Médecins et infirmières veulent briser les structures

Les médecins et les infirmières ont vertement critiqué la rigidité du ministère de la Santé dans l’organisation des soins et des services.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les médecins et les infirmières ont vertement critiqué la rigidité du ministère de la Santé dans l’organisation des soins et des services.

Les déchirements corporatistes se sont apaisés entre les médecins et les infirmières, mais la bataille de la collaboration interprofessionnelle n'est pas gagnée pour autant. Réunis à la même tribune hier à l'invitation de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), ces deux piliers du réseau ont vertement critiqué la rigidité du ministère de la Santé dans l'organisation des soins et des services, dont ils estiment avoir été écartés à tort.

En ces temps de pénurie, jamais la collaboration interprofessionnelle n'aura été aussi «nécessaire» et «souhaitée», a fait valoir le président-directeur général du Collège des médecins du Québec (CMQ), le Dr Yves Lamontagne. Sur le plan clinique, le partage des responsabilités est même «en voie de devenir la norme», a renchéri la présidente de l'OIIQ, Gyslaine Desrosiers. «Mais ce n'est certainement pas le cas au plan organisationnel, où ça reste l'exception.»

La structure administrative est très lourde, a confirmé hier le Dr Lamontagne. «On n'arrête pas de négocier, mais on n'avance pas.» Et quand des décisions sont finalement prises, elles sont souvent déconnectées des besoins réels des patients, déplore Mme Desrosiers. «Les agences sont mandatées pour revoir l'organisation des services, mais ni les infirmières ni les médecins n'ont de voix au chapitre. Mettons qu'on n'entend pas souvent les mots "soins" ou "patients" dans toutes ces réorganisations-là.»

L'OIIQ comme le Collège souhaiteraient tempérer le mouvement en introduisant une formule de cogestion avec les administrateurs. L'idée sourit au président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), qui en a fait un élément central de son dépôt syndical. «La cogestion, moi, je rendrais la chose formelle, obligatoire, partout, a lancé hier le Dr Gaétan Barrette. Même chose pour les équipes multidisciplinaires, qui sont attendues et souhaitées par les médecins comme par les infirmières.»

«Le problème, c'est qu'on ne les a pas, ces équipes-là, parce que les postes ne sont pas affichés», a déploré le Dr Barrette. «On a tous été un peu dupés par l'État, a renchéri Mme Desrosiers. C'est lui qui nous a demandé de nous entendre au sujet de la loi 90. On l'a fait, mais les budgets ne sont jamais venus.»

Les gains pourraient pourtant être importants. À l'Hôpital général juif (HGJ), la collaboration entre médecins et infirmières a été systématisée. Résultat? La mortalité et les complications ont diminué. Les patients se remettent aussi plus vite et sont plus satisfaits des soins reçus, raconte Lynne McVey, directrice des soins infirmiers à l'HGJ.

Mais l'HGJ reste l'exception au Québec. Ailleurs, il faut se battre pour le moindre projet de collaboration, déplore la présidente de la Commission infirmière régionale de Montréal, Hélène Racine. «Chaque projet doit être approuvé par les agences, qui sont très réticentes. Mettons qu'il faut pousser fort et longtemps.» C'est encore plus vrai au ministère, où «il n'y a même pas de direction des soins infirmiers».

En attendant un geste politique, le Collège invite ses membres à suivre l'exemple de ceux qui ont réussi à introduire la cogestion, en contournant les règles s'il le faut. «Battons-nous contre le dinosaure bureaucrate et sortons la politique des soins.» Une idée reprise par la présidente de l'OIIQ. «Réunissez-vous entre vous et brisez les structures», a lancé Mme Desrosiers en marge de ce colloque dédié à la collaboration entre infirmières et médecins.
 
8 commentaires
  • Hubert Grégoire - Abonné 6 mai 2010 07 h 50

    Et les autres?

    C'est bien beau la collaboration entre médecins et infirmières, mais qu'en est-il des autres professionnels de la santé? Quelle est la place des physios, ergos, inhalos, nutritionistes, auxiliaires et autres dans cette "collaboration interprofessionnelle" ? Les médecins et infirmières semblent les ignorer totalement, ils ne sont mentionnés dans aucune de leurs sorties publiques. Nous avons besoin d'une vraie collaboration interprofessionnelle, pas d'une oligarchie médecins-infirmières-bureaucrates.

  • Jean-G. Lengellé - Inscrit 6 mai 2010 08 h 42

    Les larmes de crocodile!

    On croit rêver!
    Sont-ce bien les mêmes personnes qui hurlent contre la contribution additionnelle devenue inévitable à cause des exigences corporatives des syndicats? Sont-ce bien les mêmes personnes qui obligent un infime pourcentage d'infirmières à effectuer la forte majorité des heures supplémentaires?
    Pourrait-on faire l'adéquation entre les augmentations salariales réclamées, et consenties ne l'oublions pas, et le déficit du zoo de la Santé au Québec?
    Et sans rire, sauf évidemment une fois les caméras éteintes, voilà que ces joyeux plaisantins réclament à grands cris la cogestion! Comme si le bourbier n'était pas assez profond!
    Vu que c'est calqué sur la démarche des juges qui font soumettre leurs demandes à nul autre qu'un collègue juge..., on peut penser que les malades ne sont pas ceux que l'on pense.
    Ça donne envie d'aller revoir "Jésus de Montréal"!

  • Stéphane Doré - Inscrit 6 mai 2010 09 h 52

    À quand l'abandon de la rémunération à l'acte?

    Le modèle de rémunération à l'acte est une aberration qui nous coûte une fortune à financer. Tout l'appareillage administratif pour le supporter dans sa complexité et son ampleur en plus du temps requis aux praticiens. C'est complètement abruti.

    Faisons donc comme plusieurs pays industrialisés et payons nos professionnels de la santé à l'heure. Point à la ligne. Ceux qui viendrons dire que ce système nous amène une plus grande productivité de la part des professionnels font une généralisation hasardeuse et non fondée.

    Nombres de professions rémunérés à l'heure sont comblées par des individus productifs, qui ne perdent pas leur temps et optimisent leur travail pour être plus productif. Ils n'ont pas besoin d'être payé à l'acte pour ça.

    Chaque fois que j'entends parler de la lourdeur administrative du régime de santé, cet aspect me revient en tête.

    Je suis certain qu'on économiserait des milliards en changeant ça.

  • Carole Dionne - Inscrite 6 mai 2010 11 h 35

    JE COMMENCE À AVOIR DE LA MISÈRE AVEC LES DEMANDES DES INFIRMIÈRES

    Au début des négociations, les infirmières se plaignaient des doubles horaires, pas de fin de semaines, etc. En somme, l'organisation du travail. Donc dans ma tête, ce n'est pas nécessairement le pourcentage d'augmentation mais la fait d'avoir une vie plus saine.


    Mais il y a quelques jours, j'entends la présidente de leur organisation dire que "une fin de semaine sur deux, ça se paie" ? Je ne vois pas comment si les infirmières sont mieux payé cela va augmenté leur qualité de vie. Donc, eux aussi comme syndicat, il joue à double langage.


    Ils veulent une très grosse augmentation de salaire et après...


    Même si elles sont ,mieux payées, je ne voit pas en quoi elle seront plus heureuse ou ont-elles un agenda cachée?

  • Francis Bernard - Abonné 6 mai 2010 13 h 13

    Que de jugements à priori...

    À ce que je sache, cet article ne fait pas référence aux demandes salariales des médecins ou des infirmières, mais à un système de santé étouffé par une bureaucratie trop lourde et déconnecté des besoins réels des patients. Il ne faut pas mettre tous les débats dans le même panier.

    C'est un fait que le système de santé a une structure lourde à financer et inefficace. C'est un fait que les administrateurs devraient consulter les médecins ainsi que les infirmières pour pouvoir être en mesure de prendre les bonnes décisions quant aux améliorations à apporter dans les hôpitaux, c'est eux qui agissent sur le terrain, pas les bureaucrates qui sont, bien évidemment, étranger à cette réalité ! Il est donc plus que normal de revendiquer une véritable cogestion des soins.

    Je ne vois pas comment on peut contester ce fait et remettre encore le problème sur le dos des médecins et des infirmières qui cherchent activement tous les jours à développer des solutions favorables au maintient des soins de la santé.

    Il faut faire le ménage et alléger la bureaucratie dans les hôpitaux au Québec, voilà de quoi il est question ici, et personnellement, je fais davantage confiance aux travailleurs de la santé pour apporter de réelles solutions pertinentes qu'à un administrateur plus apte à jongler avec les chiffres qu'avec le facteur humain. Car c'est bien des vies humaines qui sont ici en jeu et elles doivent impérativement être traitées adéquatement par ceux qui ont la véritable expertise pour le faire.