Le Dossier de santé du Québec au point mort

Le Dossier de santé du Québec (DSQ), épine dorsale de la mise en place des dossiers médicaux électroniques, est une fois de plus au point mort. Après les bogues informatiques qui ont forcé les pharmaciens à se retirer du projet pilote en janvier dernier, voici que c'est au tour des médecins de famille de mettre leur holà, a appris Le Devoir. Cela, tant et aussi longtemps que Québec n'aura pas consenti à négocier une entente à leur satisfaction.

Ce n'est pas la première fois que la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) en vient à une telle extrémité. Déjà en 2008, elle avait dû hausser le ton pour que Québec attache mieux les ficelles du projet pilote lancé dans la région de la Capitale-Nationale. Deux ans plus tard, le projet pilote piétine et trop d'inconnues demeurent. Dans son dernier bulletin, la Fédération est claire: sans entente, «elle ne donnera pas son aval au déploiement» du DSQ, que ce soit à Québec ou ailleurs, point à la ligne.

En entrevue au Devoir, le président de la FMOQ ne cache pas sa déception de voir les choses s'éterniser ainsi, lui qui attend avec impatience le jour où tous les médecins pourront compter sur des dossiers électroniques pour faire leur travail. Il garde néanmoins l'espoir d'en arriver sous peu à un règlement. «On nous avait promis un déploiement en janvier. Là, on est en mars, et on attend toujours», déplore le Dr Louis Godin, qui qualifie ces nouveaux retards «d'injustifiables».

Concrètement, la FMOQ demande à Québec d'outiller les médecins de famille qui seront appelés à travailler avec le DSQ au quotidien. Le DSQ est en effet une machine complexe qui nécessite du matériel pointu, une formation soutenue et un entretien régulier. Autant d'impératifs que ne peuvent assumer seuls les cabinets de médecins, déjà débordés et sous-financés, explique le Dr Godin.

Lancé en 2006 pour être pleinement opérationnel en janvier 2010, le DSQ cumule retard après retard. Encore l'été dernier, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc, avait dû se résoudre à prolonger la période de mise à l'essai tant celle-ci n'était pas concluante. Cette annonce suivait la publication d'un rapport alarmant du Vérificateur général du Québec, qui s'inquiétait des retards et des hausses de coûts associés au DSQ.

Le déploiement du réseau avait alors été reporté à janvier 2010, puis au début mars en raison des nombreux bogues mis au jour pendant le projet pilote. Ceux-ci étaient si nombreux que l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) n'a eu d'autre choix que de se retirer du projet pilote en janvier dernier. Le DSQ empêchait carrément les pharmaciens de faire leur travail.

Au ministère de la Santé, on assure avoir depuis revu le programme informatique et en avoir corrigé tous les bogues. Bonne joueuse, l'AQPP a autorisé cette semaine des tests destinés à mettre le nouveau programme à l'épreuve. Mais dans une seule pharmacie. «Si ces tests s'avèrent concluants, nous reprendrons là où nous avons laissé. Autrement, nous maintenons notre position. [...] Nous sommes prudents, entre la théorie et la pratique, nous avons constaté qu'il y a parfois un monde», raconte Vincent Forcier, directeur des affaires publiques à l'AQPP.

Au ministère de la Santé, impossible de savoir comment ces tests se déroulent. Idem quant à la nouvelle date de déploiement. Chose certaine, elle n'est pas pour demain, croit le critique en matière de santé de l'opposition officielle, Bernard Drainville. «L'ensemble du Dossier de santé devait être fonctionnel pour 2010. Aujourd'hui, le projet pilote est carrément arrêté.» Pour le député de Marie-Victorin, la mauvaise gestion du gouvernement Charest dans ce dossier est «inadmissible».

D'autant que le DSQ pourrait contribuer à redresser la première ligne, qui en a grandement besoin. «Les médecins qui travaillent en cabinet nous disent que s'ils avaient accès à toutes les informations par le biais d'un système informatisé, ils pourraient traiter 20 % plus de patients, juste avec le temps économisé sur la paperasserie.» Le chiffre n'est pas banal quand on sait que 25 % des Québécois n'ont pas de médecin de famille, souligne M. Drainville.

À Québec, on assure être revenu sur la bonne voie. «Certains ajustements ont été nécessaires, mais ils ont été faits et le développement se poursuit», affirme la porte-parole du ministère, Dominique Breton. Mais pour les détails, il faudra encore attendre le bilan des travaux qui sera présenté sous peu, a-t-elle promis.

Précisons que le budget alloué pour l'implantation du DSQ est de 563 millions. De cette somme, 260 millions proviennent de Québec et 303 millions d'Ottawa.
6 commentaires
  • Nicole Lamarre - Inscrit 11 mars 2010 09 h 07

    Dossier de la santé

    En santé, c'est une enquête publique que le Québec a besoin.
    Trop de pallier de décision, trop d'argent investi qui ne donne rien.
    Voir comment les médecins peuvent bloquer ce système.

  • Etienne Leblanc - Inscrit 11 mars 2010 11 h 05

    Le véritable motif?

    Si le Dossier Santé Québec représente certainement un outil pouvant contribuer à améliorer les services de santé et services sociaux, il ne constitue pas une panacée et les problèmes de son utilisation ne sont pas uniquement d'ordre informatique... Ces derniers ne constituant pas non plus les seuls facteurs d'insatisfaction des médecins quoi qu'on en disent ici. La question du droit au consentement libre et éclairé du patient quant à "l'électronisation" de son dossier médical et des renseignements confidentiels qu'il contient représente un élément de discorde important entre les parties. En effet, les médecins sont en faveur d'un consentement implicite des patients, c'est-à-dire que le médecin serait dispensé de l'obligation d'expliquer à un patient ce qu'est le DSQ, ce qu'il contient, ses avantages, ses risques, etc., afin que celui-ci dispose des informations nécessaires pour faire un choix libre et éclairé quant à l'acceptation ou le refus que son dossier soit informatisé dans le DSQ. Autrement dit, il s'agit de l'approche du "Qui ne dit mot consent".
    Je ne suis pas pour ou contre cette façon de procéder. Je m'interroge davantage quant aux droits des personnes d'être bien informées et de choisir, ainsi qu'aux risques concernant le partage ou la vente de renseignements personnels. Évidemment, certains dirons qu'il s'agit de démagogie. Peut-être. Or, si des entreprises en télécommunication parviennent à obtenir des informations qui nous concernent sans que l'on sache d'où et comment elles ont été obtenues, nous pouvons raisonnablement supposer que l'industrie pharmaceutique a le moyen d'avoir "le bras long", peut-être même télescopiques (...)

  • Sator - Inscrit 11 mars 2010 11 h 26

    les illusonistes

    On sent chez le Ministre bolduc tout l'enthousiasme et la frénésie qui sied a un ministre d'envergure et il l'a bien dit y a rien a faire avant 5 ans un autre plan quinquennale autrement dit au suivant a essayer de régler le problème encore une fois un gouvernement de PITOYABLE

  • Maryanne - Inscrite 11 mars 2010 19 h 25

    La médecine malade

    H1n1 l'a complètement mis à terre, Notre ministre est très épuisé. Avant qu'il puisse reprendre des forces ça va lui prendre 5 annés. Comme a dit le ministre de finance : don't worry be happy! Ca va avec notre premier ministre Charest. Serait-ce qu'ils fument tous du "p"

  • liquide1 - Inscrit 13 mars 2010 13 h 55

    Les bases du dossier ne sont pas bonne

    Ce dossier a été monté a partir du mauvais bout ( tout comme GIRES). On semble oublié la dimention humaine d'un tel dossier ....
    Pour que ca marche, il faut que ca serve et soit utile a tous les intervenants sans exception et que ca soit le plus simple possible. De plus, il faut la confiance de tout le monde et surtout celui du malade.
    Les fonctionnaires pensent a leur besoins mais pas aux autres ...
    Donc, ca ne peu pas marcher mais ca coutera tres cher tout comme GIRES et avec le temps on trouvera une sortie élégante ( comme dans GIRES).