Le doyen établit ses priorités - Un étudiant sur quatre s'oriente cette année en médecine familiale

Selon Richard I. Levin, il est impératif d’inverser la tendance en revalorisant la médecine familiale.
Photo: McGill Selon Richard I. Levin, il est impératif d’inverser la tendance en revalorisant la médecine familiale.

La médecine familiale est en crise au Québec. Selon les données gouvernementales, il manquerait plus d'un millier d'omnipraticiens pour combler les besoins du réseau, actuellement sursollicité. Qu'à cela ne tienne: la Faculté de médecine de McGill entre de plain-pied dans le débat et met en place plusieurs initiatives visant à revaloriser la médecine familiale, autant à titre de forme de pratique que de champ de recherche.

Branle-bas à la Faculté de médecine de l'Université McGill: nouvelle chaire de recherche en médecine familiale et communautaire, nouvelle maîtrise en médecine familiale — la première du genre au Canada — organisation d'un symposium de médecine familiale et partenariat avec plusieurs unités de médecine familiale (UMF) de la province.

Au coeur du processus, explique Richard I. Levin, doyen de la faculté, se retrouve la «certitude que la médecine familiale est égale aux autres spécialités comme discipline». Car, «au-delà des connaissances que nos étudiants acquièrent durant leur passage à l'université, il y a aussi l'idée [erronée] que la médecine spécialisée est amusante, payante et gratifiante, alors que la médecine familiale est pour ceux qui n'ont pas le talent pour faire autre chose. [...] Pourtant, il s'agit d'une des disciplines les plus difficiles, puisqu'il faut être un expert dans plusieurs champs différents. Voilà pourquoi nous essayons de mettre l'accent sur l'idée que la médecine familiale est aussi valable que les autres spécialités. Pas plus, pas moins, mais autant.»

Revalorisation

Le défi est de taille; alors que 31 % des Québécois n'ont pas accès à un médecin de famille, 184 postes de résident en médecine familiale n'ont pas été pourvus au cours des trois dernières années, soit 18 % de l'offre. Comment donc expliquer ce désintérêt? «Au tournant de la Seconde Guerre mondiale, la médecine [s'est développé d'une manière phénoménale], ce qui a eu pour effet d'offrir une panoplie de nouveaux moyens pour diagnostiquer, traiter et même guérir les maladies. À cette époque, la médecine familiale a perdu beaucoup de son prestige en raison de l'attraction qu'exerçaient ces nouveaux outils et méthodes technologiques.»

Depuis, cela s'est encore accentué par une érosion du nombre d'omnipraticiens au sein des facultés de médecine de la province, puis par une hausse progressive de l'écart salarial entre généralistes et spécialistes. En trente ans, cet écart est passé de 20 % à plus de 55 %!

Il est donc impératif, selon Richard I. Levin, d'inverser la tendance en revalorisant la médecine familiale. Comment faire? Par exemple, en introduisant, comme l'Université McGill s'apprête à le faire, un mentorat entre étudiants de première année et omnipraticiens. «Chaque étudiant sera jumelé à un médecin de famille; il suivra avec lui un groupe de patients pendant quatre ans et pourra ainsi mieux évaluer en quoi consiste réellement la médecine familiale, qui prend tout son sens dans la durée et dans la communication.»

D'autre part, la Faculté de médecine expérimente en ce moment une nouvelle forme d'internat, dit «intégré», qui permet aux étudiants de demeurer avec le même établissement pour la durée complète de leur formation clinique. «Ils passent ainsi d'un service à l'autre dans le même centre de soins, ce qui leur permet d'apprendre non seulement à propos du système de santé, mais aussi de la façon dont il s'intègre autour des patients.»

La première expérience d'internat intégré, menée en collaboration avec le CSSS de Gatineau, s'est révélée concluante: «Le taux de rétention des étudiants qui y ont effectué leur stage a été de près de 80 %, succès important dans une région où le déficit de médecins de famille est le plus important au Québec», rapporte le doyen.

Progression

Déjà, la situation s'améliore, poursuit-il. «Depuis 2002, nous avons doublé [à McGill] le nombre d'étudiants qui choisissent la médecine familiale. À l'heure actuelle, ils sont presque le quart — 24 %, pour être précis — à faire ce choix, alors que les objectifs officiels du gouvernement sont de 50 %. On ne sait pas combien de temps sera nécessaire pour atteindre cet objectif, ni même si nous réussirons, mais nous continuerons à coup sûr à progresser dans cette direction. Nous aimerions augmenter la proportion à 35 % des étudiants. Je pense que cela est réaliste d'ici dix ans tout au plus.»

Néanmoins, la collaboration des instances politiques demeure primordiale. «Les médecins de famille doivent impérativement recevoir le même respect que [les spécialistes]. Cela se fera en augmentant leur rémunération [afin d'éviter une ségrégation basée sur la spécialité] et en éliminant les règles de travail qui les obligent à travailler en dehors de leur spécialisation.»

D'autant plus, termine M. Levin, que le rôle de l'omnipraticien est appelé à changer. «C'est durant ce siècle que seront développées les technologies génétiques. D'ici quelques décennies, les patients posséderont une carte contenant les données relatives à leur génome personnel et ils connaîtront alors toutes les mutations du matériel génétique dont ils ont hérité et qui pourraient — ou vont — leur causer des maladies. Ce sera alors la responsabilité du médecin de famille de les amener à comprendre l'importance de ces nouvelles informations. Je crois que cela contribuera à améliorer l'attrait de la médecine familiale, car ses praticiens deviendront de facto des généticiens qui comprendront ces questions et qui travailleront avec leurs patients sous plusieurs angles afin de prévenir les maladies auxquelles ils sont exposés génétiquement. Il faudra alors être prêt, et cela commence aujourd'hui.»
1 commentaire
  • Guy Bonenfant - Inscrit 25 avril 2010 08 h 34

    Un étudiant sur quatre s'oriente cette année en médecine familiale

    Voilà la vraie solution au problème d'accessibilité aux soins. Si les urgences sont débordées et servent inédaquetement la population, c'est que, rejoignant les études faites dans le passé, 85% des soins ambulants pourraient être faits par les médecins de 1ere ligne. En cette absence de ressource, les gens n'ont d'autre alternative que de se poindre à l'hôpital. Le ticket modérateur ne règlera donc rien.
    Devrions-nous envisager, à l'instar du Royaume-Uni, de ne recevoir à l'hôpital que les patients referrés par leur médecin de famille ?