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Santé - Le dépistage du cancer du sein devrait-il se faire plus tôt?

Un médecin examine les radiographies du sein d’une patiente afin de détecter un éventuel cancer.
Photo: Agence France-Presse (photo) Didier Pallages Un médecin examine les radiographies du sein d’une patiente afin de détecter un éventuel cancer.

Alors que la chanteuse Lhasa de Sela vient d'être emportée par un cancer du sein à l'âge de 37 ans, on est en droit de se demander s'il ne faudrait pas commencer plus tôt le dépistage du cancer du sein. Dans un article paru hier, l'American College of Radiology recommande justement de démarrer un tel dépistage par mammographie à l'âge de 40 ans, voire à 30 ans chez les femmes à haut risque.

Au Québec, ce n'est que lorsqu'elles atteignent la cinquantaine que les femmes sont invitées à passer une mammographie de dépistage du cancer du sein aux deux ans, contrairement à ce que recommande l'American College of Radiology dans l'édition de janvier de son journal. Or, parmi les femmes qui succombent à un cancer du sein, 16 % sont âgées de 40 à 49 ans. La majorité dépasse la cinquantaine, et moins de 5 %, comme Lhasa de Sela, ont moins de 40 ans.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec suit les recommandations publiées en septembre dernier par l'Agence d'évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé (AETMIS), qui ne croit pas en la pertinence d'étendre le dépistage systématique aux femmes de moins de 50 ans, précise la porte-parole du ministère, Dominique Breton.

L'AETMIS suggère plutôt de procéder à une prescription personnalisée de la mammographie aux femmes de moins de 50 ans afin de viser uniquement celles qui présentent des risques particuliers. Selon l'AETMIS, chez les femmes de moins de 50 ans, le dépistage comporte plus d'inconvénients que d'avantages.

«Des études ont montré qu'une mammographie annuelle chez les femmes de 40 à 50 ans fait en effet diminuer la mortalité, mais de façon minime», explique le président de l'Association des radiologistes du Québec, le Dr Frédéric Desjardins. D'autre part, la mammographie peut créer de l'anxiété chez les femmes qui se font rappeler lorsqu'on suspecte chez elles un cancer sans en avoir la confirmation. De plus, les radiations ionisantes émises lors de la mammographie induisent un risque de cancer non négligeable. Des mammographies systématiques chez les 40 à 50 ans occasionneraient également «d'énormes coûts qui, dans la réalité québécoise où les ressources financières en santé sont limitées, se feraient au détriment d'autres programmes de prévention qui auraient de plus grands impacts sanitaires pour la société», fait remarquer le Dr Desjardins, qui considère raisonnable la décision du ministère dans cette recherche d'un «équilibre entre les bénéfices et les risques».

Si l'American College of Radiology (ACR) prône un dépistage systématique et annuel à partir de 40 ans, c'est qu'«aux États-Unis, on ne prend pas en compte les dépenses encourues lorsqu'il est question de diminuer la mortalité, peu importe si cette diminution est minime. Les ressources sont illimitées, con-trairement à ici, au Québec», souligne le Dr Desjardins.

La recommandation publiée dans le Journal of the American College of Radiology est formulée par 12 radiologistes qui répliquent au rapport déposé l'automne dernier par la U.S. Preventive Services Task Force — un comité indépendant d'experts en soins de première ligne et préventifs qui, à l'instar de l'AETMIS au Québec, réévalue les programmes de prévention et formule des recommandations au gouvernement américain —, qui suggérait de ne procéder à un dépistage de masse que pour les femmes de 50 à 69 ans, comme cela se fait au Québec, en Angleterre et en Australie notamment, précise la Dre Isabelle Trop, responsable de la section Imagerie du sein au CHUM. «Mais les radiologistes [états-uniens] n'étaient pas d'accord et il y a eu un véritable tollé pour que l'on maintienne le dépistage annuel à partir de 40 ans, comme cela se faisait depuis une vingtaine d'années aux États-Unis.»

Selon la Dre Trop, l'AETMIS a un peu surestimé les risques associés au choc émotif et aux radiations émises lors des mammographies, mais elle convient qu'il «faudrait personnaliser les services en fonction des antécédents familiaux et de la densité mammaire, qui représente un autre risque de cancer du sein».

Le Dr Jacques Lévesque, vice-président de l'Association canadienne des radiologues, affirme quant à lui que les bénéfices du dépistage de masse des femmes de 40 à 50 ans n'ont pas encore été prouvés. Par contre, «la pratique d'un dépistage sélectif de cette population en fonction des facteurs de risque a donné des résultats et me semble adéquat», souligne-t-il avant d'ajouter que l'arrivée de la mammographie numérique pourrait toutefois conduire à de nouvelles recommandations. «La mammographie numérique permet une détection nettement supérieure dans les seins plus denses. Or, la densité plus élevée des seins chez les femmes de 40 à 50 ans était le principal obstacle à la détection dans ce groupe d'âge et contribuait à notre réticence d'y avoir recours. Compte tenu de l'arrivée de la mammographie numérique et de son impact sur la qualité des images qu'on en tire, l'Association prévoit réfléchir à de nouvelles recommandations.»
2 commentaires
  • Georgine Saint-Laurent - Abonnée 6 janvier 2010 08 h 02

    Suggestion

    Le décès de Mde de Sela et les dernières recommandations de l'American College or Radiology qui constituent deux pôles de votre article d'aujourd'hui, prendront tout leur sens une fois que vous aurez lu de Gilbert Welch, Dois-je me faire tester pour le cancer? Peut-être pas et voici pourquoi et de Nortin Hadler, Le Dernier des Bien Portants. Comment mettre son bien-être à l'abri des services de santé. Ces deux ouvrages sont parus aux Presses de l'Université Laval et votre qualité de journaliste vous donne droit à un exemplaire gratis, si vous en faites la demande. Je vous assure que vous ne regretterez pas cette corvée, qui vous défrisera aussi. Je vous signale un possible conflit d'intérêt puisque c'est moi qui ai fait la version française de ces deux ouvrages incontournables.
    Fernand Turcotte

  • France Marcotte - Abonnée 6 janvier 2010 08 h 28

    En douceur

    On ne pourrait pas simplement expliquer aux femmes comment évaluer d'elles-mêmes si elles sont à risque avant 50 ans et que celles qui se savent concernées puissent se présenter pour une mammographie, peu importe leur âge? Encore faut-il avoir d'abord accès à un médecin généraliste pour qu'il leur délivre le laissez-passer...avant la cinquantaine ou bien permettre qu'on puisse se présenter simplement de soi-même à la clinique. Pour diminuer l'anxiété des femmes attendant les résultats d'une mammographie, prévoir un deuxième rendez-vous pour annoncer le résutat, qu'il soit négatif ou positif plutôt que de passer par la froideur du téléphone fatidique ne devrait pas être trop difficile à organiser...