Cinq hôpitaux pour un campus sis au centre-ville!

Normand Thériault Collaboration spéciale
Depuis sa fondation, McGill grandit, et ses médecins et chercheurs essaiment sur toute la planète.
Photo: Claudio Calligaris Depuis sa fondation, McGill grandit, et ses médecins et chercheurs essaiment sur toute la planète.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Ils étaient quatre jeunes médecins formés à Édimbourg. Ils fondèrent une école privée à Montréal. Nous étions en 1823 et jamais ces quatre pionniers ne se seraient doutés que leur petit établissement allait être le germe d'où sortirait un des centres médicaux les plus réputés au monde. Bienvenue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

On connaît l'histoire hospitalière de Montréal. Jeanne Mance et l'Hôtel-Dieu, au temps de la fondation de la ville. Du côté anglophone, il faudra attendre 1819, quand on érige, sur cette artère longtemps connue sous le nom de boulevard Dorchester, l'Hôpital général de Montréal. Mais l'inscription de Montréal dans le monde universitaire et de la recherche en santé se fera toutefois plus tard quand, pour concrétiser le voeu de James McGill, est ouvert le premier département de la future université qui porte encore aujourd'hui son nom. Nous sommes alors en 1829.

En 1823, quatre médecins sont venus d'Édimbourg et créent alors une école de médecine privée, Montreal Medical Institution, qui, six ans plus tard, sera intégrée à ce McGill College qui devient université. Cette année 1829 voit donc le Département de médecine être le lieu de cette double première: le premier département d'une nouvelle université et la première faculté de médecine à être créée au Canada. Plus tard, elle s'illustrera. Si on sait moins que ses recherches sur l'éther inaugurent ce domaine médical et universitaire dès 1848, on connaît cependant mieux le fait que la fondation de l'Institut neurologique en 1934 s'explique par une donation de la fondation Rockefeller, qui avait été impressionnée par les recherches que menaient alors les docteurs Penfield, Bethune, Webster, Robertson et Vineberg.

Depuis, McGill grandit, et ses médecins et chercheurs essaiment sur toute la planète.

Présence locale

Mais McGill demeure une université montréalaise. Et tout comme les trois autres facultés de médecine québécoises, à savoir celles de l'Université de Montréal, de l'Université de Sherbrooke et de l'Université Laval, elle a aussi son RUIS, son réseau universitaire intégré en santé, dont le territoire recouvre l'ouest de la Montérégie, le centre et l'ouest de l'île de Montréal, l'Outaouais, l'Abitibi-Témiscamingue, les territoires cris, la baie James et le Nunavik. Ainsi, comme le mentionne le Dr Samuel Benaroya, son coordonnateur, «pour la première fois, il y aura des étudiants de l'Université McGill qui vont passer l'année complète en Outaouais, travaillant en français, dans les établissements de l'Outaouais, en vue de les inciter à continuer leurs études là-bas et, on espère, à travailler ensuite dans la région».

Et l'Université McGill, et c'est le doyen de la faculté qui l'affirme, veut répondre à la demande en médecine familiale: «Nous essayons, déclare Richard I. Levin, de mettre l'accent sur l'idée que la médecine familiale est aussi valable que les autres spécialités. Pas plus, pas moins, mais autant.»

Ainsi, si l'Université McGill, et on désigne alors l'établissement dans son ensemble, a souvent une image élitiste accolée à son identification, dans plus d'un programme, la connotation sociale se retrouve inscrite. En santé dentaire, on travaille ainsi à familiariser toute la profession avec les soins, normalement gratuits, qui sont fournis aux assistés sociaux: un DVD a ainsi été produit pour raconter les hauts et les bas de tout ce domaine d'exercice et «il détruit le préjugé, insiste Christophe Bedos, professeur associé à la Faculté de médecine dentaire, selon lequel les assistés sociaux ne sont pas préoccupés par leur santé buccodentaire».

Un complexe

Toutefois, avec le CUSM, l'Université McGill gère un énorme complexe consacré à la santé. Il y a les hôpitaux, cinq en tout, qui sont autant des centres de traitement que des lieux d'enseignement: l'Hôpital pour enfants de Montréal, l'Hôpital général de Montréal, l'Hôpital neurologique de Montréal, l'hôpital Royal Victoria et l'Institut thoracique de Montréal. Et d'autres lieux y sont rattachés: on pense alors à un hôpital comme le Douglas, dont les recherches sur l'anorexie ont été le sujet de plus d'un reportage, mais dont la Banque de cerveaux est plus méconnue. Et il y aura un jour un nouveau campus sur le site Glen.

Et ce complexe s'étend sur une grande portion du centre-ville que l'avenue des Pins découpe, ce qui n'empêche cependant pas l'établissement d'être toujours en expansion, et ce, sur le flanc de la montagne, comme dans les quartiers adjacents.

Et la faculté est aussi un lieu de recherche qui sait inscrire ses chercheurs dans l'univers médical. Ainsi, dans le seul secteur de la recherche sur le cancer, qui est conduite au Centre Rosalind & Morris Goodman, non seulement y retrouve-t-on plus de

300 chercheurs et étudiants, mais surtout y sont produits, année après année, plus d'une centaine d'articles qui seront publiés dans des revues spécialisées: un tel nombre de publications ferait ailleurs l'orgueil de plus d'une université, même si tel était le total de toutes ses publications en tout domaine.

Aujourd'hui, la Faculté de médecine de l'Université McGill se retrouve donc dans les pages du Devoir. Un jour raconterons-nous aussi la réalité de celle de l'Université Laval, de l'Université de Sherbrooke ou de l'Université de Montréal, et comment là le rêve est devenu réalité, comme a été ici dépassé celui qu'avaient quatre jeunes hommes venus d'Édimbourg.