Services de santé en région - Le RUIS McGill coordonne la prestation de soins, de la Montérégie jusqu'au Nunavik

Brigitte Saint-Pierre Collaboration spéciale
L’Hôpital pour enfants de Montréal offre des services de télésanté dans le domaine de la cardiologie, dont peuvent bénéficier de jeunes patients du Nord-du-Québec.
Photo: Archives Le Devoir L’Hôpital pour enfants de Montréal offre des services de télésanté dans le domaine de la cardiologie, dont peuvent bénéficier de jeunes patients du Nord-du-Québec.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Réseau universitaire intégré de santé (RUIS) McGill est responsable d'un territoire allant de l'ouest de la Montérégie jusqu'au Nunavik. Il coordonne la prestation de soins sur-spécialisés offerts par les établissements qui en sont membres et contribue à la formation de professionnels de la santé en région.

La population des Terres-Cries-de-la-Baie-James a désormais accès aux services d'un psychiatre associé à l'Institut universitaire en santé mentale Douglas. Il s'agit d'une des initiatives du Réseau universitaire intégré de santé (RUIS) McGill.

«Étant donné que la population est petite, à peu près 10 000 habitants, sur un grand territoire, c'était impossible d'avoir un psychiatre à plein temps dans le milieu», dit le

Dr Samuel Benaroya, coordonnateur du RUIS McGill et également vice-principal adjoint, Affaires médicales, et vice-doyen, Affaires interhospitalières, à la Faculté de médecine de l'établissement. «Ce qu'on a fait, c'est qu'on a créé un poste réseau», mentionne-t-il, expliquant que, depuis deux ou trois ans, un psychiatre, embauché par l'Institut Douglas, travaille à temps partiel dans les territoires cris. Le reste du temps, le psychiatre en question est à l'institut, à Montréal, mais demeure disponible pour des consultations pour la région des Terres-Cries-de-la-Baie-James. «Alors, ça, c'est une façon dont des établissements dans les RUIS peuvent travailler ensemble, en réseautage, pour définir des problèmes et ensuite trouver des solutions», dit le Dr Benaroya.

Améliorer l'accès aux soins

Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec a lancé en 2003 le concept des RUIS. Ces réseaux travaillent à améliorer l'accès aux soins de santé spécialisés et surspécialisés sur leur territoire, de manière concertée et en collaboration avec divers partenaires, dont les agences de la santé et des services sociaux concernées. Ils sont appelés à faire des propositions au ministre et aux agences sur différents sujets, dont l'offre de services dans les domaines d'expertise de leurs établissements, la prévention de ruptures de services, la formation médicale et la coordination des activités de recherche.

Il existe quatre RUIS, un par faculté de médecine (celles de l'Université McGill, de l'Université de Montréal, de l'Université de Sherbrooke et de l'Université Laval). Chacun dessert une partie du Québec. Le territoire du RUIS McGill comprend l'ouest de la Montérégie, le centre et l'ouest de l'île de Montréal, l'Outaouais, l'Abitibi-Témiscamingue, les territoires cris, la baie James et le Nunavik. Il représente quelque 63 % de la superficie du Québec, et environ 1,7 million de personnes s'y trouvent. Outre la Faculté de médecine, les hôpitaux affiliés à l'Université McGill font partie de ce réseau, soit le Centre universitaire de santé McGill, l'Hôpital général juif, l'Institut universitaire en santé mentale Douglas et le Centre hospitalier de St. Mary.

Le RUIS McGill a d'abord créé ou renforcé des liens avec des partenaires sur le terrain dans les différentes régions. «Ce n'est pas à nous à imposer quoi que soit à une région. C'est aux régions de travailler avec nous pour définir les besoins, et ensuite travailler ensemble», affirme le coordonnateur du réseau.

Nord-du-Québec et télésanté

Le RUIS McGill a notamment créé un centre de coordination des services médicaux aux adultes au Nunavik. «Le grand défi là-bas, c'était de coordonner les transferts des patients qui ont besoin de services plus avancés au sud et de le faire d'une façon plus efficace pour éviter des transferts inutiles, indique le

Dr Benaroya. Il fallait aussi développer des soins sur place, soit par le dépannage fait par des médecins spécialistes qui vont là-bas pour des périodes de temps, ou même avec la télésanté.»

À l'instar des autres RUIS, celui de McGill travaille au développement de l'utilisation de la télésanté, c'est-à-dire de la prestation de services à distance grâce à des technologies de l'information et des communications. «Étant donné la superficie du RUIS McGill, qui est énorme, la télésanté joue et va jouer un rôle primordial dans l'offre de services à distance», dit le Dr Benaroya.

Parmi les applications de la télésanté, le coordonnateur du RUIS McGill mentionne les consultations à distance entre médecins ou même entre un médecin et un patient. Il donne certains exemples d'utilisation de services à distance. «On a des centres de dialyse dans le Nord-du-Québec, où le médecin néphrologue qui de temps en temps voyage là-bas reste en communication avec les infirmières et les médecins qui travaillent sur place pour que les patients soient dialysés sur place à certains endroits, par exemple à Chibougamau», indique-t-il. L'Hôpital pour enfants de Montréal offre pour sa part des services de télésanté dans le domaine de la cardiologie, dont peuvent bénéficier de jeunes patients du Nord-du-Québec. Il peut s'agir d'échographies ou de consultations à distance.

De façon plus générale, les établissements du RUIS McGill ont effectué un virage numérique en matière de radiologie. Le Dr Benaroya mentionne qu'il est ainsi possible d'envoyer électroniquement les radiographies pour lecture ou pour consultation.

Formation en région et projets

L'Université McGill contribue par ailleurs à la formation d'infirmières praticiennes en Abitibi-Témiscamingue et en Outaouais, en collaboration avec l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue et l'Université du Québec en Outaouais.

Le RUIS McGill a aussi participé en 2008 à la création du Campus santé Outaouais, en collaboration avec divers partenaires. L'objectif consistait à former un plus grand nombre de professionnels de la santé dans cette région, aux prises avec un manque d'effectifs médicaux. À partir de cet été, des étudiants de la Faculté de médecine y feront une année d'externat. «Pour la première fois, il y aura des étudiants de l'Université McGill qui vont passer l'année complète en Outaouais, travaillant en français, dans les établissements de l'Outaouais, en vue de les inciter à continuer leurs études là-bas et, on espère, à travailler ensuite dans la région», mentionne le Dr Benaroya. Le RUIS McGill a en outre augmenté le nombre de stages de résidence en Outaouais, avec l'aide de ses partenaires. Il existe depuis une quinzaine d'années une unité de médecine familiale de l'Université McGill à Gatineau. L'université a aussi créé en 2009 des unités de médecine familiale à Val-d'Or et à Châteauguay.

Pour l'avenir, le RUIS McGill entend continuer à développer la formation en région et la télésanté, ainsi qu'à accroître la coordination des services cliniques. Le Dr Benaroya mentionne aussi que le RUIS a le mandat de développer une infrastructure et un plan d'action pour améliorer les soins aux patients souffrant de douleurs chroniques. Toujours dans l'optique d'assurer la continuité des soins, le réseau pourrait également travailler à l'amélioration du suivi des personnes ayant subi un accident vasculaire cérébral.

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Collaboratrice du Devoir