Parler d'euthanasie est «prématuré»

Aussi longtemps que des soins de fin de vie de qualité ne seront pas acquis à tous, il sera impossible d'assurer aux Québécois une mort digne, ont fait valoir hier infirmières et médecins de famille. Au diapason devant la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, ceux-ci ont appelé le Québec à un examen de conscience sur la manière dont on accompagne nos mourants, reléguant la question de l'euthanasie au second plan.

La présidente de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) croit qu'il «est prématuré de parler d'euthanasie». Pour mourir dans la dignité, il faut d'abord être bien accompagné, ce qui se fait grâce à des soins de fin de vie de qualité auxquels peu de Québécois ont droit, a expliqué Gyslaine Desrosiers. «La réalité, c'est qu'on oblige trop souvent les infirmières à aller à l'encontre d'une mort digne en imposant des contextes de soins extrêmement agressifs.»

Sur le terrain, beaucoup d'infirmières affirment avoir à donner des soins qui s'apparentent à de «l'acharnement thérapeutique ou même à des protocoles expérimentaux qui cherchent à maintenir la vie», poursuit Mme Desrosiers. «On nous rapporte tous les jours des cas où les infirmières doivent donner des traitements qui ne font que prolonger la vie dans des conditions qui ne sont pas respectueuses de la condition humaine.»

Légaliser l'euthanasie ou le suicide assisté lui paraît trop hâtif dans ce contexte extrêmement difficile. «Il ne faudrait pas qu'il devienne plus facile de mourir que d'être soigné», a prévenu la présidente de l'OIIQ. Le Dr Louis Godin, qui présentait hier le mémoire de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), croit lui aussi «qu'il ne faudrait pas régler les déficiences du réseau de la santé avec l'euthanasie». Cela dit, il ne ferme pas la porte à l'euthanasie pour autant.

«L'euthanasie ne devrait être que l'ultime étape permettant d'assurer des soins de qualité, et ce, dans la dignité et le respect de la personne. Selon notre vision des choses, les actes d'euthanasie devraient donc être exceptionnels, voire rarissimes», a expliqué le président de la FMOQ. Sa fédération plaide en faveur d'une position à l'anglaise où l'euthanasie, sans être légalisée pour tous, est permise à une minorité dans certaines conditions, et ce, uniquement en fin de vie.

Dans l'hypothèse où il y aurait des soins palliatifs accessibles à tous les citoyens et des équipes qualifiées dans la gestion de la douleur partout, l'OIIQ convient qu'il subsisterait quand même toujours des cas échappant à la science. Pour ceux-là, sa présidente plaide l'exception. «Pour ceux-là, il pourrait y avoir des mécanismes d'exception bien balisés», a plaidé Mme Desrosiers, sans s'avancer sur les moyens à prendre pour les encadrer. «Nous ne sommes pas des juristes. Ce sera à la commission de voir.»

Cette petite ouverture est encore trop grande aux yeux du Réseau des soins palliatifs du Québec, qui craint des abus avec la légalisation de l'euthanasie. «L'évolution dangereuse des pratiques d'euthanasie devrait être connue du public. Il existe encore plusieurs inconnues sur les impacts à court, moyen et long terme du recours à l'euthanasie et au suicide assisté, ce qui oblige à la plus grande prudence.»

Ces craintes sont normales, mais il est possible d'y couper court en balisant soigneusement les pratiques, croit le collectif Mourir digne et libre. Dans son mémoire, le collectif réclame une approche «donnant la primauté à la personne en fin de vie et à ses choix» et, par conséquent, «que l'euthanasie médicale balisée et contrôlée soit reconnue comme un des soins appropriés de fin de vie».

Le Conseil de protection des malades a quant à lui voulu élargir le débat aux malades incurables. «Si l'on veut [...] un débat qui respecte le droit à l'égalité de tous devant la mort, le droit de mourir dignement doit être assuré à toute personne apte et qui est affligée par une maladie mortelle, dont les souffrances physiques ou morales sont devenues intolérables, [lorsqu'il] n'y a plus d'autre façon de traiter dignement la personne, que la mort soit imminente ou non.»
5 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 29 septembre 2010 06 h 42

    Pas prématuré du tout pour les mourants

    Pour les mourants, parler d’aide médicale active à mourir, par euthanasie balisée et contrôlée (AMAM/EBC), n’est pas prématuré du tout.

    Le temps est long lorsque l’on est dans son mourir. «Souffrir est un siècle; mourir est un moment». Cela me rappelle mon mémoire à la Commission d’études sur les conditions des Aînés «Vivre longtemps, oh oui! Mourir longtemps, non merci!»

    Il faut avoir en tête et en cœur une «culture des soignants» ET surtout une culture des soignés. Aider à mourir est un soin, un si beau soin.

    La personne en fin de vie avant les soins et les soignants. LA PERSONNE et les soignants. Non l’inverse.

    M. Brunet, du CPM, a raison; l'accompagnement des personnes en fin de vie doit baigner dans l’humilité et dans l’humanité, centré sur la personne.

    Il a dit : «On oublie que les plus malades ont le droit de vivre. Ne faudrait pas oublier qu’ils ont le droit de mourir». Sage, cette personne; humaine et compatissante surtout.

    Lorsque la vie n’est plus un bien pour la personne en fin de vie, la mort n’est plus un mal.

    www.yvonbureau.com

  • France Marcotte - Inscrite 29 septembre 2010 09 h 23

    Amalgame

    Même si, idéalement (ce dont nous sommes loin), les soins palliatifs étaient accessibles à toute personne agée en fin de vie et que l'euthanasie était une option ultime et exceptionnelle, la question des personnes atteintes d'une maladie incurable et dont les souffrances physiques ou morales sont devenues intolérables (que la mort soit imminente ou non) ne serait pas résolue dit le Conseil de la protection des malades. C'est vrai que ce sont deux situations très différentes qui devraient être traitées séparément.

  • Democrite101 - Inscrit 29 septembre 2010 13 h 27

    Que l'on parte du bon pied en se servant de sa tête...



    Médecins et infirmiers sont peu crédibles dans ce débat. La tentation leur est trop forte de demander plus d'argent pour des soins fins de vie, donc plus d'argent et d'emploi pour eux.

    Mais qui en veut des soins de fin de vie ? Sûrement pas ceux qui souffrent sans espoir.

    Voilà pourquoi il faut appeler un chat un chat. Si un citoyen ne veut pas finir inutilement dans la souffrance, ni même être prolongé sans souffrance mais inutilement et sans espoir comme un légume, il faut que la loi lui permettre le suicide assisté, clairement dit, l'euthanasie active.

    À 62 ans, je le réclame maintenant pour le moment de fin de vie qui sera le mien dans environ 30 ans. J'aime la vie, mais la vie n'a de valeur que lorsqu'elle est belle et acceptée.

    Manipuler les gens par la religion mortifère qui aime faire souffrir pour rien, qui accorde un crédit débile à la souffrance (des Reer pour l'au-delà), c'est arriéré, et mérite d'être dénoncé.

    Il nous faut une loi d'euthanasie, avec un «Protocole de fin de vie» (rédigé par l'État) et signé par chacun (avec l'ajout ses spécifications et précisions personnelles), afin que nos volontés finales soient respectées.

    Vive la vie !

    Jacques Légaré, ph.d. en philosophie politique
    Professeur (à la retraite) d'Économique, d'Histoire et de Philosophie

  • bruno labelle - Inscrit 29 septembre 2010 14 h 11

    mourir dignement

    je suis entierement en acord avec le dr godin et l ordre des infirmieres il faut d abord investir dans les gens plutot que ds le "nettoyage " comme certain essaie de ns faire accroire que euthanasier les gens est LA grande solution du siecle ;vous aussi votre tour viendra ou vs serez fier qu on vous soigne honorablement en tout respect pour l HUMAIN B....

  • Denioul - Inscrit 29 septembre 2010 15 h 20

    Balises en theorie et en pratique?

    Avec l'existence de lois impossibles a mettre en application, je me demande si les balises que les tenants de l'euthanasie nous promettent seront non seulement mises en place, mais mises en stricte application. Des promesses semblables ont ete faites en d'autres domaines par le passe sans qu'on ait pu les faire respecter, vous savez. Alors vous me permettrez d'etre sceptique...
    (Excusez l'absence d'accents, ce clavier ne les donne pas...)