Les médecins s'unissent pour dénoncer le ticket modérateur

Yves Bolduc
Photo: Yves Bolduc

Une très large coalition de médecins dénonce la franchise santé — le fameux ticket modérateur applicable à chaque visite médicale — désapprouvant toute mesure de financement du système de santé liée à la fréquence d'utilisation des services. Le ministre Yves Bolduc insiste sur le fait que les modalités d'application sont encore à débattre.

C'est non seulement une mesure inacceptable, disent-ils, mais c'est une mesure inutile et contre-productive. Inacceptable, parce que «plus t'es malade, plus tu payes», dit le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) Louis Godin. Inutile, parce que «le ticket modérateur, loin de diminuer les coûts, les augmente», ajoute le doyen de la Faculté de médecine de l'Université Laval, Pierre J. Durand, parlant également au nom de son vis-à-vis de l'Université de Sherbrooke lors d'une conférence de presse à Montréal.

Ils se rangent derrière les Médecins québécois pour le régime public, aux côtés du Collège québécois des médecins de famille, de la Fédération des médecins résidents du Québec, de l'Association des médecins de CLSC du Québec et de la Fédération étudiante médicale du Québec, tous unis hier pour présenter leur position aux médias.

En décourageant une consultation rapide, la prévention et le suivi, la franchise a le potentiel d'entraîner une détérioration de la santé des Québécois, croient-ils. Le Dr Guillaume Charbonneau, du Collège québécois des médecins de famille, avance que «ça va augmenter le nombre de décès, le nombre d'hospitalisations et leur coût».

Le budget Bachand proposait deux nouvelles mesures de financement pour le système de santé, soit une franchise santé établie en fonction de l'utilisation des services, surnommée «ticket modérateur», et une contribution santé de 200 $ par famille.

«Il y a une chose qui ne coûte pas cher, c'est de laisser mourir les gens!» argue le Dr Durand. Citant différentes études, le doyen explique qu'«on arrive à contrôler les coûts quand les services de première ligne sont très forts et très accessibles, pas quand on fait payer les patients.»

«On trouve paradoxal que la priorité du gouvernement du Québec soit [de donner aux Québécois l'accès à] un médecin de famille alors que parallèlement, on nous propose une taxe à la maladie qui va être un frein à l'accès», dit le Dr Louis Godin.

Les médecins ont tenu à déboulonner le mythe voulant que les Québécois consultent à tort et à travers. «Qui a vraiment envie d'abuser douze heures dans une salle d'attente?» demande la présidente de Médecins québécois pour le régime public, la Dre Marie-Claude Goulet.

Le Collège des médecins, même s'il ne s'est pas joint à la coalition, n'approuve pas l'imposition d'une franchise santé. Elle est inutile pour son président, le Dr Yves Lamontagne, puisque «l'argent [récolté] va tout juste payer les fonctionnaires chargés d'organiser cette affaire-là».

Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, a joint sa voix à celle des médecins en déposant un projet de loi «pour encadrer l'universalité et l'accessibilité aux services de santé, parce qu'on ne peut pas continuer à accepter que le gouvernement taxe la maladie», a-t-il expliqué en conférence de presse à Québec.

Une mesure illégale

La Fédération des médecins spécialistes du Québec a refusé de se joindre à la coalition, arguant que de toute façon, «le ticket modérateur est une mesure illégale [selon la loi canadienne]. À quoi ça sert de commenter?» estime le Dr Gaétan Barrette. Il dit cependant comprendre «l'effort de prévention» mené par ses collègues. «Les études montrent qu'un ticket modérateur appliqué brutalement a un effet négatif sur la santé de la population, dit le Dr Barette [mais], ça ne veut pas dire qu'un ticket modérateur ne pourrait pas être appliqué avec des paramètres qui n'auraient pas cet effet-là», a-t-il ajouté, refusant de se prononcer pour ou contre au-delà du caractère illégal de l'entreprise.

«C'est une limite à l'accès, loi canadienne ou non, il faut le dire», juge le Dr Louis Godin. Le député de Québec solidaire, Amir Kadhir, abonde dans le même sens.

D'autres avenues de financement possibles

Pour les médecins, d'autres options s'offrent au gouvernement pour combler le manque à gagner de 500 millions de dollars en santé. Le Dr Louis Godin estime qu'un meilleur investissement dans la médecine de famille et la première ligne engendrerait «des gains importants qui pourraient nous aider à régler notre problème de financement».

Tant les Drs Barette et Lamontagne que le député Amir Khadir ont rappelé que Québec pourrait aller chercher plusieurs millions en emboîtant le pas à l'Ontario, qui a diminué de moitié le prix de vente des médicaments génériques.

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, se dit à l'écoute des critiques des médecins. «On ne veut pas limiter l'accessibilité», a-t-il assuré en entrevue avec Le Devoir, disant qu'il restait à déterminer les modalités de la franchise santé, dont les modulations «en fonction de la consommation de soins de santé et du revenu». Il réitère que la formation d'un comité sera annoncée sous peu et qu'un rapport sera déposé dès l'automne.
14 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 29 avril 2010 05 h 54

    Le ticket modérateur, plus une brèche dans le système qu'une véritable solution.

    Je pense que les médecins ont compris l'astuce. Le ticket modérateur est plus une brèche dans le système à cout terme qu'une véritable solution à long terme. Ça fait longtemps que beaucoup de politiciens veulent mettre le ticket modérateur sur la carte dans le système de santé. Il y a certainement d'autres solutions moins agressives pour que le système de santé coûte moins cher à l'État.

    Voir quelqu'un de malade sans le sou, j'imagine mal un médecin capable de lui dire vraiment non. Pour les politiciens, il faut vraiment être loin de la misère pour penser que c'est la solution. Le temps que les malades attendent dans les urgences des hôpitaux pour qu'on les soigne est peut-être en soi un ticket modérateur? Le temps d'attente actuel dans le système de santé est un gros problème. Il y a cependant des endroits où l'attente est moins longue.

    Il y a sûrement des gens qui connaissent des histoires de malades qui sont retournés chez eux sans s'être fait soigner, fatigués d'attendre ce tour qui ne vient pas. Je sais qu'il y a un triage qui se fait dans les urgences. Est-ce que c'est au triage, au tout début, qu'on passe la carte soleil? Quand une personne est vraiment malade, elle prend son mal en patience. Pour le moment, n'y aurait-il pas moyen de passer la carte soleil ailleurs qu'au triage, plus près du médecin?

    On devrait aussi éduquer les gens à ne pas venir se faire soigner pour rien, si ça existe vraiment, à tous les niveaux d'interventions. D'autres qui pourraient se faire conseiller comment se soigner eux-mêmes dans certains cas, sans venir aux urgences. Bref, en se dotant d'un ami que j'appellerais réflexion, j'imagine qu'il y a probablement toute une panoplie de solutions non agressives, que les gens au front dans le système de santé pourraient trouver.

    Il reste que les travailleurs du système de la santé débordent. Encore d'autres problèmes à résoudre, question d'efficacité sur le terrain. Bref, les malades qui vont se faire soigner dans le système de santé, si l'on tient compte du débordement dans le système de santé, sont comme un débordement dans le débordement. Telle une roue sans contrôle et qui tourne sans fin.

    On dirait que le temps rétrécit pour tout le monde à l'époque où nous vivons. C'est débordement par dessus débordement. Il est facile de constater que les politiciens sont eux aussi débordés par l'époque où nous vivons. à moins de mauvaise foi, les solutions qu'on trouve sont souvent des solutions en mode de panique. Y a-t-il quelqu'un quelque part pour crier "Stop"? Nous sommes devenus ou en train de devenir les esclaves du temps.

  • Philippe Bielande - Inscrit 29 avril 2010 05 h 55

    le ticket modérateur

    Il ne faut pas cacher la vérité au public, le TM est un moyen de contrôle de l'état contre les abus et en ça les professions libérales, toutes tendances confondues rechignent à ce que l'état vienne mettre son nez dans leurs affaires et tant pis pour les patients qui sont victimes d'abus médicaux comme par exemple une radio du thorax pour uen dent carriée

  • Claudia Gagnon - Inscrit 29 avril 2010 07 h 00

    Merci chers médecins!

    Enfin, les médecins prennent la défense de notre système de santé gratuit! Espérons que ça fera reculer le gouvernement par rapport à sa fameuse taxe santé et à ses tickets modérateurs. J'espère que le tout restera totalement gratuit parce que je fais partie des personnes qui sont souvent malades et je trouve vraiment injuste de devoir payer plus que les autres. Est-ce ma faute si je suis malade? Non! Alors je ne vois pas pourquoi je serais pénalisée. Il faut être très riche pour ne pas voir les difficultés qu'aurait à vivre les gens malades s'il fallait qu'on paye des tickets modérateurs. Oui, il faut être riche et manquer de compassion...

  • Pierraud - Inscrit 29 avril 2010 08 h 42

    Ce que ça me coûte...

    C'est tout à fait indécent, une bonne partie de nos impôts payent pour la santé en plus la majeure partie de nous payons une assurance collective au travail ou plusieurs de nous devons payer le premier $100 des factures que nous soumettons annuellement et là les libéraux vont nous exiger de payer encore plus pour permettre la continuité des gros bonis, les gros voyages à l'équipe de Charest et pour emplir le coffre de leur caisse électrorale... si ça ce n'est pas du vraie crime organisé adosser par les parlementaires alors nous sommes tous des perdus et devrions être éliminé de cette terre.

    Oui merci les médecins, j'espère que vous aurrez plus de voix que nous les petits québécois qui ne valent rien dans la tête de ces politiciens du PLQ.

  • Jacques Morissette - Inscrit 29 avril 2010 09 h 48

    @ M. Bielande

    Vos propos sont intéressants, je dois en convenir. Si vous avez raison, il faut croire que les médecins ne sont pas pattes blanches dans leur hola pour dénoncer le ticket modérateur. De ce point de vue, il est vrai que les gens seraient probablement moins enclins de se déranger pour des riens et que ça pourrait déranger le tiroir caisse de certains médecins. Vous venez de mettre un bémol à mon esprit romantique.

    Mais, au-delà ce ça, j'ai du mal à croire qu'on voudrait faire payer ceux gens qui sont vraiment malades et qui se font suivre pour cette raison. Où commence et où se termine le ticket modérateur? Est-ce que ce serait un ticket modérateur ou des tickets modérateurs à chaque fois? Je dis tout de même merci aux médecins de vouloir empêcher les éléphants de briser unilatéralement la porcelaine.

    Idéalement, il faudrait prendre le temps d'éduquer la population, leur faire prendre conscience, sans chercher à les culpabiliser et sans les berner, du rôle et de leur responsabilité dans le système de santé. Il y a beaucoup de problèmes sociaux qui pourraient fort bien passer par l'éducation des gens. Quoi de mieux que les médias comme véhicule pour sensibiliser les gens à ces choses.