Heures supplémentaires obligatoires - L'Ordre invite les infirmières à dire non

La présidente de l'Ordre des infirmières dénonce le ministre de la Santé Yves Bolduc et les hôpitaux qui brandissent le Code de déontologie pour obliger les travailleuses de la santé à aligner les heures supplémentaires obligatoires sans broncher. Si elles refusent pour des motifs d'épuisement ou des raisons familiales, «je serai la dernière à les blâmer», dit Gyslaine Desrosiers.

Affirmer que le Code de déontologie, qui stipule que l'infirmière ne peut abandonner ses patients, soumet les infirmières aux heures supplémentaires obligatoires relève de l'abus, selon la présidente. «L'infirmière a le droit de dire: "Je ne peux pas rester, je vous laisse deux heures pour trouver quelqu'un et je pars." Ça obligerait [les hôpitaux et le ministre] à trouver des solutions. On n'est pas dans un régime de conscription! s'indigne-t-elle. Oui, le Code dit qu'on ne peut pas abandonner les malades, mais il dit aussi qu'il faut avoir la vigilance nécessaire pour s'en occuper.»

«La première responsabilité est envers nos patients, répondait le ministre Bolduc aux infirmières en colère la semaine dernière. Je suis contre les heures supplémentaires obligatoires, ajoutait-il, mais ma responsabilité, c'est de ne pas avoir de rupture de service.» Une affirmation qui avait mis le feu aux poudre, soulevant l'ire des syndicats et faisant dire à l'infirmier aux soins intensifs à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont Steeve Gauthier qu'il se sentait «pris en otage entre une employeur abuseur, l'État, et un Code de déontologie».

Selon la présidente de son syndicat local, Valérie Vaillancourt, la réponse du ministre a mobilisé des troupes déjà excédées. «Les jeunes ne veulent pas venir travailler [dans certains départements] et les plus âgés veulent partir au plus vite», disait-elle au Devoir sur le trottoir, lors de la manifestation de vendredi dernier.

En mars 1999, l'Ordre écrivait une missive personnelle à chacun de ses membres, lui expliquant qu'«on ne pouvait pas interpréter le Code pour les obliger à rester». Dix ans plus tard, rien n'a bougé, se désole Gyslaine Desrosiers. «Tous les trois ans, je dois faire une mise au point: le Code ne peut pas être utilisé pour pallier une gestion inefficace.»

Une situation «indécente», dit-elle, ajoutant sa voix à celle des infirmières épuisées de Maisonneuve-Rosemont qui ont manifestaient la semaine dernière après un 18 heures de trop. «On fait reposer sur les épaules des infirmières une responsabilité collective, qui incombe à l'administration de l'hôpital et à l'État.»

Selon l'Ordre, une infirmière sur quatre a moins de cinq ans d'expérience dans les unités de soins intensifs, car les conditions de travail et l'obligation récurrente d'y accumuler les heures supplémentaires les rebutent.

L'Ordre demande au ministre de mettre en place des mesures rapidement, comme un nombre maximal de quarts de travail et d'heures de travail supplémentaires par semaine.