Santé - Avant le privé, le ménage, croit le conseiller de Bolduc

Avant de songer à l'introduction du privé en santé, il y aurait plutôt lieu de faire un grand ménage dans le réseau, ont fait valoir plusieurs médecins influents qui se sont réunis hier à l'occasion du colloque du Collège des médecins du Québec. Parmi eux, Michel Bureau, chef de direction des services de santé et de la médecine universitaire, qui a reconnu qu'il y a place à une meilleure organisation du système, voire à des coupes pour économiser davantage.

«On a dépensé 1,2 milliard dans les services diagnostiques. Je sais pertinemment que 15 % de cela est fait inutilement. Ce n'est peut-être pas [entièrement] récupérable, mais il y a certainement un 5 % qui l'est», a dit le Dr Bureau en invitant les médecins à trouver une solution. S'adressant directement à eux, ce conseiller du ministre Yves Bolduc avait quelques récriminations à faire, notamment sur l'incapacité de la profession de bâtir une saine hiérarchisation des services.

Montréal, Vancouver, Québec... Chacune de ces villes a en moyenne six centres de transplantation de la moelle. «On a besoin d'un seul centre, et d'un bon», a-t-il dit. Idem pour les centres capables d'opérer une tumeur cérébrale primaire, qui sont au moins dix à Montréal. Mais il n'y a que 100 cas par année. «Dix centres, ça fait dix tumeurs chacun. On n'a pas besoin de ça. On n'a pas été capable de concentrer les interventions de haute technologie à haut volume dans des centres. Il faut avoir le courage d'aborder ça, mais quand on essaie d'y toucher, c'est la guerre», a déploré ce grand défenseur de la gouverne médicale. «C'est la même chose quand on veut organiser la hiérarchie des laboratoires [niveaux 1-2-3]. C'est très territorial et corporatiste. On a le devoir d'aborder cette question.»

Ce que patient veut...

Ce colloque, qui invitait les conférenciers à se poser la question «Les choix des médecins correspondent-ils aux besoins des patients?», a été l'occasion pour plusieurs, dont le ministre Bolduc, de relancer le débat sur l'introduction du privé en santé. Certains ont fait la part belle aux cliniques 100 %, d'autres ont plutôt fait l'apologie du public, mais la grande majorité semblait s'entendre pour dire que de rompre le principe d'étanchéité et de faire en sorte que des médecins puissent pratiquer dans les deux réseaux, public et privé, n'est pas une bonne idée. Le ministre Bolduc a assuré qu'il n'y adhérait pas non plus. «L'étanchéité doit demeurer. On sait que là où il n'y en a pas, le réseau public perd des médecins en plus grand nombre», a soutenu le ministre en se donnant le droit d'intervenir si le taux de médecins désengagés passait de 1,5 % — comme c'est le cas actuellement — à 3 %.

Il a aussi annoncé sa volonté de régir les Plans régionaux d'effectifs médicaux sur de trois à cinq ans pour permettre une planification à long terme des effectifs et mieux répartir les médecins là où on a besoin d'eux. À ce sujet, le président de la Fédération des médecins résidents a bien averti le ministère que d'ouvrir des postes de résidents en médecine familiale et en spécialité dans un ratio 50-50 n'allait pas être toléré. C'est lorsqu'il y a moins de coercition que les médecins sont tentés de rester, croit le Dr Yann Dazé.
1 commentaire
  • Eric Folot - Inscrit 29 juillet 2010 10 h 50

    Selon l'économiste Robert G. Evans, le système public de soins de santé est viable financièrement

    L'économiste Robert G. Evans affirme : « Les dépenses publiques en soins de santé ne montent pas en flèche. En fait, elles sont inférieures à la moyenne des pays de l’OCDE ». Le Dr Evans fait remarquer que nos dépenses liées à l’assurance-maladie occupent aujourd’hui la même part des revenus provinciaux qu’il y a 20 ans. « Les dépenses publiques en soins de santé ne sont pas la cause du problème, mais plutôt les dépenses en soins de santé privés, combinées à une chute des revenus provinciaux découlant des importantes réductions d’impôts accordées au fil des ans. » Le Dr Evans réfute également le mythe selon lequel le vieillissement de la population rendra les soins de santé inabordables. « À 0,8 % par année, le vieillissement de la population est un facteur très minime de la hausse des coûts des soins de santé, et il est moindre que d’autres facteurs tels que l’accroissement de la population (1 %) », déclare le Dr Evans. « Semer la panique à propos d’une demande accrue de soins par les personnes âgées, que certains appellent un « tsunami gris », ne fait que détourner l’attention du vrai problème. » « Les opposants de l’assurance-maladie prétendent que le système public de soins de santé n’est pas « viable financièrement » et que la seule solution viable serait un virage vers une plus grande protection provenant de l’assurance privée », poursuit le Dr Evans. « C’est carrément un mensonge ».

    Source: http://medicare.ca/media-release-communique-de-pre

    Eric Folot