compris l'Institut national de santé publique qui a émis un avis favorable en ce sens il y a un an. La pertinence d'ouvrir des SIS figure aussi au programme national de santé publique depuis deux ans déjà. Malgré cela, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, hésite à aller de l'avant.

Cactus comme Point de repères aimeraient compter sur son appui pour leur SIS à venir. Mais ils affirment pouvoir aller de l'avant sans lui. «C'est une décision que l'on peut prendre, quoi que décide Québec, a précisé hier Louis Letellier de Saint-Just. Bien sûr, cela va prendre des investissements. Sachant cela, on n'ira probablement pas avec un modèle comme celui d'InSite [en Colombie-Britannique]. Mais on est prêts et, s'il le faut, on va commencer à petite échelle.»

L'heure n'est plus aux études de faisabilité, elle est à l'action, a poursuivi le directeur général de Point de repères, Mario Gagnon. «On est de moins en moins patients. On a un problème éthique à ne pas agir. [...] Les SIS, c'est prouvé, réduisent les risques de surdose et d'infection et aident à réduire la consommation. Ils aident aussi à rétablir les ponts avec le réseau de la santé.»

Selon M. Gagnon, le ministre Bolduc n'aura d'autres choix que de se rallier à ces arguments. «Le ministre va être confronté à un problème éthique avec l'épidémie que l'on connaît avec le VIH, mais encore plus avec l'hépatite C. Ces gens-là vont se ramasser à l'urgence, ils vont occuper des lits. Le ministre va devoir répondre de cela et expliquer pourquoi il refuse les SIS.»

Au Québec, la population d'UDI est estimée entre 25 000 et 30 000. Montréal en compterait au moins 15 000.
2 commentaires
  • Benny-boy - Inscrit 3 décembre 2010 11 h 45

    À ceux qui ne sont pas d'accord

    Bonjour,

    Il y a plusieurs avantages à fournir de tels endroits aux utilisateurs de drogues injectables (UDI).

    À ceux qui n'y voient que de l'incitation à consommer, je crois qu'il reste tout de même le dernière argument : économique.

    Les UDI coûtent cher au système de santé à cause des problème de santé qu'ils contractent. Les endocardites infectieuses, hépatite C et VIH peuvent coûter jusqu'à 100k$ par année. Multipliez par le nombre de malades, multipliez par plusieurs années, ça fait beaucoup d'argent pris dans vos impôts, dans vos poches. Ces problèmes pourraient certainement être diminués avec des centres d'injection supervisés.

  • Tina Yelle - Inscrit 11 décembre 2010 11 h 52

    Vous ne penser pas au plus vulnérable.

    Quand je lis votre commentaire je n'en revient pas comment ont oublie nos jeunes enfants qui eu n'ont absolument pas besoin de directive pour la consommation par injection. Vous savez que la peur de ne pas savoir peu retarder la consommation jusqu'a se que l'enfant grandit quelque peu et pourrat enfin faire des choix plus raisonnable.