Bolduc s'immisce dans la gestion quotidienne des urgences

«J’étais l’expert des urgences auparavant. Il ne faut pas l’oublier», dit Yves Bolduc pour expliquer son nouveau style de gestion.<br />
Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger «J’étais l’expert des urgences auparavant. Il ne faut pas l’oublier», dit Yves Bolduc pour expliquer son nouveau style de gestion.

Dans un élan tout personnel, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a décidé de prendre à bras le corps le problème des urgences en instaurant un nouveau mode de gestion.

Dans un geste exceptionnel et sans s'embarrasser de la hiérarchie du réseau de la santé, le ministre mettra désormais son nez dans les affaires quotidiennes des hôpitaux en les obligeant à utiliser un outil de gestion des lits dont il assume lui-même la coordination.

La première intervention directe du ministre Bolduc s'est produite la semaine dernière par courriel, envoyé à la direction générale de chacun des établissements de santé du Québec, de l'hôpital régional au grand centre universitaire, en passant par les Agences de santé et les CSSS (Centres de santé et services sociaux). Dans la note dont Le Devoir a obtenu copie, le ministre emprunte un ton familier et signe par son seul prénom. Il annonce qu'il enverra des données deux fois par semaine et s'attend à ce que les informations qu'il a soulignées en gras soient «prises en considération par l'établissement et [...] doivent être améliorées».

Joint hier, Yves Bolduc a affirmé qu'il n'y avait pas lieu de s'étonner qu'il mette le pied dans la gestion des urgences. «J'étais l'expert des urgences auparavant. Il ne faut pas l'oublier.»

Le ministre Bolduc collige les données que lui transmettent les hôpitaux dans un tableau où apparaît notamment le temps d'attente moyen aux urgences. Chaque établissement connaît ce qui se passe dans la cour du voisin. «C'est moi qui gère cet outil personnellement. C'est un outil qui a été créé dans un esprit non pas de compétition, mais de partage des données pour avoir une meilleure idée du réseau. C'est une nouvelle façon de gérer», a-t-il expliqué.

C'est au printemps dernier que M. Bolduc a opéré des changements. Depuis, des améliorations ont été réalisées. Une diminution de 0,5 heure d'attente à l'urgence en moyenne a été enregistrée depuis avril dernier, indique le ministre. Au cours des dernières semaines, des rencontres, région par région, ont été effectuées pour s'assurer que les attentes du ministre sont bien comprises.

Dans son courriel daté du 22 septembre, à 6h40, le ministre souligne qu'«il est important de prendre d'accorder une grande importance de fournir [sic] les données et elles doivent être fiables», écrit M. Bolduc. Puis, il ajoute: «Un des secrets de la réussite est d'éliminer les patients en fin de soins aigus.» L'attachée de presse du ministre, Karine Rivard, a tenu à préciser que ce dernier élément fait référence à la nécessité de procéder rapidement à l'évaluation des patients qui se présentent aux urgences afin de les rediriger, le cas échéant, vers les ressources appropriées. Elle cite en exemple le cas d'une personne âgée qui, après avoir reçu des soins d'urgence, doit être déplacée vers un Centre d'hébergement de soins de longue durée ou retournée à la maison avec des soins à domicile. «L'idée, c'est de libérer les lits de soins aigus», a précisé Mme Rivard.

Un réseau «en mode solution»

Le ministre Bolduc a réécrit aux directeurs généraux des établissements lundi dernier. Ces courriels ont suscité des sentiments divers chez les destinataires et leur entourage. Cela va de l'étonnement pour une forme d'interventionnisme ministériel inhabituel jusqu'au malaise ressenti concernant le style intime utilisé, quand ce n'est pas carrément de l'irritation pour l'ensemble de l'oeuvre. Plusieurs commentaires ont été faits en coulisse, parlant d'Yves Bolduc comme du «ministre des urgences». Rares sont ceux qui ont accepté d'en parler ouvertement.

À l'Association québécoise d'établissements de santé et services sociaux (AQESSS), on reconnaît à M. Bolduc la capacité de mettre le réseau «en mode solution». «Après tout, quand ça pose une question de financement, c'est le ministre qui tranche et qui a le pouvoir d'agir», a affirmé la directrice générale Lise Denis. Cette dernière demeure toutefois prudente quant aux résultats escomptés. «C'est une chose d'informer le ministre de la situation, c'en est une autre que d'avoir à lui dire ce qu'on a fait avec les cinq patients qui attendaient depuis X heures. Il faut que les établissements puissent faire leur travail», soutient Mme Denis.

Pour le Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ), l'initiative du ministre est rarissime. «Je crois que dans la gestion et l'accroissement des clientèles que l'on reçoit, du volume d'activité qui augmente, il y a du travail pour tout le monde, y compris le ministre. Du moins, c'est la perception qu'on en a et non celle d'une intrusion ou d'une ingérence», a expliqué la porte-parole du CHUQ, Pascale St-Pierre. À l'Agence de la santé de Québec, on ne voit aucun problème à participer au projet de M. Bolduc, y voyant là un partage de données qui peut améliorer le réseau.

La directrice générale du Centre hospitalier de l'Université de Sherbrooke (CHUS), Patricia Gauthier, dit ne pas voir d'ingérence dans la façon de faire de Yves Bolduc, qui est «une personne pragmatique». Mme Gauthier ne s'inquiète pas de la possibilité que les autres dossiers puissent perdre de l'importance pour le ministre. «L'urgence, c'est la porte d'entrée de l'hôpital. Quand ça ne va pas à l'urgence, il n'y a pas grand-chose qui va», a-t-elle rappelé.

Au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), on s'est borné à dire que les urgences étaient certainement une priorité pour l'équipe tout comme pour le ministre. Le CHUM est l'un des hôpitaux aux prises avec un problème majeur sur le plan des urgences. Yves Bolduc a d'ailleurs déjà congédié manu militari son d.g. sous prétexte entre autres que ce service n'était pas géré adéquatement.

Par ailleurs, le ministre Bolduc a demandé aux établissements de le prévenir lorsque des médias publient des articles les concernant. Et bien que le ministère de la Santé produise quotidiennement une volumineuse revue de presse, Yves Bolduc souhaite que les d.g. lui fassent parvenir les articles afin de «nous permettre de partager les meilleures pratiques».


18 commentaires
  • André Loiseau - Inscrit 29 septembre 2010 07 h 02

    Bolduc en attente

    Le doc Bolduc, on devrait l’asseoir dans une salle d'attente à l'hôpital, parmi les microbes et pendant une dizaine d'heures question de vérifier s'il conservera son trop gentil et satisfait sourire...

  • Marie Mance Vallée - Inscrite 29 septembre 2010 07 h 59

    L'Âge de crystal

    Finalement, quel est le but poursuivi par le ministère de la Santé et son ministre ?

    Plus on avance, moins on comprend... et plus on s'enfonce.

    Et si le film L'Âge de crystal n'avait pas été que de la fiction...

  • Maco - Inscrit 29 septembre 2010 08 h 38

    Pas bon signe ..

    Quand les gens n'osent pas parler. Avoir peur de s'exprimer est un signe d'un malaise plus profond.

    P.S.

    N'y a-t-il pas suffisamment de «cadres» tout acabit (article d'hier)? Il faut croire que trop, c’est comme pas assez.

  • Bernard Gervais - Inscrit 29 septembre 2010 08 h 48

    Conseil au ministre Bolduc

    je ne doute pas de la bonne volonté du ministre Bolduc.

    Cependant, s'il veut améliorer la situation dans les urgences, qu'il abolisse plutôt des postes dans l'administration des hôpitaux et augmente le nombre de personnes travaillant sur « la ligne de front » (avec les patients) et leur offre de meilleures conditions de travail.

    Dans bien des centres hospitaliers, comme on le sait, le personnel infirmier, par exemple, est souvent épuisé !

  • Raymond Vaillancourt - Abonné 29 septembre 2010 09 h 08

    Dédoublement !!!

    On voit bien que ce réseau a un problème de structures lorsque le ministre s'occupe lui-même de gérer les urgences. Pour la vision d'ensemble, on repassera !!!