Baie-Saint-Paul - Pourquoi démolir l'hôpital?

L'Hôpital de Baie-Saint-Paul repose sur des sols susceptibles de se liquéfier lors d'un tremblement de terre majeur. Voilà l'argument principal qui a mené à la décision de le démolir.

Le ministre de la Santé a annoncé le week-end dernier que l'établissement serait démoli et reconstruit. L'annonce en a choqué plusieurs. N'est-ce pas précipité? Pourquoi en est-on venu à cette décision aujourd'hui plutôt qu'hier? Qu'en est-il des autres bâtiments de la ville? Tout a commencé lorsque le Centre de santé et des services sociaux (CSSS) de Charlevoix a mis de l'avant ses projets de rénovation majeure aux centres hospitaliers de Baie-Saint-Paul et de La Malbaie. «Les normes du Code du bâtiment ont changé en 2005. On exige maintenant de procéder à une évaluation de la capacité parasismique du bâtiment avant d'amorcer les travaux et d'apporter les correctifs s'il y a lieu», explique l'ingénieur Louis-Paul Gauvin, directeur des services techniques au CSSS de Charlevoix. On a donc confié à des firmes d'ingénieurs le mandat d'évaluer la résistance de la structure des bâtiments en cas de séismes et d'analyser la composition des sols sur lesquels ils reposent. Transmises au directeur général du CSSS le 23 août dernier, les conclusions de ces études sont alarmantes. «Les bâtiments présentent une précarité que nous qualifions d'extrême en regard à leur capacité à survivre à un séisme majeur lorsque l'on considère les barèmes d'évaluation les plus récents. Ainsi, le comportement le plus probable des structures face à un séisme d'importance est l'effondrement. Il devient donc extrêmement important d'envisager à court terme des scénarios de réhabilitation qui permettront la sécurisation des lieux», lit-on dans le rapport fourni par la firme Tecsult Aecom EMS.

Cette précarité tient à plusieurs facteurs. D'abord, Charlevoix est l'une des zones sismiques les plus actives du Canada. De 1978 à 1997, on y a détecté, grâce à un réseau local de sismographes, près de 2200 tremblements de terre, dont huit étaient de magnitude égale ou supérieure à 4. Ce qui rend la région propice aux tremblements de terre est le fait qu'elle «est située à la jonction entre le Bouclier canadien et les Appalaches, qu'il s'y trouve une faille [de Logan) qui longe le Saint-Laurent et qu'une météorite y est tombée, il y a 360 millions d'années, et a déformé la croûte terrestre, laquelle tend depuis à retrouver sa forme d'origine», explique le géologue Jacques Martignole, de l'École polytechnique de Montréal.

Le deuxième facteur est la nature des sols. L'Hôpital de La Malbaie est construit sur du roc, ce qui permet d'apporter des correctifs au bâtiment actuel. «L'Hôpital de Baie-Saint-Paul repose quant à lui sur un dépôt de sable qui est liquéfiable. Ce sable contient de l'eau et, quand il y a des secousses sismiques, un phénomène appelé liquéfaction se produit. Les grains de sable se déplacent et le bâtiment ne repose plus que sur de l'eau. Le sol ayant perdu sa capacité portante, le bâtiment s'enfonce alors», explique Robert Tremblay, ingénieur à l'École polytechnique de Montréal.

En troisième lieu, l'Hôpital de Baie-Saint-Paul est un «bâtiment très massif construit en 1926 de maçonnerie non armée qui supporte mal les tensions causées par un séisme», souligne M. Gauvin, qui ajoute que ce sont les secousses générées par un séisme supérieur à 6,5 qui sont susceptibles de provoquer le phénomène de liquéfaction.

Or tout le monde ne s'entend pas sur la fréquence à laquelle peuvent survenir des séismes de magnitude 6,5 dans la région de Charlevoix. Selon les ingénieurs consultés par M. Gauvin, il en surviendrait un tous les 100 ans. Les sismologues de Ressources naturelles Canada estiment pour leur part que, «dans la région de Charlevoix, un tremblement de terre de magnitude 6,5 est susceptible de survenir tous les 200 ans. Il y a toutefois plusieurs incertitudes entourant cette fréquence. Certains scientifiques prévoient qu'un tel tremblement de terre pourrait se produire tous les 100 ans, alors que d'autres le situent tous les 400 ans», précise la sismologue Catherine Woodgold. C'est en 1870 que la région a connu la dernière fois un séisme de magnitude 6,5. Le tremblement de terre qui a frappé la région en 1925 n'avait alors atteint que 6,2. Le plus violent, qui fut d'une magnitude 7, se serait produit en 1663. «Même si le risque qu'un tremblement de terre de magnitude 6,5 survienne est minime, il est néanmoins là, et plusieurs trouveront que la probabilité qu'il en survienne un tous les 200 ans est déjà grande», lance Martin Bouchard, directeur général de la municipalité de Baie-Saint-Paul.

Quelques solutions ont été proposées pour réhabiliter l'Hôpital de Baie-Saint-Paul, mais, compte tenu de la complexité des travaux à faire, du haut niveau d'incertitude à propos des résultats, de l'absence dans l'est du Canada d'entrepreneurs spécialisés dans la réalisation de ce genre de travaux, des contraintes liées au maintien des activités de l'hôpital, ainsi que des coûts associés aux travaux et aux frais contingents, les ingénieurs en ont conclu que l'hôpital «est techniquement et économiquement non réhabilitable».

Quant aux autres bâtiments de la ville, le ministre Bolduc a annoncé, lors de sa conférence de presse, qu'il solliciterait l'intervention de la sécurité civile afin qu'on procède à une évaluation des autres constructions à risque.
1 commentaire
  • Claude Kamps - Inscrit 12 septembre 2010 13 h 04

    Il doit y avoir aussi

    La marge de gens contant de Charest et de sa gang qui se liquéfie en vrais...

    Mais comme le Colisée du petit bonhomme gâté la décision et l'argent de nos taxes incombera au prochain gouvernement...