Centre de recherche sur le cancer Rosalind & Morris Goodman - Les chercheurs sont maintenant rendus à s'attaquer à des cancers plus agressifs

Les chercheurs développent des médicaments plus ciblés et des traitements plus personnalisés contre le cancer.
Photo: Archives Le Devoir Les chercheurs développent des médicaments plus ciblés et des traitements plus personnalisés contre le cancer.

C'est grâce aux travaux du Dr Phil Gold, qui a découvert avec son équipe en 1965 le marqueur tumoral CEA, que le Centre de recherche sur le cancer de l'Université McGill, récemment nommé Rosalind & Morris Goodman, a acquis sa renommée mondiale. Et, 45 ans plus tard, les recherches se poursuivent avec une masse critique d'environ 300 chercheurs et étudiants.

«Encore aujourd'hui, le CEA est probablement la plus grande découverte qui a été faite ici. C'est le marqueur le plus utilisé dans le monde, notamment dans le cancer du sein et des ovaires», affirme le Dr Michel L. Tremblay, directeur du Centre de recherche sur le cancer Rosalind & Morris Goodman de l'Université McGill.

Depuis une quarantaine d'années, on investit massivement dans la recherche contre le cancer. Est-ce que les efforts ont donné des résultats? Selon le Dr Tremblay, cela ne fait aucun doute. «À cette époque, le taux de survie de quelqu'un atteint de cette maladie était de 10 à 15 %, tous cancers confondus. Il est maintenant de plus de 60 %.»

Les chercheurs sont maintenant rendus à s'attaquer à des cancers plus agressifs, à développer des médicaments plus ciblés et des traitements plus personnalisés.

Le cancer sous toutes ses formes

Beaucoup de travail se fait notamment sur le cancer du sein. L'équipe des Drs Park et Hallett travaille sur l'environnement de la tumeur. «Ils ont découvert que les changements qui apparaissent aux cellules et tissus normaux qu'on retrouve autour de la tumeur sont très importants pour prédire le succès qui arrivera par la suite. Pour traiter le patient de façon efficace, il faudra donc prendre en considération les gènes du patient, la tumeur, mais aussi son environnement unique formé par l'interaction entre cellules normales et cancéreuses», explique le Dr Tremblay.

L'équipe des Drs Nahum Sonenberg, Pelletier, Jones et Gallouzi travaille pour sa part sur l'effet sur le cancer que peuvent avoir certains médicaments utilisés pour traiter les maladies métaboliques. «Par exemple, ils travaillent beaucoup sur le metformin, un médicament prescrit à des gens qui souffrent du diabète. Ils ont établi que cette substance jouerait un rôle pour protéger les gens du cancer et pour améliorer leurs chances d'en guérir», indique le Dr Tremblay.

Plusieurs travaux se font aussi sur le cancer du poumon. Le directeur du centre et le Dr Pause travaillent sur une délétion spécifique du gène HD-PTP qui pourrait être liée au développement du cancer du poumon. Ces travaux de recherche pourraient faire évoluer la façon de traiter le cancer du poumon, selon que la personne abrite cette mutation ou non.

Les Drs Shore et Branton travaillent pour leur part sur un nouveau médicament pour s'attaquer aux cellules cancéreuses au niveau du poumon et du cerveau qui ont développé des résistances aux traitements existants. Cette équipe, qui a formé l'entreprise Gemin X, est présentement en deuxième phase d'essais cliniques pour ces nouvelles thérapies.

Le Dr Tremblay travaille également sur le gène PTP1B, qui pourrait jouer un rôle important dans la propagation du diabète, de l'obésité et du cancer du sein. «Des entreprises travaillent à développer des inhibiteurs à partir de ces découvertes depuis des années, indique-t-il. La société californienne ISIS procède à des essais cliniques de phase 3 pour le diabète et de phase 2 en traitement de l'obésité. En cancer, les essais cliniques en phase 1 ont débuté récemment.»

Recherche fondamentale

Le Centre de recherche sur le cancer Rosalind & Morris Goodman multiplie les efforts pour rentabiliser ses travaux de recherche. «C'est certain qu'on souhaite amener le plus possible nos résultats de recherche à la clinique», affirme le Dr Tremblay.

Or il déplore le fait que, aux yeux de bien des gens, l'importance de la recherche scientifique est vue de plus en plus comme une activité appliquée qui se doit de produire à court terme de nouveaux produits. D'après le Dr Tremblay, la recherche fondamentale non dirigée se doit aussi de demeurer à l'avant-plan des efforts de recherche.

«Lorsqu'on fait de la recherche fondamentale, on ne sait pas toujours ce que ça va donner, mais ces découvertes souvent anodines nous permettent d'ouvrir de nouveaux champs de recherche. C'est par la suite que des applications novatrices peuvent surgir.»

Une forte concentration de chercheurs

Le Dr Tremblay est d'ailleurs fier d'avoir réussi à former un des noyaux les plus importants en recherche fondamentale au Québec depuis qu'il est arrivé à la tête du centre en 2000. L'équipe a pris de l'ampleur et est déménagée en 2008 dans le nouveau pavillon situé à flanc de montagne, à l'angle de l'avenue des Pins et de la rue Peel. Le nouvel espace a une superficie de 3400 mètres carrés, alors que l'ancien en avait seulement 1000.

Les 300 chercheurs et étudiants ont dû apprivoiser une nouvelle façon de travailler, axée davantage sur le partage des équipements de pointe et sur la collaboration, puisque les coûts de la recherche ne cessent d'augmenter. «Nos différentes équipes se complètent pour faire des recherches plus considérables qui ont de bonnes chances d'avoir des impacts importants. Elles partagent ainsi leurs expertises et les coûts de leurs programmes scientifiques», explique le

Dr Tremblay.

Ainsi, le chercheur au Centre de recherche sur le cancer Rosalind & Morris Goodman est loin du rat de laboratoire qui travaille seul dans son coin. «Maintenant, les bons chercheurs doivent être capables d'interagir et de travailler en équipe. D'ailleurs, on s'en va de plus en plus vers des partenariats de recherche avec d'autres centres d'ici, mais aussi d'ailleurs dans le monde. La recherche, comme bien d'autres champs d'activité, tend à se mondialiser», affirme le Dr Tremblay.

Le Centre de recherche sur le cancer Rosalind & Morris Goodman reçoit environ 16 millions par année pour réaliser ses recherches, des fonds qui proviennent d'organismes publics et privés d'ici et, surtout, d'ailleurs au Canada et dans le monde. Il publie environ une centaine d'articles scientifiques par année.

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Collaboratrice du Devoir