Début de la commission parlementaire sur le droit de mourir dans la dignité - Une société mûre pour un débat sur l'euthanasie

Selon un sondage Angus Reid paru hier, 67 % des Canadiens sont favorables à la légalisation de l’euthanasie.
Photo: Jean-Philippe Ksiazek Selon un sondage Angus Reid paru hier, 67 % des Canadiens sont favorables à la légalisation de l’euthanasie.

Le début des travaux de la Commission sur le droit de mourir dans la dignité hier à Québec marquait une première pour le débat sur l'euthanasie. Le dépôt des mémoires des médecins spécialistes et du Collectif mourir digne et libre témoigne du fait que la société québécoise est mûre pour ce débat délicat et complexe.

Les soins en fin de vie comprennent l'euthanasie, et «il ne faudra pas éviter» le sujet, a averti le Dr Gaétan Barette hier alors que débutaient à Québec les travaux de la Commission sur le droit de mourir dans la dignité. «Le danger avec cette commission, c'est de tourner autour du pot et de dévier sur l'unique question des soins palliatifs», estime le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

Les médecins spécialistes, les omnipraticiens et le Collectif mourir digne et libre ont déposé hier trois mémoires qui les positionnent en faveur de la légalisation de l'euthanasie pour les malades en fin de vie, selon certaines balises qu'ils demandent à Québec d'établir.

Pour le président de la Fédération des médecins omnipraticiens (FMOQ), le Dr Louis Godin, «compte tenu de l'évolution de notre société, on doit aborder la question de l'euthanasie comme un élément des soins appropriés en fin de vie». Sans éluder la panoplie de soins possibles, dont les soins palliatifs.

Le Collège des médecins, sans prendre position clairement en faveur de la légalisation de l'euthanasie, précise dans son mémoire déposé hier que «dans des situations exceptionnelles où la mort est imminente et inévitable, il pourrait être approprié de vouloir écourter l'agonie». Mais «le médecin ne veut pas devenir un exécuteur de la loi qui permettrait de pratiquer l'euthanasie», précise son président, le Dr Yves Lamontagne. Il demande «un meilleur encadrement» de l'arrêt de traitement ou de la sédation terminale.

«La vie, on y tient, on veut la prolonger, mais on ne veut pas mourir longtemps», illustre Yvon Bureau, du Collectif mourir digne et libre. Le travailleur social milite depuis 25 ans pour la légalisation de l'euthanasie médicale en fin de vie. Une promesse faite à son père avant ses derniers instants.

Un comité du Barreau du Québec étudiera aussi la question. «Le médecin est toujours confronté à ce qu'il peut et ne peut pas faire [en fin de vie]. Nos outils législatifs ne répondent pas à ces questions-là, explique son bâtonnier, Pierre Chagnon.

En octobre, la FMSQ lançait le débat en dévoilant que 75 % de ses membres sont favorables à la légalisation de l'euthanasie. La FMOQ, rendait public peu après un sondage aux conclusions similaires.

Québec a annoncé début décembre la tenue d'une vaste consultation. La Commission entendra cette semaine, et en mars, une trentaine d'experts: des professionnels de la santé et des experts universitaires, mais aussi les regroupements citoyens. Une consultation itinérante recueillera les avis de la population cet automne lors d'une tournée des régions.

Si l'euthanasie venait à être légalisée au Québec, elle nécessiterait des modifications au Code criminel, fédéral, qui la considère comme un crime. Selon un sondage Angus Reid paru hier, 67 % des Canadiens sont favorables à la légalisation de l'euthanasie.
2 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 16 février 2010 06 h 41

    La promesse à mon père

    Une petite précision. Elle a été faite dans le contexte du temps. Elle ne touchait pas la question de l'euthanasie.

    Elle était : «Papa, au Québec, le mourir, la fin de la vie, ça va changer» Il était question de dignité, de fierté et de noblesse en fin de vie.

    www.yvonbureau.com

  • Maurice Monette - Inscrit 16 février 2010 18 h 05

    Il faut comprendre ce qu'est le Don de Vie, pour savoir ce qui n'est plus une vie autonome.

    Par autonomie, il est facile de comprendre que cela signifie de pouvoir rester vivant sans le support de machines mécaniques car, si ÇA n'avait pas été de ces inventions mécaniques humaines pour prolonger la vie, le ou la patient(e) en fin de vie serait passé(e) par ce stade de la mort de son corps physique ou son véhicule charnel(e).

    Puisqu'on s'inventent toutes sortes de barêmes pour évaluer jusqu'à quand il serait "non-criminel" de ne plus laisser quelqu'un(e) agoniser, à cause des "machines-à-prolonger-un-semblant-de-vie" donc, voici une suggestion qui ne fait appel qu'à la logique pure et simple. La prolongation d'un semblant de souffle de vie, c'est à chaque fois qu'un(e) esprit ou âme se voit obliger de transcender une étape de mise en attente, parce qu'avec la médecine moderne et les Proches inconscients(es) de celui-ci / celle-ci, de nos jours, le chemin de vie n'a pratiquement plus de fin. Quand une personne a eu le "malheur" de tomber entre les mains de gens égoïstes qui ne veulent plus laisser partir celui ou celle-ci, c'est possiblement pour une question de rentabilité, ou par inconscience crasse.

    Si on gardent en état de vie des personnes qui seraient mortes naturellement, si ce n'était pas de l'acharnement thérapeutique à garder leur véhicule charnel(le) ou corps physique vivant alors, pourquoi se cachent-on derrière des principes qui semblent beaux à première vue mais, qui dans le fond ne sont qu'égoïsme de ne pas laisser partir cet(te) esprit ou âme, qui serait déjà parti(e), si on ne s'en étaient pas occuper outre mesure.

    Il y a un certain sadisme à obliger un(e) esprit ou âme à rester emprisonné(e) dan son corps physique ou véhicule charnel(le)amoindri, au point de ne plus pouvoir rester vivant(e) par lui / elle même. En réfléchissant à cette dernière constatation, il devient évidant que la "médecine moderne" est rendue trop loin dans ses soins palliatifs. Tellement loin qu'on se croient obligés(es) de faire l'impossible pour ne pas qu'un(e) esprit qui s'est méritée cette fin de vie apparemment atroce, ne souffre de ses Erreurs contemporaines qui ont provoquées ses souffrances.

    Alors, ne verraient-on pas qu'on prolongent le Châtiment mérité, juste par compassion qui, dans le fond, n'est que du pur sadisme...?

    Merci de vore Attention