L'entrevue - Sexisme hormonal dans les cabinets

La Dre Sylvie Demers veut redonner aux hormones féminines leurs lettres de noblesse.
Photo: - Le Devoir La Dre Sylvie Demers veut redonner aux hormones féminines leurs lettres de noblesse.

Testostérone rime avec virilité, force et fierté. oestrogène, avec honte, cancer et «trouble», déplore la Dre Sylvie Demers. Un «blâme du féminin» qu'elle combat férocement pour redonner aux hormones de la féminité leurs lettres de noblesse et, surtout, soulager les femmes ménopausées de leurs symptômes... et de la peur des fameuses hormones, celles dont on parle entre filles sur le ton «ahhh, c'est encore mes hormones...».

«Les hommes sont fiers de leur testostérone, ils sont fiers quand ils n'en manquent pas, ils se sentent virils. Les femmes en ont honte, elles ont honte d'en prendre, au point de le cacher», constate celle qui traite tant l'homme en pleine andropause que la femme ménopausée dans sa clinique spécialisée, en Outaouais.

Entre l'homme et la femme sur son «retour d'âge», c'est «deux poids deux mesures», constate-t-elle. On s'occupe avec sérieux de monsieur, madame se voit souvent incomprise, voire... envoyée chez le psychiatre!

Une situation qui s'est détériorée après la parution des désormais célèbres études de la Women Health Initiative (WHI), au début des années 2000, qui soulignaient que l'hormonothérapie utilisée pour le traitement de la ménopause augmentait légèrement le risque de développer un cancer du sein. À l'époque, les femmes débarquent, paniquées, dans son ancien bureau de Victoriaville. Devant le traitement médiatique alarmiste et l'incompréhension par les médecins eux-mêmes de la portée réelle des résultats de cette étude, Sylvie Demers est en colère.

«On a créé une hystérie collective!», dit-elle. «Plusieurs ont cessé de prendre leurs hormones, certaines de force par leur médecin. Certaines pour qui ça allait bien ont arrêté par peur du cancer! Aberrant», en regard du risque réel, souligne-t-elle. «On a accusé les oestrogènes, on a accusé les hormones de la féminité. C'est venu rejoindre la militante en moi.»

Pour la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC), l'hormonothérapie devrait être prescrite pour traiter les symptômes de la ménopause jusqu'à concurrence de cinq ans. Dans ces conditions, le risque accru de cancer de l'ovaire «ne devrait pas influencer la décision d'une femme».

Un déménagement plus tard, la colère de la Dre Demers se traduit en actes. Elle ouvre en 2005 une clinique spécialisée dans le traitement de la ménopause et de l'andropause en Outaouais et signe en 2008 le livre Hormones au féminin, aux Éditions de l'Homme.

Peur des hormones? Allez chez le psychiatre, se sont fait dire plusieurs femmes. Une forme de sexisme médical, dénonce Sylvie Demers, qui, par ailleurs, a pratiqué en psychiatrie du côté des criminels et des délinquants à contrôler. «Par exemple, dans ma région, la clinique spécialisée dans le syndrome prémenstruel, c'est un psychiatre. Ce qui m'a choquée, c'est que des femmes qui n'avaient aucun antécédent psychiatrique, qui n'avaient jamais fait de dépression, n'avaient jamais eu de trouble anxieux, des femmes qui avaient des carrières, qui avaient élevé des familles, on les traitait avec des antidépresseurs pour des symptômes dus à la ménopause.» Et que l'hormonothérapie peut soulager. «Ce n'est pas dans la tête!», tonne-t-elle.

Pour éviter de se justifier, plusieurs de ses patientes cachent même qu'elles prennent des hormones à leur entourage. À l'hormonothérapie «régulière», la Dre Demers préfère l'hormonothérapie bio-identique. Cette dernière, non couverte par l'assurance-médicament, se compose d'hormones identiques aux hormones naturellement produites par le corps, plutôt que de molécules semblables, comme celles contenues dans l'hormonothérapie classique et les pilules contraceptives.

À ce propos, la SOGC ne s'inquiète pas des hormones bio-identiques de marques connues, «qui ont fait l'objet de nombreux essais et qui ont obtenu l'aval de la FDA», mais émet une mise en garde contre les médicaments «préparés», dans des crèmes notamment, à la pharmacie ou par le médecin, «car ces médicaments ne sont pas approuvés par la FDA et aucune donnée scientifique ne montre les effets (bons ou nuisibles) que ces médicaments composés ont sur le corps».

«Nous ne prenons plus de nouveaux patients», s'excuse le répondeur de la clinique privée de la Dre Demers. «La réponse a été effrayante. À l'automne 2008, je ne pouvais plus assurer un service de qualité, la liste d'attente était d'un an. Alors, on a arrêté de prendre des patientes», explique-t-elle. Depuis, «je reçois des lettres déchirantes, des dossiers complets! Les femmes ne se sentent pas écoutées. On banalise les symptômes de la ménopause». Alors que «ça touche toutes les femmes, et que ça nous touche pour longtemps».

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