Ticket modérateur en santé - Québec fait volte-face

Raymond Bachand<br />
Photo: Raymond Bachand

Critiqué de toutes parts, le gouvernement Charest baisse pavillon: il n'y aura pas de ticket modérateur en santé. La volte-face a été annoncée en coup de vent hier par le ministre des Finances, Raymond Bachand. Le désaveu a des allures de retour à la case départ pour le ministre, qui devra trouver une autre façon d'assouvir les besoins insatiables du réseau québécois de la santé.

En point de presse tenu à Québec, Raymond Bachand a confirmé la rumeur selon laquelle le ticket n'a plus la faveur du gouvernement Charest, volonté révélée plus tôt dans les pages du quotidien Le Soleil. Manifestement, les libéraux avaient mal mesuré la réponse des Québécois, a admis M. Bachand. «Les sondages étaient très favorables aux tickets modérateur et orienteur. Mais, quand ils l'ont dans la face, les gens changent d'idée.»

Des rencontres exploratoires avec les principaux acteurs du milieu de la santé ont cimenté ses positions. C'est le Dr Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, qui a le mieux résumé le problème, a raconté M. Bachand. «[Le ticket] existe dans 18 pays dans le monde. C'est une bonne idée. Mais la culture, ici, au Québec, n'est pas prête pour ça. Donc, je l'indique clairement, je retire [le ticket] de la table.»

Éminemment controversée, la proposition présentée dans le budget de mars dernier avait rapidement été critiquée. Une réaction d'abord épidermique, qui s'est étoffée et affermie avec le temps. «Tout le monde nous a dit que ce n'était pas une bonne idée», a admis hier le ministre, visiblement déconfit.

En rencontres exploratoires, deux arguments sont ressortis. De nombreuses critiques ont fait valoir que le ticket freine le recours adéquat aux soins, ce qui va à l'encontre de l'esprit même de la loi qui garantit aux Canadiens un système de santé ouvert et universel. D'autres ont aussi mis en lumière «des difficultés d'application trop importantes» pour qu'il puisse être rentable dans les structures actuelles, a précisé l'attachée de presse de M. Bachand, Catherine Poulin.

Le ministre a donc décidé de mettre définitivement une croix sur le ticket, une décision que son cabinet a cherché à minimiser hier. «Le ticket, c'était une suggestion, un exemple de solution pour financer plus durablement le système de santé», a dit Mme Poulin. En avril dernier, le ministre avait pourtant tenu un discours autrement plus ferme: «Ce n'est pas un ballon d'essai», c'est «une décision» du gouvernement, avait-il martelé.

Six mois plus tard, la question du financement demeure entière. «On pourrait avoir de bonnes surprises, une bonne tenue de l'économie. Mais il faut garder en tête que nous partons avec un manque à gagner de 500 millions en 2013», a rappelé son attachée de presse hier.

Chose certaine, si le ticket est définitivement oublié, la contribution santé annuelle est là pour de bon. Applicable, dès cette année, cette ponction fixe atteindra à terme 200 $ par personne. D'autres idées ont émergé des rencontres exploratoires: moduler cette même contribution santé selon le revenu, augmenter la productivité du réseau public et revendiquer une hausse des transferts fédéraux, par exemple.

Ces propositions seront analysées, promet Mme Poulin. «Nous aurons une meilleure idée de ce qui nous attend à l'automne, avec les considérations prébudgétaires et la publication des comptes de la santé. Pour la première fois, on va pouvoir voir où va l'argent. Ça va certainement servir à alimenter le débat.»

Le virage du gouvernement Charest a été salué favorablement par la porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, Agnès Maltais, qui avait vertement dénoncé le projet libéral en le qualifiant de «taxe santé». Elle invite le ministre Bachand à poursuivre sa réflexion en gardant en tête le caractère public et universel du réseau québécois. «Le vrai courage réside dans la défense de l'accessibilité aux soins de santé. Voilà ce qu'on attend du gouvernement.»

La députée de Taschereau en a profité pour revenir sur la contribution santé, dont elle dénonce le caractère régressif. «Une personne ayant un revenu de 30 000 $ paiera le même montant de 200 $ que la personne ayant un salaire de 150 000 $. Cette taxe régressive est inacceptable, elle ne doit pas servir de modèle aux mesures de remplacement que devra trouver le ministre des Finances s'il veut équilibrer son budget», a prévenu Mme Maltais.

Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, a lui aussi accueilli positivement le retrait du ticket. Il demande au ministre de ne pas s'arrêter en si bon chemin et de faire de même avec la contribution santé, et ce, même s'il s'est dit ouvert à une certaine forme de progressivité. «Le gouvernement doit faire du ménage dans sa propre cour avant de s'attaquer au pouvoir d'achat des gens ordinaires», a fait savoir M. Khadir. Seulement en santé, il pourrait faire des économies pouvant atteindre deux milliards par année en négociant le prix de ses médicaments.»

Tant le ministre de la Santé, Yves Bolduc, que le premier ministre, Jean Charest, n'ont pas souhaité commenter hier ce virage à 180 degrés.
10 commentaires
  • Michelle Bergeron - Inscrit 23 septembre 2010 04 h 12

    Oui les mains sur le volant pas dans nos poches...


    La taxe en santé n'est pas acceptable encore moins avec tous le gaspillage que votre gouvernement à fait avec le CHUM la caisse de dépôt, les tinamis etc. Les québécois sont plus pauvres avec votre gouvernement de plusieurs milliards et en plus vous osez nous taxés.

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 23 septembre 2010 06 h 43

    La structurite

    M. Bachand, vous pouvez récupérer de 500 million$ à 1 milliard annuellement rien qu'en allégeant les structures du secteur de la santé où se retrouve un enchevêtrement de régies, de régions, de secteurs, de regroupements, etc...Certaines décisions, très souvent bien banales, doivent être entérinées par six, sept et même huit paliers administratifs différents.L'Église catholique, elle, a perduré pendant plus de deux milles ans avec trois paliers administratifs. C'est tout dire.

  • Yv Bonnier Viger - Abonné 23 septembre 2010 06 h 59

    La démocratie fonctionne encore...

    Il est rassurant de voir que l'expression collective ait encore un certain pouvoir auprès de nos décideurs politiques. Mais que d'énergie ne faut-il pas mettre pour défendre des idées et des réalisations qui sont continuellement remises en question !
    Pourquoi est-il si difficile de nous entendre sur le fait que la santé est un droit et donc une responsabilité ?
    C’est un droit et une responsabilité de chacune des personnes et un droit et une responsabilité collective. Prendre soin de soi et prendre soin des autres est l’expression concrète de ce droit et de cette responsabilité. Nous ne naissons pas tous égaux, ne serait-ce qu’à cause de la loterie génétique. Mais une fois engagés dans cette vie, les plus riches comme les plus pauvres d’entre nous avons tout avantage à ce que chacune et chacune réalise son plein potentiel. Ce que nous appelons des dépenses de santé et d’éducation sont en réalité des investissements. Il est juste normal que celles et ceux qui ont obtenu, de par leur naissance ou de par les circonstances, plus de ressources à gérer, en investissent davantage que celles et ceux qui en ont moins. Toutes les mesures régressives, toutes ces mesures qui exigent proportionnellement plus d’investissement de la part des personnes qui ont moins de ressources à gérer, accentuent nos inégalités, nient nos droits et responsabilités et nous empêchent de progresser vers plus de bien-être. C’est l’équivalent, pour celles et ceux qui refusent d’investir à leur pleine capacité, comme de cacher son argent sous le matelas plutôt que de l’investir dans des entreprises. Au final, l’immobilisation de ces ressources se traduit par une perte nette. Le ticket modérateur et la contribution santé sont des mesures régressives qui freinent notre développement. Il me semble que nous devrions tous le comprendre…

    Yv

  • Nicole Lamarre - Inscrit 23 septembre 2010 08 h 05

    Ticket modérateur en santé

    Attention, après une humiliation ce gouvernement va sûrement arriver avec une autre taxe déguisée. La santé a assez d'argent qu'il récupere les millions qu'ils donnent aux agences privés d'infirmières.

  • Bernard Gervais - Inscrit 23 septembre 2010 08 h 23

    Qu'est-ce que cela change ?

    D'accord, le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, renonce à son idée d'imposer un ticket modérateur dans le réseau public de la santé.

    Cependant, son gouvernement continue de tolérer l'existence de cliniques
    privées - et donc payantes - offrant la plupart des mêmes services.

    Et où pensez-vous qu'iront - comme c'est déjà le cas - ceux qui ont de l'argent et qui veulent se faire soigner rapidement ?