Le système de santé menacé par un «tsunami gris»

Près des trois quarts des répondants s’accordent pour dire que des changements urgents du système de santé s’imposent afin qu’il puisse fournir le niveau actuel de soins aux baby-boomers.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Près des trois quarts des répondants s’accordent pour dire que des changements urgents du système de santé s’imposent afin qu’il puisse fournir le niveau actuel de soins aux baby-boomers.

La pression que le vieillissement des baby-boomers exercera sur le système de santé constitue une préoccupation majeure chez les Canadiens. Le «tsunami gris» frappera et il frappera fort, souligne à grands traits l'Association médicale canadienne (AMC).

«Nous savons que plus les gens vieillissent, plus ils ont besoin de soins de santé. Or, actuellement, on craint vraiment que le système de santé ne soit pas en mesure de répondre aux [besoins des] générations de demain, à moins de subir une profonde transformation», fait valoir la présidente de l'AMC, la Dre Anne Doig, dont les membres se réunissaient ce week-end à Niagara Falls.

Près des trois quarts des répondants à un vaste sondage qu'elle a commandé s'accordent pour dire que des changements urgents du système de santé s'imposent afin qu'il puisse fournir le niveau actuel de soins aux baby-boomers.

«Il va falloir que quelqu'un paie pour cela, alors qu'on a déjà, actuellement, de la difficulté à avoir un système de santé qui réponde bien aux besoins», ajoute le Dr Robert Ouellet. «D'ailleurs, la jeune génération est plus inquiète que les baby-boomers, parce qu'ils se disent: "c'est nous qui allons payer".»

Si une vaste majorité (80 %) des personnes interrogées craignent que la qualité des soins de santé ne diminue au pays au cours des prochaines années, les personnes âgées de 45 ans ou moins sont toutefois «beaucoup plus susceptibles» que les baby-boomers de délier les cordons de leur bourse afin de faire face à une hausse des coûts en matière de santé.

À cet égard, près de 45 % des personnes âgées de 45 ans ou moins se disent prêtes à acheter de l'assurance santé complémentaire, afin de suppléer les carences du régime public pendant leur retraite, alors que plus d'une personne sur trois compte modifier ses projets de retraite, soit travailler plus longtemps et faire une croix sur les voyages.

Plus du quart des répondants s'affirment disposés à accumuler un bas de laine ou à puiser dans leur épargne retraite pour payer les coûts des soins de santé pendant leur retraite. Mais à peine un Canadien sur cinq se dit prêt à s'endetter.

Entente fédérale-provinciale


Par ailleurs, les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux doivent engager sans tarder les négociations en vue d'un nouvel accord sur le financement des soins de santé, souligne une vaste majorité des répondants.

L'AMC exhorte quant à elle Ottawa à ne pas sabrer le Transfert canadien en matière de santé, au terme de l'entente 2004-2014. «Il faut mettre de la pression, afin que le gouvernement fédéral ne se désiste pas», dit le Dr Ouellet.

D'autre part, le 10e Bulletin annuel de l'AMC montre que l'opinion publique sur le système de santé n'a à peu près pas changé depuis l'année dernière. En 2010, trois quarts (75 %) des Canadiens sondés ont accordé un «A» ou un «B» à la qualité globale des services de soins de santé disponibles, comparativement à 74 %, l'année dernière.

«Ceux qui ont un médecin de famille donnent "A", alors que ceux qui n'en ont pas donnent un "F"», fait remarquer le Dr Robert Ouellet.

Environ 35 % des Canadiens pensent que les services de santé s'amélioreront, tandis que 51 % croient qu'ils empireront.

Le sondage a été effectué en ligne par Ipsos-Reid auprès de 3483 répondants du 8 au 21 juin. Un échantillon de cette taille comporte une marge d'erreur de plus ou moins 1,66 %, 19 fois sur 20.
2 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 23 août 2010 09 h 09

    Tsunami du «mourissement»

    La prévention d'abord, pour nous les vieux, et l'investissement quotidien dans la bonne forme de notre corps, optimalement. Et de notre Anima, bien sûr !

    Le vieillissement ne sera pas tellement un problème; il peut être un PLUS pour la société, si nous les vieux demeurons utiles et solidaires, spécialement avec les générations qui nous succèdent. Choisir d'être utile et solidaire garde bien des personnes en âge avancé en abondance de santé suffisante.

    Nous devons, nous les finissants de la vie, repenser notre façon de terminer nos vies. Et oser une fin de vie responsable, généreuse pour nous et les autres, préparée et ouverte.

    J'ai déjà écrit un mémoire à la Consultation du ministère des aînés :«Vivre longtemps, oh oui. Mourir longtemps, non merci.» Je persiste et signe.

  • Jean Richard - Abonné 23 août 2010 10 h 36

    Discours usé

    Ras le bol de ce discours méprisant qui pointe du doigt une génération complète, celle qui navigue vers la retraite ou qui y est déjà engagée, et qui érige en victime la jeune génération.

    Réduire la société en deux classes, les productifs et les improductifs, ça tient beaucoup plus de l'idéologie - néo-libérale - que de l'analyse socio-économique sérieuse. Trop souvent d'ailleurs on ne sait guère faire la différence entre l'idéologie et la science économique.

    Le vieillissement de la population est une réalité. Mais que cette réalité mène de façon indéniable à la catastrophe socio-économique, c'est davantage une croyance qu'une vérité.