Sciences de la santé à l'Université Laval - La démarche multidisciplinaire prévaut

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Le Centre ApprentiSS dispose d'une douzaine de mannequins de haute technologie: deux simulateurs qui permettent de faire de l'anesthésie, une femme qui accouche, un nouveau-né, un bébé de six mois, un enfant de six ans. <br />
Photo: Université Laval Le Centre ApprentiSS dispose d'une douzaine de mannequins de haute technologie: deux simulateurs qui permettent de faire de l'anesthésie, une femme qui accouche, un nouveau-né, un bébé de six mois, un enfant de six ans.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le 28 septembre dernier, l'Université Laval a inauguré son tout nouveau pavillon Ferdinand-Vandry, qui abrite le plus grand Complexe intégré de formation en sciences de la santé (Cifss) du Québec. Clef de voûte de cette structure, le Centre ApprentiSS, un véritable hôpital virtuel à l'intérieur duquel les futurs médecins, pharmaciens et infirmiers peuvent se former en vue de tout type d'interventions sur des mannequins high-tech qui réagissent comme des humains. L'objectif: développer une culture de la collaboration et de la communication entre les différents professionnels de la santé.

Dans une première salle, une équipe multidisciplinaire, regroupant travailleur social, médecin, infirmier, pharmacien, ergothérapeute et physiothérapeute, est assise autour d'une table et discute de la réalité de patients en gériatrie. Un peu plus loin, un bloc opératoire dans lequel un anesthésiste travaille conjointement avec un inhalothérapeute, un chirurgien et des infirmiers pour retirer des polypes de l'utérus d'une patiente. Ailleurs, un homme en situation d'arrêt cardiaque vient d'arriver à l'urgence et doit être réanimé. À son chevet, un urgentologue, ses résidents, des infirmières, un inhalothérapeute et d'autres consultants médicaux.

Tous ces professionnels sont en réalité des étudiants et officient au Centre ApprentiSS de l'Université Laval. «Ce sont des situations très concrètes où tout le monde est obligé de travailler ensemble, explique le Dr Gilles Chiniara, anesthésiologiste et directeur scientifique du centre. Dans les situations de crise notamment, c'est très important que chacun ait conscience du rôle que les autres vont jouer parce que les secondes comptent et que les conséquences d'un geste qui est fait ou qui ne l'est pas peuvent être majeures.»

Trois facultés

Depuis la rentrée, trois grandes facultés en sciences de la santé — médecine, pharmacie et sciences infirmières — de l'Université Laval se sont installées dans un pavillon Ferdinand-Vandry rénové et agrandi. Quelque 7000 étudiants chaque année auront donc accès aux trente laboratoires du Complexe intégré de formation en sciences de la santé. «Là où le bât blessait jusque-là, poursuit le Dr Chaniara, c'est que dans certaines situations il pouvait y avoir incompréhension. On espère qu'avoir des formations communes, dans lesquelles les étudiants sont assis ensemble dans le même amphithéâtre, mais aussi qu'être mis en situation de gérer une crise ensemble, chaque étudiant jouant le rôle qui va lui être imparti dans le futur, permettront de développer une meilleure connaissance de la culture, de la pratique des autres, propre à assurer une bonne harmonie.»

Ainsi, les étudiants de tous les cycles, mais aussi les professionnels qui sont déjà en pratique et qui reviennent pour un maintien de compétences, sont mis en situation réelle. Le Centre ApprentiSS reproduit notamment des pharmacies d'officine, un appartement de réadaptation pour les ergothérapeutes et physiothérapeutes, des laboratoires de soins critiques pour les sciences infirmières, etc.

Acteurs et mannequins

Parfois, les patients sont joués par des acteurs ou par les étudiants eux-mêmes. Mais le centre dispose également d'une douzaine de mannequins de haute technologie: deux simulateurs qui permettent de faire de l'anesthésie, une femme qui accouche, un nouveau-né, un bébé de six mois, un enfant de six ans, etc. «Nous disposons de huit salles dans lesquelles nous faisons de l'immersion clinique, relate le Dr Gilles Chiniara. On met les étudiants dans le contexte qui sera le leur, mais il s'agit souvent de situations critiques. Nous avons une salle d'opération, une urgence, de la néonatalogie, une salle d'accouchement, une unité coronarienne, néphrologie, etc. On reproduit exactement l'environnement, donc, dans la salle d'opération par exemple, on va retrouver l'anesthésie, des armoires pour les instruments stériles, des lampes opératoires, etc. Et le centre de tout ça, c'est un simulateur, un patient qui est synthétique, en plastique, qui est couché sur une civière, contrôlé par ordinateur, et qui permet de reproduire la plupart des réactions physiologiques normales ou pathologiques d'un patient.»

Ainsi, si on lui donne des médicaments ou si on lui fait subir certaines interventions, comme drainer du sang de sa cage thoracique, ses signes vitaux vont réagir de façon adéquate. L'avantage: permettre aux étudiants de se confronter à des situations plus ou moins rares qu'ils ne rencontreraient pas forcément durant leur stage. «Comme le patient ne mourra pas, nous pouvons consacrer plus de temps à l'enseignement, estime le Dr Gilles Chaniara. Les différentes salles disposent de caméras et, après l'intervention, nous nous retrouvons pour faire le point. On revoit ce qui a été bien fait, mal fait. Nous pouvons ensuite reproduire la même situation à volonté jusqu'à ce que les gestes soient acquis. Ça permet aux étudiants de prendre confiance en eux.»

Éthique et pratique

Le directeur scientifique du centre insiste également sur l'aspect éthique de la structure. «Certains examens ne sont pas très confortables pour les patients, je veux parler de la coloscopie notamment. Il n'est pas forcément très agréable de savoir qu'il y aura des résidents et qu'on va en profiter pour faire de l'enseignement. Or, maintenant, nous pouvons avoir exactement les mêmes images avec un mannequin.»

Autre aspect de plus en plus développé au Cifss de l'Université Laval: la recherche. Le Dr Chiniara lui-même a terminé un gros projet de recherche en simulation. Un deuxième vient de recevoir l'aval de trois organismes subventionnaires. Il démarrera au mois de novembre et portera sur le travail d'équipe aux soins intensifs. D'autres sont à l'état d'ébauche, notamment en collaboration avec des professeurs en psychologie cognitive. «Dans un laboratoire comme le nôtre, nous expérimentons et réfléchissons forcément sur nos pratiques, explique Gilles Chiniara. Nous avons donc tout intérêt à écouter des gens capables de nous guider à travers le type de processus à observer. De leur côté, faire de la recherche sur nos comportements, c'est un laboratoire potentiellement majeur.»

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Collaboratrice du Devoir