Accès aux soins - Les pharmaciens font fausse route, croient les médecins

Le Collège des médecins du Québec et l’Association des jeunes médecins du Québec ne voient pas d’un bon œil l’élargissement du rôle des pharmaciens.
Photo: Agence France-Presse (photo) Jeff Haynes Le Collège des médecins du Québec et l’Association des jeunes médecins du Québec ne voient pas d’un bon œil l’élargissement du rôle des pharmaciens.

Vouloir désengorger le réseau de la santé est louable. Mais les propositions mises de l'avant cette semaine par l'Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ) ne tiennent tout simplement pas la route, croient le Collège des médecins du Québec (CMQ) et l'Association des jeunes médecins du Québec (AJMQ).

Mardi, la présidente de l'OPQ, Diane Lamarre, expliquait que des provinces et plusieurs pays européens ont gagné gros en élargissant le rôle des pharmaciens. Celle-ci citait une étude ontarienne évaluant que le recours au pharmacien pour cinq fonctions (dont l'ajustement de la médication et la gestion de situations de santé mineures comme le pied d'athlète ou une infection urinaire) se traduirait par des économies de 72 millions de dollars pour le système de santé. Le tout en libérant plus de 1,2 million de rendez-vous en cabinet.

Ces calculs n'ont pas du tout impressionné le président du Collège des médecins, le Dr Yves Lamontagne. «Prendre un pharmacien pour en faire un médecin, même en temps de pénurie, ce n'est certainement pas la meilleure façon de servir le patient.» Même s'il dit toujours «croire au triumvirat médecin-infirmière-pharmacien», le Dr Lamontagne déplore que les négociations engagées à ce propos soient dans une impasse.

Le Collège n'hésite d'ailleurs pas à accuser l'OPQ de mauvaise foi dans ce dossier et lui demande de «montrer plus d'ouverture aux infirmières». «Les pharmaciens sont des stars de la médication, explique le Dr Lamontagne. Mais au niveau clinique, ce sont les infirmières qui sont les mieux formées et les mieux placées pour faire ce genre de travail.»

Quant à la possibilité de permettre aux pharmaciens du Québec de prolonger l'ordonnance d'un patient afin d'éviter une interruption de traitement, elle paraît tout à fait superflue au Collège. Surtout depuis que les médecins peuvent rédiger des ordonnances valides pour une période allant jusqu'à 24 mois.

Pour sa part, l'Association des jeunes médecins du Québec (AJMQ) juge aussi que l'OPQ a raison sur l'objectif, mais qu'il se trompe sur les moyens pour y parvenir. «Penser que la solution peut venir d'un autre ordre professionnel alors qu'on paie déjà des médecins pour faire ces choses n'est pas l'option la plus rentable», explique son président, le Dr François-Pierre Gladu.

L'AJMQ juge plutôt qu'il faut permettre aux médecins de gagner en efficacité. Comment? D'abord en permettant aux 3000 jeunes médecins de famille qui travaillent dans les établissements de faire aussi du bureau. Ensuite, en autorisant les médecins à faire comme les pharmaciens et les dentistes, qui peuvent compter sur des professionnels sous leur supervision pour poser certains actes.

«Le pharmacien peut demander à un technicien de donner une médication ou d'en vérifier les effets secondaires, tout en conservant la responsabilité de cet acte. Pas le médecin», explique le Dr Gladu. Ce dernier calcule qu'en permettant à un médecin d'engager une infirmière et de facturer ses actes, «Québec réglerait pas mal tous les problèmes du réseau de la santé».