VIH: le sort des infectés plus âgés sera étudié

Le Dr Réjean Thomas, président fondateur de la clinique L’Actuel, croit qu’en 2017, les personnes de plus de 50 ans représenteront 50 % de sa clientèle. Québec vient d’octroyer 200 000 $ à la Fondation L’Actuel pour documenter la réalité vécue par cette catégorie de patients atteints du VIH.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le Dr Réjean Thomas, président fondateur de la clinique L’Actuel, croit qu’en 2017, les personnes de plus de 50 ans représenteront 50 % de sa clientèle. Québec vient d’octroyer 200 000 $ à la Fondation L’Actuel pour documenter la réalité vécue par cette catégorie de patients atteints du VIH.

Grâce à l'efficacité des traitements, les personnes atteintes du VIH vivent plus longtemps qu'il y a 15 ou 20 ans, mais le vieillissement de cette population pose de nouveaux défis pour le système de santé. Chercheuse spécialisée en gérontologie à l'Université McGill, la Dre Isabelle Wallach a entrepris d'étudier le sort des personnes de 50 ans et plus aux prises avec cette infection.

À la clinique L'Actuel, les personnes de plus de 50 ans représentent 30 % de la clientèle, mais en 2017, elles formeront plus de 50 % des patients, croit le Dr Réjean Thomas, président fondateur de la clinique. Cette tendance s'observe à l'échelle de la planète, précise-t-il: «C'est vraiment une réalité mondiale à cause de l'efficacité des trithérapies.»

Mais à cette cohorte de patients qui franchissent le cap des 50 ans s'ajoutent les malades qui contractent le VIH sur le tard. Il s'agit de personnes âgées de 45 à 54 ans qui composent maintenant le quart des nouvelles infections déclarées à la Clinique L'Actuel, comparativement à 13 % en 2007. Pendant ce temps, les cas chez les jeunes de moins de 30 ans et chez les toxicomanes ont légèrement fléchi.

Le Dr Thomas émet quelques hypothèses pour expliquer cette recrudescence inusitée de cas chez les homosexuels plus âgés, dont certains ont contracté la maladie après 60 ans. «Personnellement, je l'attribue à beaucoup de détresse, d'isolement, de solitude et de raisons sociales qui vont de pair avec le vieillissement, explique-t-il. Le sida a fait partie de leur vie, ils se sont tellement protégés tout le temps, et leurs amis sont morts. Chez certaines personnes, c'est comme un soulagement. [...] Chez plusieurs de mes patients, il y a une volonté de mourir qui est présente.»

Québec vient d'octroyer 200 000 $ à la Fondation L'Actuel pour documenter la réalité vécue par les personnes de plus de 50 ans atteintes du VIH dans le but d'améliorer les services qui leur sont offerts et mieux guider l'intervention des travailleurs de la santé. La Dre Isabelle Wallach fera des entrevues avec 40 patients de plus de 50 ans et avec une quinzaine de médecins ou d'infirmières.

L'isolement et l'inquiétude liée au vieillissement affectent l'ensemble de la population, mais la stigmatisation que vivent les personnes atteintes du VIH amplifie leur détresse, indique-t-on. «Imaginez vieillissement, VIH et âgisme, c'est une véritable chape de plomb», a résumé hier la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais.

Si la grande majorité des patients de la clinique L'Actuel sont homosexuels ou bisexuels, les hétérosexuels forment, bon an mal an, 15 % des nouveaux cas de VIH. Et lorsque certaines femmes contractent le VIH au crépuscule de leur vie alors qu'elles ne sont pas considérées comme étant à risque, le choc est immense. «Elles ne pensent même pas qu'elles pourraient un jour être concernées par cette infection. Les personnes âgées pensent que c'est une maladie de jeunes et qu'elles ne courent aucun risque. C'est comme si le ciel leur tombait sur la tête tellement c'est inimaginable», explique la Dre Wallach.

Les résultats de l'étude seront connus en 2012 et devraient permettre de mieux cerner les besoins de cette clientèle et de réévaluer les programmes de formation auprès du personnel des centres d'hébergement et au sein du système de santé.