Les médecins payés par problème plutôt qu'à l'acte?

Pour le Dr Paul Clifford Blais, l'heure de la facturation par problème traité est venue. Dans une vidéo diffusée hier sur YouTube, le généraliste affirme que la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) ne s'oppose plus à cette approche à l'américaine dite du «Pay by Performance». Une conclusion trop hâtive a aussitôt répliqué la RAMQ.

Dans cette vidéo, le Dr Blais explique que la RAMQ «ne s'oppose pas à ce qu'un médecin facture auprès du même patient lors de la même visite en cabinet tous les problèmes traités, et ce, de façon concomitante». La culture au Québec veut plutôt que le médecin facture un seul examen par visite. Le Dr Blais ajoute pourtant que le «régime rembourse tous les examens facturés lors de cette même et unique visite en cabinet, pourvu que ceux-ci soient médicalement requis».

Le Dr Blais pratique lui-même cette approche depuis une dizaine d'années. Cela lui a valu une poursuite de la RAMQ, qui lui réclame 300 000 $ en surfacturation. Or, rien n'a encore été statué dans cette affaire, a précisé hier le porte-parole de la Régie, Marc Lortie, qui rappelle que «le dossier est à la fois devant le conseil arbitral et devant le tribunal administratif» et qu'il ne peut, par conséquent, le commenter.

Dans l'esprit du Dr Blais, l'affaire est pourtant déjà entendue. «La clé, c'est le terme médicalement requis», explique le généraliste. Ce dernier cite le service à la clientèle de la RAMQ, qui a écrit «noir sur blanc» dans une lettre à une patiente qu'il n'y a «aucune limitation au nombre de problèmes pouvant être évalués à la même visite, que ce soit dans la Loi sur l'assurance maladie ou dans le Code de déontologie médicale».

Il a été impossible d'obtenir des éclaircissements sur ce document auprès de la RAMQ. «Je ne peux pas m'avancer parce que ça fait partie des éléments qui seront abordés en arbitrage», a expliqué Marc Lortie. Pour le Dr Blais, cette lettre confirme que chaque problème observé, évalué et traité au cours de la même visite peut être facturé, pourvu que ces «actes soient médicalement requis».

Utilisée aux États-Unis et en Grande-Bretagne, la facturation par problème permet «une médecine plus appliquée» et a le pouvoir de «désengorger les urgences», affirme le Dr Blais. Il cite à cet égard un rapport publié cette semaine par le Dr John Ross, qui recommande notamment de dynamiser les modes de rémunération des médecins en mettant l'accent sur la performance.

9 commentaires
  • Ginette Bertrand - Inscrite 28 octobre 2010 06 h 26

    C'est à en perdre son latin... et son anglais

    La langue anglaise a de ces tours de passe-passe mystifiants. Le mot "performance" en est un. Le voilà ici devenu "problème".

    Pour moi, simple patiente, dois-je comprends que si, au cours de la même visite, mon médecin prescrit un somnifère pour mon "problème" d'insomnie chronique, un puissant analgésique pour mon "problème" de douleur aux jambes causé par mes contorsions nocturnes, et un anxiolityque pour vaincre le "problème" d'angoisse que suscitent mes nuits sans fin, il pourrait facturer trois "performances"?...

  • oracle - Inscrit 28 octobre 2010 09 h 29

    Aller à la source du mal.

    Aussi longtemps qu'on maintiendra le débat sur la santé au niveau des modes de rétribution des médecins, les grands seigneurs du système, le secteur ira de crise en crise.
    De fait, pourquoi ne pas imiter la Suède et briser la dictature des corporations par l'adoption d'une approche de compatimentage de la médecine et une promotion plus agressive de la santé communautaire, pour porter les citoyen(ne)s à gérer eux-mêmes des éléments parfois importants de la chaîne de soins. Solutions de pays sous-développés, crieront peut-être les profiteurs du système actuel. ? Qu'ils se donnent la peine de consulter le classement de la Suède dans la liste des pays où il fait bon de vivre et l'on s'en reparlera.

    Pierre-Michel Sajous

  • Francois Dorion - Inscrit 28 octobre 2010 10 h 00

    La question

    Ne serait-il pas temps de se demander si l'on accorde pas trop de place à la médecine dans nos sociétés modernes?

  • oracle - Inscrit 28 octobre 2010 10 h 11

    @ François Dorion

    Excellente question à laquelle j'ose ajouter une autre : n'aurait-on simplement pas sacrifié la santé à la médecine ?

    Pierre-Michel Sajous

  • Fernande Trottier - Abonnée 28 octobre 2010 10 h 45

    Performance ?

    @ G. Bertrand - est-ce que le fait d'écrire "ceux-cis" comme dans la vidéo est aussi une performance du médecn ? Devrait-on la déduire de vos trois et n'en
    payer que deux au bon médecin ? Jusqu'où irons-nous ? si j'ai trois cancers
    différents, devrait-on payer pour "trois performances" ?