Maladresses et dérapages dans les coopératives de santé

La coopérative de santé est un atout pour l'accès au système de santé, particulièrement dans les communautés éloignées. Mais la formule peut aussi donner lieu à des maladresses, voire des dérapages, spécialement dans les grands centres où de récentes initiatives sont remises en question par les citoyens, mais aussi par le ministre de la Santé, Yves Bolduc.

Marginal au tournant des années 2000, le phénomène a connu un essor important. Le Québec compte une quarantaine de coopératives comptant au total plus de 60 000 membres. Le ministre Bolduc s'inquiète toutefois «de voir que le phénomène a gagné les grands centres où des cliniques ferment pour devenir des coopératives dont les frais et les modalités varient beaucoup», indique son attachée de presse, Karine Rivard.

Déjà, en 2008, le ministre s'était dit «préoccupé» par la transformation d'une clinique de Gatineau en coopérative, conversion qui avait donné lieu à une nouvelle classification de la clientèle où les membres sont désormais reçus en priorité. À La Prairie, la conversion ces jours-ci du Centre médical Isamed et de la Clinique médicale Chemin St-Jean en coopérative a soulevé de nouveaux malaises. La direction a clairement signifié que seuls les membres pourront désormais se voir assigner un médecin de famille.

D'autres privilèges seront réservés aux membres, comme des plages horaires réservées ou un service d'infirmières à domicile. Ce genre de glissements sera examiné par le ministère de la Santé. «Le ministre craint que l'accès [aux soins] puisse être compromis dans certaines coopératives, explique Mme Rivard. Une chose lui paraît claire: une coopérative ne doit pas discriminer l'accès d'aucune manière. Il souhaite donc approfondir sa réflexion.» La Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) pourrait être mise à contribution.

À la Fédération des coopératives de services à domicile et de santé du Québec, on ne nie pas que certaines pratiques puissent contrevenir à l'esprit coopératif. Il y a deux ans, la fédération s'est d'ailleurs dotée d'un cadre de référence qui a permis de mieux baliser la pratique. «Bien des aspérités et des maladresses sont faites de bonne foi et corrigées dès qu'elles sont signalées», explique son directeur général, Benoît Caron.

Ce cadre de référence insiste sur le fait que toute coopérative doit permettre à chacun d'avoir accès aux services de santé assurés sans égard à son statut ou à sa capacité de payer, rappelle M. Caron. Il précise aussi que les frais imposés aux membres doivent aussi être «socialement équitables». «Ils sont déterminés par les frais d'exploitation et le niveau des revenus des ménages.» En moyenne, au Québec, la part de qualification varie entre 30 et 100 $, tandis que les frais annuels sont de 61 $. Cette facture est bien moindre que celle que doivent payer les patients qui n'ont pas de services de proximité (essence, frais de stationnement, journées de travail perdues), note la fédération.

M. Caron convient néanmoins que la formule coopérative peut paraître «alléchante» pour les médecins qui souhaitent améliorer leur ordinaire. «Une coopérative émerge là où il y a un besoin urgent, criant. Elle répond à un besoin. Nous avons des réserves à encourager la conversion en coopérative d'un projet qui n'est pas menacé», précise-t-il.
2 commentaires
  • P. Boutet - Inscrit 22 septembre 2010 11 h 51

    Chuuuut

    Moi, ce qui me rassure c'est d'en entendre parler.

    Le saurions-nous si ça se produisait dans une clinique privée?

    Ou posons la question autrement:

    Est-ce qu'on en entend parler quand ça se produit dans une clinique privée?

  • Melanie Ha - Inscrit 2 octobre 2010 16 h 27

    La lumière sur les coopératives de santé

    Cette émission permet de bien éclairer le sujet des coopératives de santé. Une sorte de réponse à la maladresse médiatique récemment:http://alechellehumaine.cibl1015.com/?p=908