Un aîné meurt brûlé dans son bain

Willard Wilson, 94 ans, est décédé en janvier 2009 des suites de brûlures provoquées par une chute dans un bain trop chaud. La famille affirme que cette mort «violente» est la deuxième à survenir dans des circonstances similaires au CHSLD du Manoir-de-l’Ouest-de-l’Île, à Pierrefonds.<br />
Photo: Agence Reuters Jean-Paul Pelissier Willard Wilson, 94 ans, est décédé en janvier 2009 des suites de brûlures provoquées par une chute dans un bain trop chaud. La famille affirme que cette mort «violente» est la deuxième à survenir dans des circonstances similaires au CHSLD du Manoir-de-l’Ouest-de-l’Île, à Pierrefonds.

L'eau chaude peut tuer. C'est le sort qu'a connu Willard Wilson, 94 ans, décédé en janvier 2009 des suites de brûlures provoquées par une chute dans un bain trop chaud. Le coup du sort aurait pu être évité selon sa famille, qui a l'intention de poursuivre le CHSLD du Manoir-de-l'Ouest-de-l'Île, de même que l'Agence de la santé et de services sociaux de Montréal pour «laxisme», expression reprise hier par la protectrice du citoyen, qui a enquêté sur cette affaire.

La famille affirme que cette mort «violente» est la deuxième à survenir dans des circonstances similaires dans cet établissement privé de Pierrefonds. Cette assertion a été confirmée par le bureau du Protecteur du citoyen. «Laxisme, amateurisme, négligence, gestion des risques déficiente: notre enquête a mis au jour toute une chaîne de négligences», a résumé hier la protectrice, Raymonde Saint-Germain.

Son rapport déposé, celle-ci n'entend pas pour autant relâcher sa vigilance. «On ferme le dossier du citoyen, mais pas celui de la ressource, qui demeure sur notre écran radar.» Mme Saint-Germain entend aussi talonner le ministère de la Santé. «Dans ce dossier-là, on veut que des enseignements soient tirés partout au Québec», a-t-elle dit en rappelant que, pas plus tard que l'été dernier, la coroner Rudel-Tessier faisait état de 19 morts similaires en dix ans au Québec.

Raymonde Saint-Germain a aussi interpellé l'Agence de Montréal, qui loue toujours une cinquantaine de lits au Manoir. «Ce sont des 65 ans et plus en pertes cognitives qu'on sort des lits de malades chroniques pour les envoyer dans des établissements comme ceux-là. Il faut faire des suivis plus rigoureux.» Dans ce cas précis, l'Agence a clairement failli à sa tâche, a estimé hier la protectrice.

En 2008, le coroner Labias avait pourtant déjà recommandé au CHSLD de modifier son système de distribution d'eau chaude pour en maintenir la température à 49 °C à la sortie des robinets. La direction avait affirmé alors avoir fait le nécessaire. Or, dans les semaines suivant la mort de M. Wilson, sa famille s'est rendue dans sa chambre pour prendre des mesures de la température de l'eau sortant dans la baignoire. Les deux thermomètres utilisés indiquaient 60 °C.

De fortes critiques

Par sa sortie publique, la famille de M. Wilson espérait hier faire en sorte «qu'une telle tragédie n'arrive plus». À ses côtés, le président de l'Association québécoise de défense des droits des retraités et préretraités (AQRD), Louis Plamondon, a pour sa part critiqué vertement le choix de l'Agence de continuer à acheter des lits dans un établissement privé «fautif qui refuse de collaborer aux enquêtes» et «persiste dans sa faute».

Dans son rapport daté de juillet 2010, le bureau du Protecteur a lui aussi relevé l'attitude rébarbative de la direction du Manoir au cours de l'enquête. «Plusieurs de nos demandes d'entretien téléphonique n'ont obtenu aucun retour d'appel» et «certains documents ne nous ont pas été transmis, malgré plusieurs requêtes» en ce sens.

Le directeur général de l'établissement, Stephen Karakas, affirme au contraire avoir répondu à toutes les demandes formulées par le bureau du Protecteur. Et il nie toute responsabilité dans la mort de M. Wilson. «Cet homme n'est pas mort chez nous, mais à l'hôpital. Et nous n'avons pas été tenus responsables de sa mort.» Quant à son établissement, il respecte toutes les normes en vigueur, assure-t-il.

L'Agence de Montréal a refusé de commenter cette affaire hier sous prétexte qu'elle pourrait être portée sous peu devant les tribunaux. Elle précise toutefois qu'elle a pris acte des recommandations formulées par le bureau du Protecteur et qu'elle entend y donner suite. Elle a toutefois refusé de préciser comment.
1 commentaire
  • Nicole Lamarre - Inscrit 28 octobre 2010 12 h 31

    Négligence criminel

    Comment se fait-il que ce cas n'a pas été référé à la police et des accusations n'ont pas été porter au criminel contre l'employé et la direction.

    Je ne veux plus entendre cette phrase des familles qui espère ¨qu'une telle tragédie n'arrive plus¨.