Santé et vie publique - L'obésité est devenue un mal universel

Lors des Entretiens Jacques-Cartier, les spécialistes ont donc consacré deux jours à cerner les enjeux autour de l’obésité, en portant une attention particulière à l’écologie de l’intestin et à l’influence de l’environnement.
Photo: Olivier Zuida - Le Devoir Lors des Entretiens Jacques-Cartier, les spécialistes ont donc consacré deux jours à cerner les enjeux autour de l’obésité, en portant une attention particulière à l’écologie de l’intestin et à l’influence de l’environnement.

On le sait, on le saura: l'augmentation de l'obésité dans le monde est inquiétante. Elle s'étend à des pays qui en étaient jusqu'ici protégés. On compte désormais pratiquement autant d'obèses en Chine qu'aux États-Unis. Les Entretiens Jacques-Cartier en ont traité lors du colloque intitulé Métabolisme et comportement alimentaire.

Lise Gauvin, chercheuse à l'Université de Montréal, y a noté que «l'obésité est une réponse normale à un environnement anormal. Mais quand ça se met à frapper toute une population, on peut croire qu'il y a des raisons autres que génétiques et individuelles.»

Les spécialistes ont donc consacré deux jours à cerner les enjeux autour de l'obésité, en portant une attention particulière à l'écologie de l'intestin et à l'influence de l'environnement. L'intestin, organe aussi vital que le foie, semble être une petite planète tant il accueille des bactéries. Son équilibre, de moins en moins mystérieux, demeure fragile. Et son déséquilibre pourrait ouvrir de nouvelles pistes de compréhension de l'obésité.

Dans une perspective plus large, Thomas Leverve, de l'Institut national de la recherche agronomique de Paris, a rappelé que les comportements alimentaires sont individuels, issus d'une éducation délicate. «Il n'y a qu'à observer une chienne ou une chatte, lorsqu'elle apprend à ses petits comment se nourrir, pour noter la complexité de l'apprentissage.» Une complexité qui teinte les questions alimentaires et nutritionnelles. Et surtout la question des grands défis alimentaires mondiaux, puisque tout doit être considéré: l'individu, sa condition, sa culture, l'environnement.

Le tableau est donc touffu. Des exemples? Le bio: si toute la production alimentaire devenait biologique demain, a expliqué M. Leverve, ce qui serait un tournant pourtant souhaitable, la production baisserait de 20 % et il faudrait accentuer la déforestation pour étendre les superficies cultivables... De même pour l'excès de poids: mieux vaut avoir un coussin si on souffre d'une maladie chronique. «En Afrique, a indiqué le chercheur, lorsque les gros commencent à maigrir, on dit que les maigres commencent à mourir.»


Interdire les dépanneurs?

Les études européennes et québécoises présentées en après-midi, la plupart encore en cours, visaient à repérer les liens entre l'environnement et les comportements alimentaires. À voir, par exemple, si la proximité de fast-foods, de dépanneurs ou d'équipements sportifs influence la prise ou la perte de poids.

Toutes confirment que les milieux défavorisés demeurent plus fragiles. «Quand on est riche, beau et en bonne santé, où qu'on vive, on s'en tire pas mal», concluait déjà Chantal Simon, chercheuse participant au projet français Éliane. Tracie Barnett, du Centre de recherche de l'hôpital Sainte-Justine, a suggéré de réglementer des zones autour des écoles afin que les dépanneurs y soient moins présents. «Certains aliments ne devraient même pas être disponibles, ce sont pratiquement des poisons!, s'est-elle exclamée durant la période des questions. Je pense aux gras trans, par exemple. Interdire semble parfois être la meilleure solution.»


Marcher dans la ville

«On a beau y mettre de l'ordre: la ville reste pathogène», a dit d'emblée l'urbaniste suisse Marcos Weil. Sa lecture, appuyée par des extraits d'actualités, des caricatures et des photos des bons coups en urbanisme, a proposé une foule de petites idées concrètes qui rendraient plus facile en ville l'activité physique la plus simple: la marche.

Tant que la voiture restera reine, le piéton aura des bâtons dans les roues. «Il y a inadéquation entre le vivre-ensemble, qui est ma préoccupation d'urbaniste, et le je-roule-pour-moi. Trop peu de villes osent encore affirmer que des modes de transport doux sont prioritaires. L'espace public est le reflet de nos valeurs», disait-il, photos à l'appui pour illustrer l'espace énorme laissé au stationnement par rapport à l'espace piétonnier.

Il faut aussi penser aux aînés qui doivent souffler. Il faut penser aux enfants, a poursuivi l'urbaniste. «Je propose de faire de la présence des enfants dans l'espace public un indicateur de la qualité de vie, de la qualité de ville.»

Sécurité, accessibilité, communauté, coveillance et art doivent être réintégrés dans la cité. Weils rêve d'un «espace pacifié, où la marche et le vélo reprennent leurs droits, où on retrouve une politesse des villes». Un rêve? Études et exemples étaient pourtant à l'appui: plus on aménage la ville pour les cyclistes, a précisé Weils, plus les gens utilisent le vélo et moins il y a d'accidents. «La présence de cyclistes dans les rues est un gage de sécurité.» Il a aussi souligné la transformation à Stockholm de marches d'escalier en touches de piano. Résultat: une hausse de 66 % de l'utilisation de cet escalier, sis juste à côté d'un escalier roulant. «L'art urbain est capable de faire marcher les populations par plaisir. Il faut donc réenchanter notre quotidien.»

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Collaboratrice du Devoir

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