Les doutes persistent sur les risques du cellulaire

La chercheuse principale de l’étude Interphone, la Dre Elisabeth Cardis, plaide pour la poursuite des recherches sur l’impact des téléphones portables  un domaine peu exploité par les scientifiques malgré le fait que l’utilisation du portable ne cesse de se répandre un peu partout sur la planète.
Photo: Agence France-Presse (photo) Robyn Beck La chercheuse principale de l’étude Interphone, la Dre Elisabeth Cardis, plaide pour la poursuite des recherches sur l’impact des téléphones portables un domaine peu exploité par les scientifiques malgré le fait que l’utilisation du portable ne cesse de se répandre un peu partout sur la planète.

Le téléphone portable n'augmenterait pas le risque de développer un cancer du cerveau, montre la plus vaste étude internationale consacrée à cet enjeu de santé publique. Mais l'absence de risque accru ne signifie pas pour autant pas de risque du tout. Bien au contraire, ont aussitôt prévenu ses auteurs, qui mettent en garde contre des conclusions trop hâtives dans leur article à paraître aujourd'hui dans l'International Journal of Epidemiology.

Conduite dans 13 pays et coordonnée par le Centre international de recherche sur le cancer, l'étude Interphone est la première à s'intéresser à une cohorte aussi vaste (un peu moins de 13 000 personnes) sur une aussi longue période de temps (10 ans). D'ambitieuses prémisses qui, au final, soulèvent beaucoup plus de questions que de réponses.

De l'aveu même des scientifiques concernés, les résultats obtenus sont «ambigus», voire «déconcertants». «L'étude ne met pas en évidence un risque accru, mais on ne peut conclure qu'il n'y a pas de risque, car il y a suffisamment de résultats qui indiquent aussi un risque possible», a résumé la chercheuse principale de cette étude, la Dre Elisabeth Cardis.

Pour mieux comprendre ses doutes, il faut décortiquer les résultats un à un. «Pour 90 % des utilisateurs, nous n'avons détecté aucun risque accru de cancer», explique le Dr Jack Siemiatycki, épidémiologiste au Centre de recherche du CHUM qui a dirigé la portion québécoise de cette étude avec Marie-Élise Parent, de l'INRS. «Or, de façon surprenante, nous avons aussi découvert que ce risque était moindre chez ces utilisateurs que dans le groupe témoin.»

Il en va tout autrement pour les 10 % restants qui regroupent les plus gros utilisateurs, soit ceux ayant accumulé plus de 10 000 minutes, pour une moyenne de 30 minutes par jour pendant dix ans. Pour ceux-là, les chiffres révèlent plutôt un risque de gliome accru de 40 % et un risque de méningiome de 15 % supérieur.

Cependant, «des biais et des erreurs limitent la force des conclusions» et «empêchent d'établir une interprétation causale» pour ces données, écrit la Dre Cardis. Cette dernière plaide donc pour la poursuite des recherches dans ce domaine peu exploité par les scientifiques alors que, paradoxalement, l'utilisation du portable ne cesse de se répandre un peu partout sur la planète.

D'autres études devront notamment être conduites pour déterminer l'effet des radiofréquences à plus long terme, croit le Dr Siemiatycki. «Interphone a permis d'écarter le risque, mais à brève échéance seulement, soit pour moins de dix ans. Or, le laps de temps entre l'exposition et les manifestations cliniques du cancer est de l'ordre de 15 ou 20 ans pour plusieurs cancérigènes. Donc, on ne peut pas écarter l'hypothèse d'un risque à long terme.»

Des comités d'éthique encombrants

Pour cela toutefois, il faudra une importante impulsion politique et, surtout, un assouplissement des règles des comités d'éthique, croit l'épidémiologiste, qui dirige la chaire Environnement et cancer de l'UdeM. «Un des problèmes méthodologiques majeurs auquel nous avons été confrontés nous vient des comités d'éthique qui approuvent les projets. Ils ont eu tendance à restreindre, voire à contraindre notre accès aux sujets et aux informations les concernant.»

La tendance n'est pas unique. Elle serait même en constante progression au Canada et ailleurs dans le monde. «C'est un problème qui risque carrément de paralyser la recherche épidémiologique», estime le Dr Siemiatycki, qui note «une dissonance grandissante entre les préoccupations de la population et ce qui se passe dans le milieu de la recherche biomédicale».

Les recherches épidémiologiques sont pourtant essentielles, a-t-il fait valoir. Ce sont elles par exemple qui ont démontré l'effet du tabagisme sur le cancer du poumon, l'effet du VPH sur le cancer du col de l'utérus ou encore celui des rayons solaires sur les mélanomes.