Maladies chroniques - Offensive pour l'adhésion aux traitements

Trop de malades chroniques négligent ou boudent leur traitement. Mal documenté et surtout sous-estimé, le phénomène constitue pourtant un réel problème de santé publique, estiment des spécialistes du milieu de la santé qui ont lancé hier une première offensive avec la mise sur pied du Mouvement pour l'adhésion aux traitements.

L'initiative est venue de la Faculté de pharmacie de l'Université Laval, qui assurera le suivi et la gestion de ce mouvement volontaire destiné à favoriser une meilleure adhésion au traitement chez les malades chroniques. Comment? En mettant en place des outils favorisant l'acceptation du traitement, mais aussi son observance et sa persistance dans le temps, explique le doyen de la Faculté, Jean-Pierre Grégoire.

Le défi s'annonce ardu. «L'adhésion est loin d'être généralisée chez les malades chroniques comme les diabétiques ou les hypertendus, explique M. Grégoire. On sait par exemple que 50 % de ceux qui entreprennent un traitement contre l'hypertension artérielle vont finir par l'abandonner dans la première année. Pour ceux qui souffrent de schizophrénie, ce seuil est de 30 %.»

Or ces traitements commandent une adhésion sans failles pour être efficaces, explique le doyen. «La non-adhésion a des conséquences sur la santé des patients, mais aussi sur les coûts de santé.» En 2000, une étude avait permis de chiffrer l'impact économique de l'utilisation non appropriée de médicaments entre 1,8 et 2,2 milliards par année au Québec.

Le Mouvement espère renverser la tendance. Et, qui sait, peut-être même arriver à convaincre Québec de se joindre à lui en mettant en oeuvre une véritable stratégie québécoise. «On prend le leadership, mais si le ministère de la Santé se disait prêt à prendre la relève, on serait ravis de partager le terrain», a confié M. Grégoire, qui dit par ailleurs avoir eu une oreille attentive de la part du Conseil du médicament.

Quant au milieu médical, il est déjà sensibilisé, croit le doyen de la Faculté. «J'ai le sentiment que les gens sont déjà mobilisés. Il leur fallait seulement une initiative pour travailler dans ce sens ensemble. La Faculté se propose comme mandataire du Mouvement, mais on espère beaucoup que les ordres et les fédérations vont adhérer au Mouvement et le consolider.»