Sherbrooke - La téléréadaptation a sa chaire de recherche

Pierre Vallée Collaboration spéciale
La téléréadaptation peut représenter une solution pour les personnes immobilisées à leur domicile. <br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La téléréadaptation peut représenter une solution pour les personnes immobilisées à leur domicile.

Depuis maintenant sept ans, Michel Tousignant, physiothérapeute, s'intéresse à la téléréadaptation et en étudie les possibilités. Depuis septembre dernier, il est devenu le titulaire de la nouvelle Chaire de recherche en téléréadaptation.

La Faculté de médecine et des sciences de la santé (FSSS) de l'Université de Sherbrooke, la Campagne Ensemble et le Centre de santé et de services sociaux-Institut universitaire en gériatrie de Sherbrooke (CSSS-IUGS) ont combiné leurs efforts pour créer une nouvelle chaire de recherche consacrée à la seule téléréadaptation.

Professeur et directeur du programme en physiothérapie à l'Université de Sherbrooke et également chercheur au Centre de recherche sur le vieillissement du CSSS-IUGS, Michel Tousignant s'est intéressé à la téléréadaptation afin de régler le problème de l'accessibilité.

«Les personnes qui ont besoin de réadaptation, après une intervention chirurgicale, comme le remplacement d'un genou par exemple, font souvent face à des problèmes d'accessibilité aux soins, explique Michel Tousignant. Nous ne disposons pas des moyens nécessaires, en personnel comme en argent, pour nous assurer que toutes ces personnes pourront être traitées à domicile. Plusieurs doivent donc se déplacer vers un centre de réadaptation. Ces déplacements sont souvent un obstacle pour ces personnes, qu'elles habitent en ville ou en campagne, et certaines en viennent même à abandonner leur réadaptation. Je me suis demandé si la téléréadaptation pouvait représenter une solution pour ces personnes. Il s'agit évidemment d'un compromis, et on ne cherche pas à remplacer les services traditionnels. Dans un monde idéal, toutes les personnes seraient soignées à domicile, mais, comme ce n'est pas le cas, la téléréadaptation peut être une solution de rechange valable.»

Comment ça marche


Il s'agit d'installer au domicile du patient une caméra et un téléviseur. Grâce à un lien Internet à haute vitesse, cet équipement est relié au bureau du thérapeute qui possède lui aussi un appareillage semblable. Thérapeute et patient peuvent alors communiquer en temps réel grâce à la vidéoconférence.

Le premier défi à surmonter était d'abord technologique. «Nous avons en premier développé, avec l'aide d'un collègue ingénieur, le logiciel TERA qui sert d'interface. Il fallait que ce soit facile à utiliser. D'ailleurs, afin d'éviter toute possibilité d'erreur, il n'y a chez le patient qu'un interrupteur qui permet de mettre en marche et de fermer l'appareil. C'est le thérapeute qui travaille avec le logiciel. Ensuite, le second problème à régler était celui de la qualité de l'image. Il fallait absolument que le thérapeute puisse voir clairement le patient. Comme nous ne disposions pas d'une large bande passante, il fallait s'assurer que la qualité de l'image ne serait pas réduite en utilisant un lien Internet à haute vitesse.»

Le projet-pilote visait les personnes ayant été opérées pour un remplacement de genou. «Nous avons choisi ce type de patient parce qu'il doit recevoir rapidement des soins de réadaptation après l'opération, sinon son genou s'ankylose.» Le projet-pilote a aussi permis de mesurer si la relation psychologique entre le patient et le thérapeute pouvait être établie de façon satisfaisante même s'ils n'étaient pas face à face dans la même pièce. «Nous avons donc évalué le degré de satisfaction autant du patient que du professionnel. Ce taux de satisfaction oscille entre 75 et 85 %.»

La chaire de recherche

La création de cette chaire de recherche vise essentiellement l'atteinte de deux buts. «Cela va nous permettre de mesurer l'efficacité de cette démarche en ce qui concerne les coûts. On va donc comparer le coût de la téléréadaptation à celui de la réadaptation à domicile. Notre hypothèse est que les coûts associés à la téléréadaptation, soit le coût de l'équipement, de son installation chez le patient et du lien Internet, seront inférieurs à ceux de la réadaptation à domicile, puisque, dans ce dernier cas, il faut aussi assumer les frais de transport ainsi que le salaire du professionnel lors de ses déplacements. Cette preuve est importante pour la suite des choses, puisqu'aucun CSSS ne va s'équiper s'il en coûte plus cher.»

Le second but visé est de voir si la téléréadaptation pourrait servir dans d'autres domaines que la physiothérapie. «La chaire va nous permettre de sortir du genou et de faire des études plus diversifiées. Il y en aura une en orthophonie auprès de personnes ayant des troubles de langage après un AVC. Une autre portera sur les personnes atteintes d'une maladie pulmonaire obstructive chronique. Pour cette dernière étude, il faudra mettre au point un nouvel appareillage, puisqu'il faut être capable de mesurer par sonde les signes vitaux des patients en temps réel. Bref, la Chaire de recherche en téléréadaptation servira aussi à mesurer l'efficacité de différentes sortes de télétraitement.»

Les différentes études menées au sein de cette chaire de recherche devront trouver leur propre financement auprès des habituels organismes subventionneurs. La Chaire de recherche en téléréadaptation, d'une durée de cinq ans, est dotée d'un budget de 1,25 million de dollars. «Cet argent va servir à nous donner une infrastructure stable. On pourra embaucher à temps plein un ingénieur et offrir des bourses aux étudiants à la maîtrise et au doctorat, autant dans les sciences de la santé qu'en génie, afin de les former en télétraitement.»

De plus, la Chaire de recherche en téléréadaptation, qui loge au Centre de recherche en vieillissement de l'IUGS, débordera du secteur public. «Nous avons déjà signé une entente avec une clinique de physiothérapie privée, la clinique Physio Atlas, située à Sherbrooke. Notre intention est d'établir des partenariats autant avec des organismes publics qu'avec des cliniques privées.»

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Collaborateur du Devoir