Sous la direction de chercheurs montréalais - Une piste pour soulager la migraine

La découverte d'une mutation génétique associée à la forme courante de migraine devrait mettre les chercheurs sur la piste de nouveaux traitements pour soulager les patients aux prises avec ces maux de tête souvent intolérables.

C'est une équipe internationale dirigée par Guy Rouleau, directeur du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, et de Ronald Lafrenière, directeur adjoint du Centre d'excellence en neuromique de l'Université de Montréal, qui a mis au jour la mutation en question qui affecte le gène KCNK18 assurant la régulation de l'excitabilité de certains neurones. En l'occurrence, les neurones présents dans les ganglions spinaux ainsi que dans le nerf trijumeau reçoivent les signaux douloureux en provenance du corps et du visage. Or, des études d'imagerie médicale et de stimulation intracérébrale ont montré que la migraine prend justement naissance dans ces ganglions, souligne le Dr Rouleau en entrevue. «On pourrait donc imaginer que certains stimuli dans l'environnement, comme des odeurs particulières ou certains aliments, activeraient les neurones, mais que le gène KCNK18 calmerait l'excitabilité de ces neurones. Si le gène est muté, la protéine TRESK qu'il génère est amputée d'une grande section et de ce fait n'est plus fonctionnelle. La cascade d'événements se poursuit et aboutit à la migraine.»

Les chercheurs ont scruté à la loupe 151 gènes chez 110 personnes et ont trouvé une seule personne portant cette mutation. «Il ne s'agit donc pas d'une mutation commune, mais elle nous renseigne sur le mécanisme impliqué dans l'apparition des migraines et aussi, elle nous fournit des pistes sur les moyens possibles d'intervenir pour les traiter», précise le chercheur, qui ajoute deux observations suggérant le rôle de la protéine TRESK dans le déclenchement de la migraine. D'une part, un des effets secondaires les plus importants de la cyclosporine A et du FK506 (tacrolimus), deux puissants immunosuppresseurs administrés lors de greffes d'organes, est la migraine. Or, ces deux médicaments inhibent la protéine TRESK, souligne le scientifique. D'autre part, on a remarqué que l'halothane, ce gaz utilisé pour anesthésier les patients, dissipe les migraines. Or, l'halothane est aussi un activateur du gène KCNK18 qui synthétise la TRESK. «Ces observations ne permettent pas d'établir des liens directs de cause à effet, car ces médicaments ont de multiples autres effets qui pourraient expliquer leur impact sur la migraine. Mais elles augmentent la probabilité qu'une intervention sur le gène KCNK18 ou la protéine TRESK puisse mener à des médicaments efficaces pour combattre la migraine», précise Guy Rouleau.

Cette découverte, qui fait l'objet d'un article dans la revue Nature Medicine, est plus que bienvenue compte tenu du fait qu'il n'existe à l'heure actuelle que trois catégories de médicaments (les anti-inflammatoires, l'analgésique ergotamine et les triptans, qui ont pour effet de réduire la dilatation des vaisseaux) qui ne parviennent pas à soulager très bien toutes les migraines.