Conférence Charles-Mérieux en santé et formation - Les fondations rejoignent l'Afrique

Les dépenses en soins de santé ne cessent de croître dans le monde, tout comme les besoins. Or les ressources ne suivent pas. De grands enjeux, donc, qui ont été discutés lors du colloque organisé par la fondation Mérieux dans le cadre des Entretiens du Centre Jacques Cartier. Quelques pistes de solution ont fait surface, comme le rôle que peuvent jouer les fondations privées.

«Au Canada, la philanthropie n'est pas très présente dans les traditions», a indiqué d'emblée au Devoir Élyse Létourneau, directrice générale de la Fondation du CSSS de la Vieille-Capitale et conférencière au colloque.

Par contre, elle remarque que cela se développe chez les jeunes, qui n'hésitent pas à aller sur le terrain, à contribuer et à financer des projets grâce à Internet. «Je pense par exemple à l'organisme Jeunes Musiciens du monde», précise-t-elle.

Toutefois, en Europe de l'Ouest, le financement d'initiatives de santé locales ou internationales par la philanthropie est beaucoup plus développé. Lors de la journée d'échange, il a notamment été question de la Fondation Pierre-Fabre et de la Fondation Rodolphe-Mérieux, qui ont financé la construction de la nouvelle faculté de pharmacie de Phnom Penh, au Cambodge, inaugurée en 2003.

«Avant Pol Pot, nous avions tout, mais après Pol Pot, nous nous sommes retrouvés les mains vides. En plus de financer la construction du bâtiment, les deux fondations ont contribué à la formation des professeurs en leur permettant d'aller étudier en France», explique Tea Sok Eng, doyenne de la faculté de pharmacie de Phnom Penh.

«On a pris les meilleurs candidats et on les a formés en France. De retour dans leur pays, ils constituent maintenant l'ossature de la faculté de pharmacie de Phnom Penh et ils forment la relève», indique pour sa part Jean Cros, professeur pour la Fondation Pierre-Fabre.

Un autre exemple de philanthropie au service des soins de santé dans les pays en développement est le Centre Charles-Mérieux situé à Bamako, au Mali, et inauguré en 2005. «Il manque cruellement de techniciens dans les laboratoires africains, alors nous avons mis au point des formations techniques. Cela fonctionne très bien et l'initiative est en train de s'étendre dans les régions avoisinantes», affirme Benoît Miribel, directeur général de la Fondation Mérieux.

Comme l'objectif est d'arriver à ce que les populations des pays du Sud gèrent elles-mêmes leurs initiatives en matière de soins de santé et de formation, la Fondation Mérieux est en train de transférer son centre de Bamako au ministère de la Santé pour qu'il prenne en charge la formation et en assure la pérennité. «Nous faisons du coaching et nous demeurons au conseil d'administration pour nous assurer qu'on évite la dérive», précise M. Miribel.


Le rôle des technologies

Bien que les conditions de pratiques soient généralement incomparables, qu'on soit dans une région reculée de l'Afrique ou du Québec, on remarque une constance: la difficulté d'attirer et de retenir le personnel médical. Les participants au colloque ont échangé leurs diverses expériences pour tenter de faire en sorte que les travailleurs de la santé demeurent en région.

«Il faut utiliser les nouvelles technologies pour mettre en réseau les différents intervenants du secteur de la santé. Il faut sortir les praticiens de l'isolement en leur permettant d'échanger de l'information et d'avoir accès à une formation continue», explique Robert Beaudry, directeur général du Centre de coopération internationale en santé et développement (CCISD), à Québec.

«Grâce aux nouvelles technologies, les acteurs de terrain peuvent aussi aller chercher rapidement des conseils ou des expertises particulières», remarque Jean-Claude Panisset, professeur honoraire au département de santé environnementale et santé au travail de l'Université de Montréal.

Des avenues à explorer, ont souligné les participants, en plus, bien sûr, de continuer à travailler à l'amélioration des conditions de pratique au Sud pour tenter de freiner l'exode des cerveaux vers le Nord, une problématique qui vient miner les chances de réussite à long terme de nombreux projets de développement.

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Collaboratrice du Devoir

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