13e congrès mondial sur la douleur - Les nouveau-nés ressentent la douleur

Les enfants prématurés ayant été soumis à d’intenses soins médicaux fort douloureux voient leur sensibilité à la douleur s’émousser par la suite.<br />
Photo: Agence Reuters Carlos Lezama Andina Les enfants prématurés ayant été soumis à d’intenses soins médicaux fort douloureux voient leur sensibilité à la douleur s’émousser par la suite.

On a longtemps cru que les nouveau-nés ne ressentaient aucune douleur. Rien n'est moins vrai. On sait aujourd'hui que les multiples interventions que subissent les prématurés altèrent pour toujours leur perception de la douleur. On sait aussi comment atténuer les souffrances des bébés, mais, étrangement, l'utilisation de ces moyens demeure encore marginale dans nos hôpitaux.

On a appris à décoder les expressions faciales et les pleurs des nouveau-nés qui étaient spécifiquement associés à la douleur. On a observé que les bébés qui subissent une chirurgie à froid relâchent davantage d'hormones de stress que ceux qui ont préalablement reçu des analgésiques opiacés.

Plus récemment, l'imagerie cérébrale nous a permis de voir que l'expression faciale induite par une douleur concordait avec l'activation du cortex somatosensoriel traitant les sensations perçues par le corps, a rappelé Celeste Johnston, de l'École de nursing de l'Université McGill, lors d'une entrevue accordée en marge du 13e congrès mondial sur la douleur, qui se poursuit cette semaine à Montréal.

On s'est toutefois rendu compte que 20 % des prématurés ne réagissent pas aux interventions médicales, pourtant douloureuses, qu'ils subissent, «probablement dans un but de conservation d'énergie», a précisé Mme Johnston. «De façon générale, tous les prématurés expriment leur douleur moins intensément que les bébés nés à terme — qui pleurent davantage — après un premier événement douloureux.»

On a aussi découvert que les enfants prématurés ayant été soumis à d'intenses soins médicaux fort douloureux voient leur sensibilité à la douleur s'émousser par la suite. Toutefois, lorque la stimulation douloureuse se prolonge, leur douleur s'accroît, contrairement à ce qui se passe chez les bébés nés à terme — dont le seuil de la douleur est plus bas, c'est-à-dire qu'ils sont plus sensibles à la douleur — qui s'adaptent et en viennent à ne plus ressentir de douleur si celle-ci dure longtemps.

Compte tenu de ces nouvelles connaissances, «la Société canadienne de pédiatrie a émis des directives pour soulager les nouveau-nés qui doivent subir des interventions douloureuses. Pour les chirurgies et les intubations, par exemple, on recommande d'administrer du fentamyl ou du midazolam. Or seulement 36 % des prématurés qui sont intubés en reçoivent», a souligné Mme Johnston. «Et pour les prélèvements sanguins par ponction veineuse ou au talon, on devrait offrir aux bébés des tétines trempées dans le saccharose ou des soins kangourou [qui consistent à porter le bébé peau à peau avec sa mère, de préférence], mais on ne le fait pas.» La réticence de nombreux médecins à avoir recours au saccharose s'explique peut-être par le fait que des études ont montré que trop de saccharose est nocif et peut entraîner des problèmes développementaux, avance Mme Johnston.

«La ponction au talon pour le prélèvement de sang s'apparente à planter un couteau dans le talon d'un adulte. Elle est extrêmement douloureuse. La ponction veineuse effectuée au niveau du bras l'est beaucoup moins. Pourtant, on tarde toujours à adopter cette méthode en Amérique du Nord, alors qu'en Europe on l'utilise depuis toujours», ajoute Mme Johnston, qui déplore, voire ne comprend pas, l'attitude du personnel médical.