Médicaments d'origine - Le Québec payera toujours beaucoup trop cher pour ses médicaments

D'ici 2012, le Québec diminuera les prix des médicaments génériques sur son territoire pour s'ajuster à l'Ontario, qui vient de les réduire de moitié. Est-ce que le Québec fera une bonne affaire? Le chercheur Marc-André Gagnon, qui a pris publiquement position en septembre dernier en faveur d'un régime universel d'assurance médicament au Québec, demeure très sceptique.

«La baisse de prix est intéressante», affirme d'emblée Marc-André Gagnon, professeur adjoint à l'École d'administration et de politiques publiques de l'Université Carleton.

Or plusieurs raisons lui font croire que le Québec ne fera pas une aussi bonne affaire qu'il pourrait le croire. D'abord, parce que cette baisse du prix des médicaments génériques concerne seulement le régime public. «L'Ontario a fait la même chose en 2006. Les prix des médicaments génériques sont passés de 63 % du prix des médicaments d'origine à 50 %, avec pour objectif de diminuer les ristournes reçues par les pharmaciens», indique M. Gagnon.

Or le Bureau de la concurrence a fait remarquer que les prix des génériques sont passés de 63 % à 70 % et même à 75 % du prix duesmédicaments d'origine dans les régimes privés. «On a tout simplement compensé», affirme le chercheur.

L'Ontario a toutefois répliqué cet été. «On a fait passer le prix des génériques de 50 % à 25 % du prix des médicaments d'origine, mais cette fois la baisse s'adressait à la fois au régime public, aux assureurs privés et aux gens qui ne sont pas assurés. Au Québec, la baisse concernera seulement le régime public. Il y a donc de fortes chances que les régimes privés voient augmenter les prix qu'ils payent pour les génériques pour compenser», affirme le chercheur, dont les travaux portent notamment sur l'économie politique du secteur pharmaceutique.

Le prix des assureurs privés

Alors que Québec en a déjà plein les bras à tenter de gérer l'explosion des coûts de son système de santé public, devrait-on vraiment s'attarder aux problèmes du privé? Marc-André Gagnon affirme que les Québécois devraient s'en préoccuper.

«Une partie importante des travailleurs québécois sont couvert par une assurance privée. Parce que les prix des médicaments sont élevés, les retenues sur les salaires sont plus importantes. Même dans le secteur public, la grande majorité des travailleurs sont couverts par une assurance privée payée par les retenues sur les salaires et par les fonds publics. La forte croissance du coût des médicaments dans les régimes privés a donc un impact sur l'ensemble des contribuables», indique M. Gagnon.

Selon le chercheur, les assureurs privés sont, pour plusieurs raisons, beaucoup moins efficaces que le régime public en ce qui a trait au contrôle des coûts. Et il affirme que ce n'est pas qu'une question de pouvoir de négociation.

«Les compagnies d'assurances privées sont payées par les employeurs en pourcentage des réclamations, donc elles n'ont pas avantage à faire chuter les prix. Ainsi, lorsqu'un nouveau médicament arrive sur le marché, elles ne font pas d'évaluation pharmacoéconomique, contrairement au secteur public, pour voir si le médicament vaut vraiment le coût», affirme le chercheur.

Les partenariats avec l'industrie

L'industrie pharmaceutique jouit aussi de partenariats signés avec le Canada et le Québec. «Le Canada gonfle artificiellement les prix des médicaments brevetés et, en échange, il demande aux compagnies pharmaceutiques qui développent des médicaments brevetés d'investir ici en recherche et développement selon un ratio des ventes. Or, depuis 15 ans, l'industrie ne respecte pas sa part de l'engagement», affirme-t-il.

Le Québec fait encore plus pour les sociétés pharmaceutiques en leur offrant un environnement d'affaires avantageux. Or les fermetures de centres de recherche se multiplient.

Marc-André Gagnon donne l'exemple de BioChem Pharma et de Merck Frosst. «Le centre de recherche de Merck Frosst était considéré comme l'un des meilleurs centres de recherche au sein de l'entreprise, qui avait alors un taux de profit de 47 %. Mais la recherche fondamentale est très risquée et on ne peut pas avoir de si haut taux de profits avec ça, donc elle l'a fermé.»

Aux yeux du chercheur, le Canada et le Québec n'ont pas de raison de maintenir ces partenariats. «Ça ne fonctionne tout simplement pas.»

Des pistes de solution

Ainsi, pour toutes ces raisons, le Canada se situe, bon an, mal an, au 3e ou au 4e rang des pays de l'OCDE où les médicaments sont les plus chers. Quelles sont les pistes de solution à regarder, d'après le chercheur?

Il penche toujours pour un régime public universel. Il donne en exemple celui de la Nouvelle-Zélande. «La société publique qui s'occupe de l'achat des médicaments génériques fait des appels d'offres et elle peut parfois aller chercher des prix aussi bas que 3 % de celui du médicament d'origine.»

Un régime public universel permettrait également, d'après le chercheur, de mettre en place un système d'évaluation pharmacoéconomique très strict, avec des prix de référence pour les catégories thérapeutiques applicables. «Il faut savoir si les nouveaux médicaments valent le coût. Si oui, on le rembourse, sinon, on refuse. Et, comme on le fait en Colombie-Britannique, on pourrait choisir un médicament de base qu'on accepterait de rembourser pour différentes catégories thérapeutiques. Si une personne préfère un nouveau médicament plus cher, elle n'aurait qu'à payer la différence.»

Quel serait l'impact d'un tel régime sur les contribuables? «On continuerait de faire des retenues sur les salaires, mais, comme on aurait un meilleur contrôle des coûts, elles seraient moindres.»

***

Collaboratrice du Devoir