De nouveaux outils pour prévenir l'infection par le VIH

Deux nouvelles publications annonçaient cette semaine des avancées importantes dans la prévention du sida. L'une fait état de l'efficacité d'un médicament et l'autre relate la découverte d'une clé de l'énigme que représentent les personnes infectées par le VIH, mais qui ne développent pas la maladie.

Dans l'étude citée dans le dernier numéro du New England Journal of Medicine, environ 2500 hommes gais en bonne santé et séronégatifs se sont vu administrer un placebo ou du Truvada, un médicament combinant les deux antirétroviraux tenofovir et emtricitabine, dans le but de les protéger contre le VIH. Or, les participants qui avaient absorbé le Truvada ont vu leur risque d'être infecté par le VIH réduit de 44 % comparativement à ceux qui avaient reçu un placebo. Quand les chercheurs n'ont inclus dans leur calcul que les individus qui avaient pris assidûment le médicament chaque jour, comme en faisait foi sa présence dans le sang des participants, le risque d'infection avait diminué de plus de 90 %.

Pour le Dr Réjean Thomas, président de la clinique L'Actuel, les résultats de cette étude, qui a été financée par les National Institutes of Health et la Fondation Bill et Melinda Gates, constituent «un grand pas en matière de prévention de la transmission du VIH et de lutte contre le sida. Un tel traitement préventif pourrait permettre de mieux protéger les clientèles plus vulnérables contre l'infection au VIH puisqu'actuellement, les campagnes de santé publique ne parviennent pas à atteindre ces populations à risque élevé», a-t-il déclaré.

La Dre Cécile Tremblay, directrice de l'Unité hospitalière de recherche et de soins sur le sida (UHRESS) du CHUM, qualifie ces résultats d'«extrêmement encourageants», tout en rappelant toutefois l'importance de continuer à porter le condom. «Chez les personnes qui ont pris correctement le médicament, il y en avait tout de même 10 % qui n'étaient pas protégées. De plus, il n'est pas vrai que les personnes penseront à le prendre tout le temps sans jamais l'oublier. Qui plus est, dans la vraie vie, le taux d'adhérence au traitement est souvent moindre que dans le cadre d'une étude», fait remarquer la microbiologiste-infectiologue, qui considère que la prise de ce médicament «n'est pas soutenable économiquement, auprès des populations d'Afrique notamment. [...] Ce type d'intervention est surtout adapté pour des populations à risque, bien ciblées, comme les travailleurs du sexe, par exemple», précise-t-elle.

La clé de l'énigme

La seconde étude dont les résultats étaient publiés dans la version en ligne de Science, a permis de mettre en évidence les mutations génétiques dont étaient porteurs les individus infectés par le VIH depuis plusieurs années, mais dont le système immunitaire demeurait vigoureux et dont la charge virale était relativement basse, voire indétectable chez certains (dénommés des contrôleurs d'élite). Ces mutations permettent aux cellules dendritiques du système immunitaire qui interceptent les corps étrangers et en exposent des éléments à leur surface de présenter plus efficacement les fragments du virus (appelés antigènes) aux cellules chargées de tuer les virus et les cellules qui en sont infectées, lesquelles seront ainsi mieux armées pour exterminer les intrus.

«La protéine virale qui est présentée au système immunitaire se loge dans une pochette sise au sein des récepteurs qui se trouvent à la surface des cellules présentatrices d'antigène. La façon dont cette pochette retient la protéine fera en sorte que la protéine sera plus ou moins bien présentée. Or, les mutations découvertes chez les contrôleurs d'élite — les personnes qui contrôlent très bien l'infection — confèrent à la pochette une configuration lui permettant de mieux présenter l'antigène au système immunitaire, lequel pourra ainsi reconnaître plus facilement les virus et les cellules infectées, et les détruire», explique la Dre Cécile Tremblay, qui a coordonné la section canadienne de cette étude internationale, qui comparait 974 individus infectés mais qui contrôlaient l'infection, appelés progresseurs lents, dont 150 étaient canadiens. «L'identification de cette meilleure façon de présenter l'antigène nous aidera à mettre au point un vaccin préventif qui pourrait être utilisé par toutes les populations du monde», a-t-elle souligné.