Les enfants anxieux sont en alerte même la nuit

Durant leur sommeil, les enfants anxieux ont une fréquence cardiaque plus élevée et prennent beaucoup plus de temps à s’endormir que les enfants sans troubles d’anxiété.
Photo: Agence Reuters Durant leur sommeil, les enfants anxieux ont une fréquence cardiaque plus élevée et prennent beaucoup plus de temps à s’endormir que les enfants sans troubles d’anxiété.

L'anxiété non seulement mine la vie des enfants, elle ronge aussi leur sommeil. Pendant qu'ils dorment, les enfants souffrant de troubles anxieux présentent une fréquence cardiaque plus élevée et prennent plus de temps à atteindre le sommeil paradoxal, qui s'en trouve du coup réduit. Autant de signes que ces enfants demeurent toujours en alerte, même la nuit.

Dans le cadre de sa recherche, Tommy Chevrette, kinésiologue au Centre de recherche Fernand-Seguin du site Rivière-des-Prairies, a invité 38 jeunes âgés de 10 à 17 ans — dont 19 présentaient un trouble anxieux et 19 servaient de témoins — à venir passer deux nuits au laboratoire du sommeil. Pendant ces deux nuits, des électrodes posées sur la tête, la poitrine et les jambes des sujets ont permis d'enregistrer un électroencéphalogramme (EEG), un électrocardiogramme (ECG), les mouvements des jambes et les mouvements respiratoires pendant le sommeil.

Près de 95 % des jeunes souffrant de troubles anxieux avaient de grandes difficultés à dormir seuls ou hors du foyer familial, «probablement en raison d'une anxiété de séparation ou de phobie sociale», tandis qu'aucun sujet du groupe témoin n'a affirmé appréhender le fait d'aller dormir chez un ami, a spécifié M. Chevrette. Également, les anxieux (environ 50 % d'entre eux) étaient plus nombreux à faire des mauvais rêves ou des cauchemars que les sujets témoins (de 19 à 20 % d'entre eux).

Les anxieux ont aussi pris beaucoup plus de temps à s'endormir que les témoins. Ils ont mis plus de temps à atteindre un sommeil persistant, c'est-à-dire qui se maintient dans un stade particulier pour au moins dix minutes, au lieu d'osciller sans cesse entre les différents stades de sommeil. Une fois qu'ils entraient dans un sommeil persistant, ce dernier était toutefois aussi efficace que chez les témoins.

La durée totale du sommeil était nettement moindre chez les anxieux. Ces derniers dormaient en moyenne 468 minutes contre 515 minutes pour les témoins. Les anxieux se réveillaient moins souvent que les témoins, mais chaque fois qu'ils se réveillaient, ils mettaient beaucoup plus de temps à se rendormir.

Le chercheur a enregistré chez les anxieux un cycle de sommeil paradoxal (pendant lequel surviennent les rêves) de moins que chez les témoins, qui en traversent en moyenne cinq par nuit. «Le sommeil paradoxal est particulièrement important pour consolider les apprentissages que l'on fait durant la journée», a indiqué le scientifique.

Signes d'hypervigilance


Contrairement aux témoins, les jeunes anxieux présentaient plusieurs signes d'hypervigilance durant leur sommeil, dont une fréquence cardiaque plus élevée, a souligné le chercheur, tout en expliquant que l'hypervigilance est «cette capacité que nous avons tous d'accroître la sensibilité de nos capteurs sensoriels dans le but de nous prémunir d'un danger. Craintifs, les anxieux augmentent en permanence leur niveau de vigilance. Or l'état d'hypervigilance est normal dans les situations dangereuses qui peuvent survenir durant le jour, mais la nuit, l'organisme est censé retourner à l'état de repos».

Tommy Chevrette expérimente en ce moment une thérapie, l'autorégulation par les activités d'aventure, dans le but de diminuer ces signes d'hypervigilance qui sont presque omniprésents chez les anxieux. On invite les jeunes à expérimenter une activité physique où ils vivront un stress. On les amène alors à sentir ces signes et à les contrôler. On les pousse ensuite graduellement à faire des prouesses qui augmenteront leur estime de soi. «On change ainsi leurs perceptions. Ils apprennent à associer les signes physiologiques d'hypervigilance à du plaisir plutôt qu'à une détresse», a expliqué Tommy Chevrette, qui a pour le moment observé que cette thérapie d'une durée de 12 semaines permet de diminuer la fréquence cardiaque pendant le sommeil.
6 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 19 mai 2010 06 h 59

    Une autre étude qui a des relents de: Je marche sur des oeufs, de dois faire attention aux conclusions.

    Il manque beaucoup de paramètres dans cette étude. En tous les cas dans ce qu'on en dit dans ce texte. J'espère au moins qu'on ne pense pas que c'est dans les gènes de ces enfants. Si c'était le cas, je serais tenté de considéré cette étude comme étant très réductrice, par rapport à la réalité des faits. Bien entendu, ce n'est qu'un résumé de cette étude. à ce titre, je ne peux avancer quoi que ce soit de particulier.

  • Anne-Marie Boucher - Inscrite 19 mai 2010 08 h 38

    Les études scientifiques et leurs limites...

    Cette étude traite du sommeil et de l'anxiété.. et le titre laisse suggérer que nuit après nuit, les enfants anxieux souffrent d'un sommeil agité.
    Pour ma part, je crois qu'il n'est pas surprenant que les enfants anxieux passant deux nuits dans un laboratoire de sommeil, avec «des électrodes posées sur la tête, la poitrine et les jambes» se sentent plus anxieux que d'habitude....
    Cette étude a-t-elle effectuée des relevés en milieu naturel, c'est-à-dire dans les lits des sujets de l'expérimentation? Les résultats des électroencéphalogrammes auraient pu être tout autres que dans cette étude où les enfants, soumis à une expérimentation nocturne hors du foyer, subissaient un stress. Les résultats de cette étude auraient plutôt dû être interprétés comme suit: les enfant anxieux qui dorment en laboratoire avec des électrodes sur la tête ont de la difficulté à bien dormir.. à bien y penser, moi aussi je dois souffrir d'anxiété...

  • louise elie - Inscrit 19 mai 2010 10 h 21

    Pansement sur une jambe de bois

    En adéquation avec la répression ou le fonctionnement du système médical qui interviennent et prennent le contrôle d'une situation problématique, cette étude ne va pas aider à corriger quoi que ce soit à l'origine, sinon un symptôme qui dérange le bon ordre social et la tranquilité d'esprit des adultes ... faut-il donc aussi une étude pour démontrer que les enfants sont tous trop sollicités sensoriellement et intellectuellement par tous les signaux et toutes les pressions de la société dans laquelle leur être jeune et vif tente désespérément de vivre l'enfance ?

  • Renaud Blais - Inscrit 19 mai 2010 10 h 27

    Anxiété et estime de soi

    Si notre environnement social (école, rue, CLSC etc.) faisait en sorte d'éduquer les parents (métier qui ne surgit pas spontanément) à l'extraordinaire importance (leur principal rôle) de favoriser chez leur enfant la construction de leur estime de soi, il y aurait énormément moins d'enfants anxieux et ceci ne serait, comme il se doit, considérer comme un élément secondaire.
    Renaud Blais B. Éd.
    Père de trois enfants de 20 à 4 ans
    Québec

  • Jacques Morissette - Inscrit 19 mai 2010 12 h 33

    Poussons la réflexion un peu plus loin.

    J'ai vu un documentaire intéressant de National Géographique sur l'angoisse chez les jeunes singes. Les chercheurs ont remarqué qu'un jeune singe enlevé de sa mère trop jeune s'isole en vieillissant et souffre d'angoisse chronique. Il a peur de tout. Je ne veux pas faire de comparaison mais nous sommes des animaux avec certains besoins psycho-affectifs. ne pensez-vous pas que les chercheurs pourraient pousser la recherche aussi sur ce genre de terrain? À moins que je me trompe, nous n,avons pas encore réussi de faire de nous, les humains, des robots sans ce genre de besoin implicite.