Santé - Le recours au scanner est souvent inutile

Un enfant qui, après s'être heurté la tête, perd connaissance et vomit suscitera de vives inquiétudes chez ses parents. À l'urgence de maints hôpitaux, on décidera d'introduire l'enfant dans un scanner pour voir s'il est atteint d'une lésion qui requiert une intervention neurochirurgicale. Or, trop souvent, cet examen radiologique n'est pas nécessaire et expose inutilement le petit patient aux effets néfastes d'un rayonnement ionisant qui peut accroître le risque de développer un cancer. Une équipe de chercheurs oeuvrant dans divers hôpitaux pédiatriques canadiens ont mis au point un outil qui aidera les médecins à déterminer si un enfant devrait ou non passer une tomodensitométrie (TD) à la suite d'un traumatisme crânien mineur.

Le recours à la TD — qui permet de reconstruire une image tridimensionnelle d'un organe en le balayant d'un faisceau de rayons X — pour des traumatismes crâniens mineurs chez les enfants a grandement augmenté au cours des années, passant de 15 % en 1995 à 53 % en 2005. Pourtant, très peu d'enfants ayant subi ce genre de traumatismes présentent une lésion cérébrale visible au scanner (4 à 7 %) et seulement 0,5 % d'entre eux ont subi une lésion intracrânienne qui a nécessité une intervention neurochirurgicale d'urgence.

«Cette utilisation accrue de la tomodensitométrie fait grimper les coûts de soins de santé et expose un grand nombre d'enfants aux effets potentiellement nocifs du rayonnement ionisant», font remarquer dans un article publié dans le Journal de l'Association médicale canadienne les auteurs de l'étude, avant de rappeler qu'une exposition à de tels rayonnements ionisants tôt dans la vie augmente significativement le risque de développer un cancer.

Le Dr Frédéric Desjardins, président de la Fédération des radiologistes du Québec, précise qu'un adulte qui subit une TD de la tête est exposé à un rayonnement équivalant à celui de 100 radiographies pulmonaires. «On baisse bien sûr les doses autant que possible lorsqu'il s'agit d'un enfant», mais celles-ci demeurent tout de même élevées. «Les rayons X constituent un facteur de risque de cancer qui varie en fonction, d'une part, de la dose totale reçue au cours de la vie et, d'autre part, de l'âge. Plus un enfant est jeune, plus le cancer aura le temps de se développer. De surcroît, les tissus qui sont en croissance contiennent beaucoup de cellules en cours de division. Or ces cellules sont plus sensibles aux effets néfastes des rayonnements ionisants», explique le Dr Desjardins.


L'insistance des parents

Le Dr Desjardins et son confrère, le Dr Benoit Bailey, pédiatre à l'urgence du CHU Sainte-Justine et l'un des auteurs de l'étude, avouent que très souvent les parents insistent pour que leur enfant subisse une TD et que les médecins procèdent à cet examen dans le but de calmer les mères inquiètes.

Le Dr Benoit Bailey fait remarquer que «les vomissements, par exemple, qui peuvent survenir après qu'un enfant se fut brutalement cogné la tête, ne sont pas un signe pouvant servir de pronostic, contrairement à chez l'adulte». D'où l'importance d'élaborer une «règle de décision» qui permettrait de prédire adéquatement si le patient souffre d'une lésion nécessitant le recours à une TD. Cette règle de décision reconnaît quatre facteurs qui sont associés à un haut risque de lésions cérébrales qui exigeraient une intervention chirurgicale. Parmi ces facteurs figure un état semi-comateux qui persiste deux heures après la blessure, une fracture du crâne ouverte ou enfoncée, un mal de tête qui s'amplifie et une très grande irritabilité chez les enfants de moins de deux ans.