Cancer: les chiffres auraient été sous-estimés

Les statistiques coup-de-poing sur le cancer dévoilées mercredi par la Société canadienne du cancer sous-évaluent largement le nombre de cas qui seront recensés d'ici à la fin de l'année au Québec, a fait valoir hier la Coalition priorité cancer.

Il y a une sous-estimation moyenne de près de 10 % des nouveaux cas de cancer, selon la Coalition. Par exemple, Statistique Canada a fait état avant-hier de 4700 nouveaux cas de cancer de la prostate au Québec cette année, alors que la Coalition priorité cancer pronostique 6200 nouveaux cas, soit 32 % de plus. Le nombre de personnes qui souffriront d'un mélanome a aussi été sous-estimé. Statistique Canada anticipe 740 nouveaux cas. Pour sa part, la Coalition priorité cancer prévoit en recenser plus de 990 au cours de 2010. Un écart de 35 %!

«Au Québec, nous avons un fichier des tumeurs où ne sont recensés que les cancers qui sont traités en centre hospitalier. Alors, ce qui se fait en clinique n'est pas recensé», explique la porte-parole de la Coalition priorité cancer, Nathalie Rodrigue. «Le Québec se retrouve maintenant au dernier rang des provinces canadiennes et parmi les pires nations industrialisées quant à l'état de la situation du cancer», ajoute le Dr Pierre Audet-Lapointe.

«Il ne faut pas se cacher la tête dans le sable. C'est ça, la situation. Tant qu'on ne la regarde pas en face, on ne prend pas nécessairement les bonnes décisions», soutient le conseiller spécial de la Coalition, Michel Bissonnette. Le Québec affiche les taux d'incidence et les taux de mortalité du cancer les plus élevés, en raison notamment de fortes disparités régionales dans la disponibilité et la qualité des traitements, ainsi que des pratiques de dépistage différentes des autres provinces canadiennes.

Aucun programme de dépistage précoce du cancer colorectal n'a été mis sur pied au Québec. «Ça se fait pourtant ailleurs au Canada», fait remarquer Nathalie Rodrigue. À cet égard, si 70 % des personnes âgées de 50 à 75 ans exclusivement suivaient, tous les deux ans, un dépistage de cancer colorectal par une recherche de sang occulte dans les selles, le bilan des décès fondrait de 17 %, selon la Coalition.

Par ailleurs, si 70 % des Québécoises âgées de 50 à 69 ans subissaient une mammographie tous les deux ans, un décès sur quatre provoqué par un cancer du sein serait évité. «Il y a des solutions. Mais ça prend une volonté politique. Présentement, elle n'est pas là», souligne Mme Rodrigue. «Les spectacles politiques auxquels nous assistons actuellement au Québec excluent malheureusement la discussion sur des enjeux réels de société comme le cancer», renchérit M. Audet-Lapointe.

Vite, un registre national des cancers


La Coalition priorité cancer s'indigne de la lenteur du processus devant mener à la mise sur pied d'un Registre national des cancers au Québec, qui décrirait notamment l'incidence des différents types de cancer selon le sexe, l'âge et la répartition géographique des patients. «Toutes ces informations-là permettraient entre autres aux décideurs et aux professionnels de mieux répartir les ressources, de fixer des cibles de prévention, d'évaluer quels types de pratiques professionnelles sont les plus efficaces [et de] faire la promotion du dépistage auprès des groupes ciblés.» Un registre national des cancers est un «outil de base» dans la lutte contre le cancer; «[ce] n'est pas l'invention des boutons à quatre trous», lance Pierre Audet-Lapointe.

Des fonctionnaires sont déjà à pied d'oeuvre, a indiqué hier Karine Rivard, l'attachée de presse du ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc. «On souhaite être en mesure de présenter quelque chose d'ici la fin de 2010 ou au début de 2011», a-t-elle dit. Le registre, fruit du MSSS, fera l'inventaire de tous les cancers, a-t-elle assuré. La Coalition craint que le registre ne fasse le décompte que de certains cancers et ne voit pas le jour avant 2012.

Enfin, la Coalition priorité cancer s'explique mal les réticences du MSSS à créer une agence de lutte contre le cancer, qu'elle réclame à cor et à cri depuis près de 10 ans, laquelle agence permettrait de regrouper les ressources actuellement dispersées et d'améliorer la coordination de la lutte contre la première cause de décès autant au Québec qu'au Canada. Quelque 20 500 Québécois seront emportés par le cancer cette année. Il s'agit ni plus ni moins de la capacité maximale du Centre Bell, conclut le Dr Pierre Audet-Lapointe.