Bachand fait volte-face et renonce au ticket modérateur en santé

Le ministre des Finances, Raymond Bachand
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le ministre des Finances, Raymond Bachand

Québec — Le gouvernement de Jean Charest fait volte-face et renonce à imposer un ticket modérateur pour financer les soins de santé. Il s’agit donc d’un retour à la case départ pour le gouvernement, qui devra désormais trouver une autre source de revenus pour répondre dans un avenir rapproché aux besoins insatiables du réseau, qui gruge déjà plus d’une vingtaine de milliards de dollars par année au trésor public et dont les coûts croissent d’environ 5 % par année.

En point de presse, ce matin, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a confirmé que devant le tollé soulevé par cette décision, annoncée en mars dernier, le gouvernement avait conclu qu’il valait mieux battre en retraite.

Pourtant, «même les sondages étaient très favorables au ticket modérateur et orienteur. Mais quand on l’a dans la face les gens changent d’idée», a expliqué le ministre, pour justifier le virage à 180 degrés du gouvernement.

En mars, dans son budget, M. Bachand avait créé toute une surprise en s’attaquant de front au problème du financement du réseau de la santé, toujours reporté aux calendes grecques dans le passé. Il avait alors indiqué que le Québec n’arriverait bientôt plus à financer adéquatement le système de santé et qu’il fallait trouver d’autres sources de revenus à compter de 2013-2014.

M. Bachand avait donc annoncé deux initiatives pour combler un manque à gagner imminent: une «contribution-santé» annuelle, ponction fixe qui atteindra à terme, en 2012, 200 $ par personne, de même qu’une «franchise-santé», sorte de ticket modérateur applicable à chaque visite médicale et modulé selon le lieu de consultation (urgence, clinique médicale, CLSC ou autre).

Sauf que des consultations menées au cours des derniers mois dans le milieu de la santé ont convaincu le ministre que la franchise-santé ne passait pas la rampe. «Tout le monde nous a dit que ce n’était pas une bonne idée», a expliqué le ministre, penaud.

Au premier chef, les médecins ont fait valoir que cette forme de contribution financière exigée aux patients pour se faire soigner pourrait en inciter plusieurs à annuler — ou espacer — leurs rendez-vous médicaux, voire à négliger leur santé.

L’argument invoqué par le président de la Fédération des médecins spécialistes, le Dr Gaétan Barrette, semble avoir particulièrement fait mouche. «Il a dit: ça existe dans 18 pays dans le monde. C’est une bonne idée. Mais la culture, ici, au Québec, n’est pas prête pour ça», a déclaré M. Bachand. Le ticket modérateur devait rapporter un demi-milliard de dollars par année à l’État.

Une avenue parmi d'autres

Aujourd'hui, le ministre Bachand a tenté de dorer la pilule, en faisant croire que le ticket modérateur n’avait été qu’une avenue parmi d’autres explorées par Québec, sans plus. «Parmi les pistes de solution, il y avait celle-là. Ce n’était pas une décision», a-t-il prétendu. Or, il y a six mois, lors du dépôt de son budget, en mars, M. Bachand était formel: l’imposition d’un ticket modérateur, «ce n’est pas un ballon d’essai, c’est une décision» du gouvernement. Il restait cependant, précisait-il, à déterminer les modalités d’application de cette contribution financière de l’usager, en promettant du même souffle une vaste consultation publique sur la question.
Interrogés eux aussi sur la volte-face du gouvernement, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, et le premier ministre Jean Charest n’ont pas voulu faire de commentaires.

En mars, le ministre des Finances avait plaidé l’urgence de s’attaquer à la «vache sacrée» qu’était le principe de la gratuité des soins de santé dispensés au Québec. Il était d’ailleurs loin d’être assuré que ce ticket modérateur respectait la Loi canadienne sur la santé, qui garantit l’accessibilité et l’universalité des soins à travers le pays.

L’idée d’un ticket modérateur avait été évoquée comme une solution à envisager, lors de la commission Castonguay (présidée par l’ex-ministre libéral Claude Castonguay) sur le financement de la santé. Mais à l’époque le gouvernement avait rejeté cette avenue.

La porte-parole de l’opposition péquiste, Agnès Maltais, s’est réjouie de la décision du gouvernement de renoncer au ticket modérateur. «Personne au Québec ne veut aller dans cette forme de discrimination dans l’accès aux soins. Ils se sont retrouvés avec un bonnet d’âne dans le coin», a dit Mme Maltais, lors d’un entretien téléphonique. Au bout du compte, donc, l’impasse demeure totale quant au financement futur du réseau de santé.

Le ministre Bachand a dit songer à divers scénarios pour dénouer l’impasse: moduler la contribution-santé selon le revenu, augmenter la productivité du réseau et revendiquer une hausse des transferts fédéraux.

Actuellement, peu importe qu’on gagne 30 000 $ par année ou 300 000 $, tout le monde devra verser le même montant annuellement, soit 200 $, dès 2012, pour financer la santé. Cette année, la contribution était de 50 $ et elle sera de 100 $ l’an prochain.

13 commentaires
  • Jacques Lafond - Inscrit 22 septembre 2010 15 h 51

    Il est temps qu'ils partent ces pauvres libéraux

    Je pense que c'est une erreur ce virage à 180 degrés. Je pense qu'il aurait été très formateur que tous les québécois apte au travail payent un minimum de $200 par année pour la santé. Je pense que les québécois sont encore une fois infantilisés avec ce virage. Le ticket modérateur reviendra un jour. Surement par le Parti Québécois. Il est temps que les québécois deviennent des adultes. Il est grand temps. $200 par année par québécois apte au travail. Gagner $200 de plus par année pour contribuer à la santé est très facile et c’est pour une bonne cause. Ce virage est bien dommage. JL

  • FINZI - Inscrit 22 septembre 2010 17 h 07

    Quand l’hôpital ou plutôt le GOUVERNEMENT, se fout de la charité

    On a bien compris que le gouvernement ne sait plus à quel sein se vouer pour trouver du cash … en l’occurrence le pis de la vache, à appartient-t-il ??
    LE citoyen : il faut toujours qu’il paye d’une manière ou d’une autre mais si encore il en avait pour son argent hein, il ne dirait pas ‘non’ le citoyen. Le citoyen, il veut bien ‘contribuer’ au trou budgétaire mais il voudrait bien qu’on contribue à le soigner correctement en retour. Il faudrait vraiment arrêter de le prendre pour une vache à lait le citoyen, vous ne trouvez pas ? Payer, il le fait déjà et depuis loooongtemps. Qu’a-t-il en retour ? il tombe, se brise l’épaule, se rend aux urgences où on lui prescrit une radio. Bonne poire, le citoyen s’en va au département radio de l’hôpital où on lui donne un rendez-vous dans SIX MOIS !!! Oui, je sais, c’est là, maintenant, tout de suite qu’il s’est brisé l’épaule. Alors le médecin de l’hôpital lui explique qu’il ne peut rien faire, que s’il va dans le privé (non remboursé) il aura sa radio à 150$ tout de suite. Elle n’est pas belle la vie ? quel foutage de gueule !

  • Michele Johnston - Inscrit 22 septembre 2010 17 h 52

    La débâcle

    Rentabilité politique à tout prix, manque de courage politique, gestion déficiente, problèmes de transparence etc. et .... démobilisation corrélative et progressive de la collectivité ....... il n'y a vraiment rien de réjouissant dans ce virage du Ministre Bachand. Dans un meilleur climat politique que ce Gouvernement (sans parler de ceux qui l'ont précédé) ne parvient pas à créer (ce serait même parfaitement le contraire), le ticket modérateur eût été acceptable, vu les grands enjeux auxquels nous faisons face. C'est franchement inquiétant.

  • Claude Archambault - Inscrit 22 septembre 2010 18 h 03

    Seul les fous ne changent pas d'idée

    Seul les fous ne changent pas d'idée; Qu'attendent les séparatistes?

  • irishspring - Inscrit 22 septembre 2010 18 h 56

    Pourquoi ne pas s'informer sur le modèle Ontarien!

    Bravo pour cette bonne nouvelle, au moins la province progresse vers l'avant. Je me souviens des québéçois des années 50 et 60 où se faire soigner ou voir hospitaliser, cela coûtait un bras, les parents s'endettaient pendant des années. C'est tou le système de santé qui est à revoir. Les coûts des médicaments sont en croissance expotentielles, il n'ya pas beaucoup de ministres qui sont prêts à défendre la santé.
    Hier après l'émission de la facture sur le Clinique Privée qui abusent du système et du peuple, voilà qu'après l'émission sur leur blogue de la Facture, un médecin qui était invité a déclaré.
    En ontario ils ont un système de Coop avec une équipe de médecin multi-disciplinaire et ça fonctionne très bien.
    Notre problème au Québec c,est peut être dû au différents intervenants, trop de paliers, on l'a vu avec le scandal des commandites et celui qui sévit présentement. Il y'a toujours quelqu'un qui veut une part du gâteau. une facon de penser qui date depuis plusieurs décénies. On a juste à constater, une étude ici, une enquête là, une commission ailleur, ça ne fini plus. l'année suivante un autre groupe met en doute l'étude et c'est reparti.
    Il y'a moyen de sauver notre système de santé, il faut regarder ce qui se fait ailleur.