Collusion informatique dans le Dossier de Santé du Québec?

Québec — Un système de collusion entre firmes informatiques pourrait expliquer une partie des difficultés du Dossier de santé du Québec (DSQ), craint le péquiste Bernard Drainville. Projet d'informatisation des dossiers médicaux, le DSQ a été lancé en 2006 et devait être fonctionnel partout au Québec en janvier 2010. Selon le Parti québécois, malgré 320 millions investis, le «projet pilote ne fonctionne pas» et une omerta semble entourer son évolution.

Or, Radio-Canada a démontré hier qu'un système de collusion entre grandes firmes informatiques qui s'attribuent les contrats en rotation pourrait bien exister au Québec. Dans sa réaction à ce reportage de la SRC, le premier ministre Charest n'a pas semblé surpris, a souligné Bernard Drainville hier. Le premier ministre a d'ailleurs fait valoir que le Conseil du trésor a publié en octobre une nouvelle politique visant à resserrer l'attribution des contrats dans ce domaine. Le député péquiste a rappelé que Bell XWave a obtenu un des plus gros contrats accordés pour la mise en place du DSQ. Il avait été le seul et unique soumissionnaire, ce que le Vérificateur général avait dénoncé en 2008.

«Ça devient extrêmement inquiétant», a laissé tomber M. Drainville avant de réitérer sa demande pour la mise en place d'une commission d'enquête publique sur le domaine de la construction. Faire «la lumière sur les pratiques de collusion» dans un secteur clé, a-t-il expliqué, permettrait de «comprendre ce qui se passe également» dans d'autres domaines connexes, «comme celui des technologies de communication».

Le logiciel libre pourrait être une solution aux problèmes des énormes coûts d'un tel système, a-t-il admis. «C'est une réflexion que nous menons actuellement au [PQ]», a-t-il dit, soulignant que l'Europe était friande de ces logiciels qui évitent à l'État de payer des droits exorbitants à des multinationales comme Microsoft.

Par ailleurs, le député a rappelé ce que la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) révélait au Devoir début mars: il serait possible de soigner «20 % plus de patients» si les dossiers étaient informatisés. La FMOQ dénonce le piétinement du dossier DSQ.

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, étant en vacances, c'est son attachée de presse, Karine Rivard, qui a répondu aux critiques de M. Drainville. Selon elle, le dossier «progresse bien», le «suivi est rigoureux» et l'objectif a depuis longtemps été d'obtenir des dossiers informatisés fonctionnels en 2011 et non en 2010.