Mammographies: des radiologistes décrochent

Mammographie<br />
Photo: Agence Reuters Jean-Paul Pelissier Mammographie

Les récentes sorties dans le domaine de la mammographie ont mis beaucoup de pression sur les radiologistes, au point que certains ont préféré cesser de faire cet examen par crainte d'être emportés dans la tourmente, a appris Le Devoir. «Actuellement, avec le battage médiatique, j'ai quelques radiologistes, un nombre significatif, qui abandonnent la mammographie», confirme le président de l'Association des radiologistes du Québec, le Dr Frédéric Desjardins.

L'Association dit craindre que ce mouvement ne prenne de l'ampleur maintenant que trois radiologistes ont dû se retirer du programme québécois de dépistage du cancer du sein sitôt que des erreurs de relecture ont été signalées au Collège des médecins du Québec. «Ce n'est pas des menaces. L'effet pervers, il est concret, je peux déjà vous le dire, c'est qu'il y aura de moins en moins de radiologistes qui vont lire des mammographies», affirme le Dr Desjardins.

Tout ceci survient alors que le Collège a réclamé au début du mois de novembre la relecture de 15 000 films radiographiques. Cette surcharge dans un univers déjà fortement pressurisé rend chaque retrait encore plus préoccupant, calcule le radiologiste. «Ce n'est pas Me [Jean-Pierre] Ménard ni le ministère qui vont relire ces films-là, ce sont les radiologistes. Nous avons déjà un "work force" limité et il faut en tenir compte.»

Le secrétaire du Collège des médecins du Québec, le Dr Yves Robert, partage son inquiétude. Il en veut pour preuve une relecture effectuée à Saint-Eustache en 2006 après que des patientes eurent dénoncé des erreurs d'interprétation de la part d'un radiologiste. L'enquête avait finalement permis de montrer que sa pratique était en fait «supérieure à la moyenne», rappelle le Dr Robert. «Vous savez ce qui est arrivé après? On l'a perdu. Vous comprenez donc les conséquences que ces interventions peuvent avoir. C'est l'fun de lancer des alertes, mais à partir d'informations partielles, c'est dangereux.»

Cela risque aussi de discréditer le programme de dépistage aux yeux des femmes, ce qui pourrait avoir d'importantes conséquences sur leur santé, notent les Drs Robert et Desjardins. «Quand les gens commencent à critiquer le dépistage, ils pensent qu'ils se portent à la défense des femmes en forçant le programme à devenir meilleur, mais ils sèment plutôt le doute dans l'esprit des femmes, croit le radiologiste. Et au bout du compte, il y aura moins de femmes qui vont aller faire la mammographie.»

Traitement inéquitable

L'Association des radiologistes estime par ailleurs que ses membres font l'objet d'un «traitement inéquitable» de la part du Collège des médecins du Québec dans ce dossier. «Le Collège panique devant la pression des médias. Maintenant, dès qu'une plainte contre un radiologiste est relayée dans les médias concernant la mammographie, il le suspend temporairement ou de façon définitive», s'insurge le Dr Desjardins, qui dénonce un «double standard».

Son association rappelle que les erreurs sont chose normale dans un programme de dépistage où 650 000 mammographies sont effectuées par année au Québec. Le Collège évalue qu'un programme performant compte en moyenne 5 % d'erreurs. «Une erreur n'est pas synonyme de mauvaise pratique», insiste le Dr Desjardins en rappelant que pour deux des ces trois radiologistes, le Collège n'a d'ailleurs pas jugé nécessaire d'ordonner une relecture de leurs films radiographiques, les contrôles de performance et de qualité n'ayant pas relevé de lacunes dans leur pratique.

Et pourtant, tous les trois ont dû cesser de faire des mammographies à la demande du Collège, dénonce le Dr Desjardins. «Quand il y a une plainte au Collège contre un chirurgien orthopédiste, l'Ordre ne suspend pas temporairement l'orthopédiste dans le domaine visé par la plainte. Il fait enquête. [...] Il ne fait pas non plus revenir les 100 derniers patients qu'il a opérés. Pourquoi agir différemment pour les radiologistes?»

Le secrétaire du Collège, le Dr Yves Robert, nie l'existence d'un double standard en la matière. «Toutes les spécialités font l'objet de programmes d'inspection. Mais comme c'est du cas par cas, il est rare qu'on soit obligé de revenir en arrière. Généralement, on regarde plutôt en avant, en se disant que s'il y a eu des problèmes, on peut améliorer la pratique de ce médecin par un stage, un tutorat.» Dans le cas présent, ce sont l'ampleur et la nature du programme qui singularisent la mammographie par rapport aux autres examens diagnostiques, argue le Collège. Rien d'autre.

Rappelons que l'avocat spécialisé en santé Jean-Pierre Ménard a annoncé plus tôt cette semaine que deux radiologistes font maintenant l'objet d'une poursuite pour des erreurs de lecture ayant entraîné des retards de diagnostic de cancer du sein. Un troisième pourrait suivre sous peu. Son cabinet étudie également une douzaine d'autres dossiers du même genre.
8 commentaires
  • Charles F. Labrecque - Inscrit 26 novembre 2010 09 h 20

    Examens

    Il est incompréhensible qu'en 2010 ces spécialistes procèdent encore ces examens à l'œil et à la mitaine. Je comprend plutôt que ces spécialistes ayant peur de perdre leurs domination et leurs revenus, préfère cette méthode plutôt que de développer une méthode à l'aide d'un appareil qui numériserait le prélèvement pour être ensuite analysée à l'aide d'un ordinateur.

  • Benny-boy - Inscrit 26 novembre 2010 10 h 55

    Re:Examens

    @Charles : En effet il semble assez archaïque qu'en 2010, toutes les radiographies doivent encore être lue manuellement.

    La technologie a beaucoup évoluée depuis les 50 dernières années, mais malheureusement il n'existe présentement aucun logiciel capable d'interpréter toute la subjectivité d'une radiographie. J'ai gradué en génie biomédical donc j'en sais quelque chose :( Si un tel logiciel existe un jour, cela ne sera vraisemblablement pas avant plusieurs dizaines d'années.

    Par ailleurs, aucun test n'est infaillible. Ils comportent une Sensibilité et un Spécificité, et il est tout à fait possible qu'un cancer passe inaperçu, tout comme il est possible de penser qu'il y a un cancer alors qu'il n'y en a pas. Dans le problème des mammographies, l'enquête cherchera a démontrer s'il y a eu plus de Faux Négatif que ce est "consensuellement" admissible pour une mammographie.

  • idee - Abonnée 26 novembre 2010 11 h 44

    Pourquoi pas une double lecture? Irène Doiron

    Pourquoi ne fait-on pas une double lecture par deux radiologues différents comme cela se pratique en France et qui permet de détecter environ 15% de plus de cancer que ce qui avait été détecté à la première lecture.
    En réponse à Charles F. Labrecque: y a-t-il des programmes informatiques qui pourraient faire ce travail sans erreur? Penser que tous les radiologues n'ont pas de conscience professionnelle et ne travaillent que pour l'argent est une généralisation un peu abusive, non?

  • maxime belley - Inscrit 26 novembre 2010 12 h 28

    suggestion

    pourquoi ne pas faire voir les resultats a un colloque de dison 200 radiologues qui cumulent au moins 5 ans d'expériences et qui doivent accepter a l'unanimité les résultats?

    pourquoi ne pas augmenter les impots a 80% et la contribution médicale annuelle a 5000$ ?? que fait le gouvernement??

    les maladies tuent encore plein de citoyens!! au jourdhui plein de gens sont mort qu'on aurait pu sauver en investissant quelques milliards de $$.


    moi je dit: couper tout le reste car ce n'est pas nécessaire !! seul la santé compte!!

    amen

  • pasencore - Abonné 26 novembre 2010 15 h 21

    lecture

    lire un radio est plus qu un art et malheureusement aucune machine ou ordi ne peut remplacé la lecture de un oeil avisé......faites l experienmce de regarder un negatif et dites-moi ce que vous voyez.......c est comme lire un tableau de peintre chaque petit details est important meme ceux que vous ne voyez pas et c est la que la science cotoie l art du savoir interpreter