Congrès canadien de santé cardiovasculaire - L'obésité ravage le coeur des adolescents

Chez certains jeunes, les «taux de cholestérol [sont] semblables à ceux qu’on attend chez des hommes de 65 ans!», a dit hier le directeur de la recherche à la Fondation des maladies du cœur de l’Ontario, le Dr Marco Di Buono.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Paul J. Richards Chez certains jeunes, les «taux de cholestérol [sont] semblables à ceux qu’on attend chez des hommes de 65 ans!», a dit hier le directeur de la recherche à la Fondation des maladies du cœur de l’Ontario, le Dr Marco Di Buono.

Parlera-t-on des jeunes d'aujourd'hui comme de la génération perdue? L'expression n'est pas trop forte pour plusieurs acteurs de la lutte contre les maladies cardiovasculaires. Réunis cette semaine à Montréal, ces experts notent avec inquiétude que le cœur des adolescents change... en pire.

Ils ont 13 ans, mais leur coeur affiche des maux qui n'apparaissent d'ordinaire que bien des décennies plus tard. Le sombre portrait présenté hier par le Dr Kevin Harris, du B.C. Children's Hospital, devant le Congrès canadien de santé cardiovasculaire est venu cristalliser les craintes d'une communauté médicale en perte de contrôle devant le surpoids et l'obésité qui touchent près d'un jeune sur trois au Canada.

Pour le Dr Marco Di Buono, c'est l'un des plus importants défis du monde médical. «On a découvert chez certains jeunes des taux de cholestérol semblables à ceux qu'on attend chez des hommes de 65 ans!», note le directeur de la recherche à la Fondation des maladies du coeur de l'Ontario. «Pendant ce temps, les taux d'hypertension chez les jeunes ont augmenté de presque 300 %. C'est affolant!»

L'équipe du Dr Harris a pour sa part découvert que les vaisseaux sanguins des jeunes obèses montrent un durcissement normalement observé chez les adultes plus âgés aux prises avec des maladies cardiovasculaires. Or, «le durcissement de l'aorte est associé aux incidents cardiovasculaires et à la mortalité précoce», a rappelé hier le Dr Harris.

Électrochoc

Ces résultats ont eu l'effet d'un électrochoc pour la communauté médicale, raconte le Dr Di Buono. «Avec l'étude du Dr Harris, on commence à voir les effets physiologiques immédiats du surpoids et de l'obésité chez les jeunes.» Avec, à la clé, une génération en moins bonne forme que la précédente. «Il faut faire quelque chose, sinon on risque de perdre une génération entière de jeunes Canadiens», prévient le spécialiste.

Une autre étude dévoilée hier montre que les mauvaises habitudes de sommeil et le manque de sommeil de qualité, qui sont en hausse chez les jeunes, viennent fragiliser encore davantage la santé vasculaire de cette génération. Qui dit sommeil problématique dit en effet risque accru de surpoids et, donc, de maladies cardiovasculaires prématurées, a expliqué le signataire principal de cette étude, le Dr Brian McCrindle du Hospital for Sick Children de Toronto.

Pour le système de santé, le choc s'annonce brutal, croit le Dr Marco Di Buono. «On va se retrouver avec des baby-boomers qui, par leur âge, sont plus à risque, et avec une cohorte de jeunes qu'on n'attendait tout simplement pas.» S'il n'est pas contenu, ce flot inédit de patients aura des allures de tsunami, insiste-t-il. «On n'est pas du tout prêts à y faire face.»

Renverser la vapeur

Heureusement, il est encore possible de renverser la vapeur en optant pour une alimentation diversifiée, en consommant plus de fruits et de légumes, en faisant de l'exercice, en diminuant son niveau de stress et en faisant une croix sur le tabac. Mais éduquer ne suffira pas, prévient le Dr Di Buono, qui plaide pour des interventions de santé publique autrement plus musclées.

Parmi celles-là, l'introduction d'une taxe sur les boissons sucrées remise au goût du jour hier par l'Institute of Medicine of the National Academies dans un nouveau rapport. La recommandation a été saluée par la Coalition québécoise sur la problématique du poids (Coalition Poids), qui revendique depuis longtemps l'introduction d'une taxe sur les boissons gazeuses et énergisantes.

Les boissons sucrées n'apportent aucune valeur nutritive, fait valoir ce rapport commandé par la Fondation des maladies du coeur du Canada, qui écarte l'idée de taxer la malbouffe, «pour le moment». Ses signataires suggèrent plutôt de commencer par un train de mesures destinées à faire des fermiers des partenaires de la lutte contre le surpoids et l'obésité.

«Il ne suffit pas de dire aux gens d'adopter un mode de vie sain. Il faut que ce soit accessible et abordable, explique le Dr Di Buono. Prenez l'accès aux fruits et légumes au Canada. On sait qu'il n'y a pas plus de deux à trois enfants sur dix qui consomment la quantité recommandée par le Guide alimentaire canadien. Pourquoi? Les familles répondent que c'est le coût ou l'accessibilité de ces denrées qui posent d'abord problème. Pourquoi alors ne pas en faire la distribution dans les écoles comme on le fait avec le lait?»

7 commentaires
  • Marie-Hélène Martin - Inscrite 26 octobre 2010 06 h 15

    Prendre le contrôle

    À quand une puce électronique qui contrôlera nos sacs d'épicerie?
    À force de tout vouloir comprendre, améliorer, contrôler on en perd de vue que, après tout, il faut se garder une petite gêne devant les habitudes de vie de tout un chacun. THX 1138 de FF Coppola ne sera plus de la science-fiction, mais notre réalité avant longtemps sans cela...

  • RedLetter - Inscrit 26 octobre 2010 11 h 12

    Interdisez les machines à malbouffe dans les écoles

    C'est ce qu'ils ont fait à Vancouver: Ne permettre les distributrices de n'offrir que des breuvages et collations saines est une bonne façon d'aider les jeunes à développer des habitudes alimentaires saines.

  • Marie-Eve Beaulieu - Inscrite 26 octobre 2010 11 h 42

    Des choix de société

    Je crois qu'on ne réalise pas à quel point nos choix de société influencent des faits comme celui présenté par cet article. À force de vivre pour le sacro-saint profit, on sacrifie la valeur nutritive des aliments pour de faibles substituts, et on s'étonne que les gens se sentent tout le temps fatigués ou qu'ils aient toujours envie de manger.

    On remplace le gras des yogourts par de l'eau et de l'agarose, on enlève toutes les vitamines des légumes dans les plats préparés, on irradie les fruits et légumes pour éviter que leurs graines puissent germer, on n'étiquette même pas la présence d'OGM à l'épicerie alors qu'on sait très bien qu'ils comportent des risques non négligeables sur la santé, on étiquette "préparé au Canada" sur des pots qui n'ont de "préparé au Canada" que le pot mais rien du contenu... et après on s'étonne de voir la jeunesse dans cet état?

    Ce qu'il faut, c'est simplement des normes plus sévères pour l'étiquettage, il faut rendre publique l'information qui nous est essentielle pour faire les bons choix à l'épicerie. Ce n'est pas toujours un manque de bonne volonté qui fait faire les mauvais choix. Mais Santé Canada ne nous aide pas tellement dans cette voix. Comment se fait-il que je ne puisse même pas savoir quelle sorte d'huile est "l'huile végétale" qui compose une majorité des produits que j'achète à l'épicerie, que ça soit la margarine ou le pain? Ce n'est pas normal.

    Quand on aura mis la population au parfum du mauvais traitement que subit notre bouffe de sa production à l'étranger (OGM, pesticides, engrais chimiques) à son long voyage en bateau (nécessitant son irradiation, sa stérilisation) à sa transformation (purification, ajouts d'additifs, agents de conservation) on s'apercevra peut-être qu'on est simplement ce que l'on mange, après tout.

  • Mathieu Bouchard - Inscrit 26 octobre 2010 17 h 23

    à Marie-Eve Beaulieu

    Comment pensez-vous qu'on peut faire du yogourt léger autrement qu'en remplaçant le gras par autre chose ?

    Et dans ce cas, on a besoin d'un remplacement qui a une consistance similaire au yogourt régulier, et alors on pourrait mettre un peu de gélatine, mais l'agarose a une consistance moins «jello», est mieux accepté par les végétariens, est plus répandu et moins cher. Par contre, la gélatine est plus nutritive, parce que c'est dans la catégorie des Protides, tandis que l'agarose est dans la catégorie des Fibres... mais les Fibres sont aussi bonnes dépendemment de ce dont votre corps a le plus besoin.

    J'espère avoir bien compris, et si j'ai pas bien compris, j'aimerais en être informé :)

  • François Dugal - Inscrit 26 octobre 2010 17 h 37

    Répétez après moi

    Répétez après moi / Repeat after me: FAITES DE L'EXERCICE !