Cancer colorectal - Québec pose les premiers jalons du dépistage

Les premiers jalons très attendus d'un programme de dépistage du cancer colorectal — le cancer le plus mortel après celui du poumon au Québec — seront posés cet hiver, a confirmé hier le ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc. Cette première étape vers un dépistage universel se déploiera d'abord dans huit projets-pilotes avant de gagner tout le Québec, en 2013.

Cette annonce survient un peu plus de deux ans après que l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a fait la preuve de la pertinence et de la faisabilité d'un pareil programme et après plusieurs années de demandes pressantes de la part du milieu de la santé. La Société canadienne du cancer a salué l'initiative du ministre Bolduc, tout comme la Coalition priorité cancer au Québec, qui s'est néanmoins étonnée qu'on ait retenu un «programme à l'étude».

«Je crois que cela aurait pu se faire plus vite. On aurait pu s'inspirer des programmes qui sont bien implantés ailleurs au Canada. C'est d'autant plus étonnant que l'INSPQ a déjà fait la preuve de la faisabilité d'un programme semblable», a commenté la porte-parole de la Coalition, Nathalie Rodrigue. En conférence de presse, le ministre a néanmoins défendu la nécessité de procéder par étape.

À terme, Québec compte en effet offrir le dépistage à tous les Québécois à risque, soit ceux âgés de 50 à 74 ans. Ce test leur sera offert tous les deux ans. «On fera un premier test pour détecter des traces de sang occulte dans les selles. Si ce test est positif, on fera ensuite une coloscopie», a précisé l'attachée de presse du ministre, Karine Rivard.

Évaluée à 2,7 millions, la première phase, qui durera de 12 à 18 mois, servira «à tester les modalités et mécanismes» qui devront être retenus pour «répondre à la demande supplémentaire d'examens en coloscopie», a expliqué Yves Bolduc. Cela devra se faire «sans bris de service», autant pour les personnes à risque que pour celles qui présentent des symptômes réels et celles qui sont déjà en suivi de cancer colorectal. Suivra ensuite le déploiement, qui se fera sur une période de 12 mois.

La tâche s'annonce ardue, croit Nathalie Rodrigue. «Il y a déjà des listes d'attente pour la coloscopie. Jusqu'à 18 mois dans certains cas. On se demande comment ils vont y arriver. Nous aurions aimé avoir plus de détails sur l'administration de ce programme. Qui sera priorisé, comment?» Les projets-pilotes permettront de répondre à toutes ces interrogations, a répondu hier le ministre Bolduc.

Selon Québec, l'introduction d'un programme de dépistage devrait avoir une incidence réelle sur la mortalité associée à ce cancer, qui ne présente aucun symptôme au premier stade de son évolution. Or, lorsqu'il est détecté tôt, le cancer colorectal est traitable dans 90 % des cas. Selon la Société canadienne du cancer, un programme de dépistage pourra réduire de 15 à 30 % le nombre de décès qui lui sont attribués.

En 2010, 5900 Québécois recevront un diagnostic de cancer colorectal et 2500 vont mourir des suites de ce mal.