Instituts de recherche en santé du Canada - Le renvoi du représentant de Pfizer est réclamé

La grogne s'amplifie. À ce jour, plus de 4250 chercheurs ont signé une pétition réclamant la révocation du vice-président de Pfizer Canada au sein du conseil d'administration des Instituts de recherche en santé du Canada. Pour ces nombreux signataires, les intérêts de l'industrie pharmaceutique sont tout à fait contraires à ceux de l'organisme qui finance la recherche publique en santé au Canada.

Les personnes qui ont signé la pétition proviennent de divers secteurs, tels que les sciences de la santé, l'éthique et le droit. Parmi elles figurent des scientifiques renommés, dont le Dr Thomas Marrie, doyen de la Faculté de médecine de l'Université Dalhousie, à Halifax, l'ophtalmologue Brenda Gallie, de l'Université de Toronto et de l'Ontario Cancer Institute, l'éthicien Walter Glannon, de l'Université de la Colombie-Britannique.

À l'instar de maints autres signataires, le Dr James Brophy, professeur de médecine et d'épidémiologie à l'Université McGill, rappelle que le secteur privé, en l'occurrence une compagnie pharmaceutique, a «des obligations envers ses actionnaires, dont celles de maximiser les profits de l'entreprise». «Un tel mandat est complètement différent de celui du secteur public, qui a pour but d'améliorer la santé de notre population», précise-t-il avant d'ajouter qu'en raison de cette importante différence de vues, «la participation d'un membre d'une entreprise privée à la mise en place des orientations stratégiques, des buts et des politiques de la recherche publique en santé» lui apparaît tout à fait inacceptable.

En plus de la situation de conflit d'intérêts, le fait que depuis 2004 le géant Pfizer a été reconnu coupable à quelques reprises d'avoir violé les règles éthiques et légales dans le cadre de la mise en marché de certains de ses produits amplifie l'irritation des protestataires. «À mes yeux, il est inconcevable qu'une telle compagnie se voie honorée d'un siège au conseil d'administration de la plus grande agence publique de financement de la recherche au Canada», lance le Dr Brophy.

Françoise Baylis, titulaire d'une chaire de recherche en bioéthique et philosophie à l'Université Dalhousie, a confié au Devoir que des chercheurs de Santé Canada ont également apporté un appui verbal à la pétition, mais ils ont spécifié avoir reçu l'ordre de leurs supérieurs de ne pas la signer.

Loin de renier l'importance de commercialiser les résultats de la recherche publique afin qu'ils atteignent le chevet des patients, Mme Baylis, tout comme sa collègue Jocelyn Downie, spécialiste en droit et politique de la santé, affirme que le conseil d'administration des IRSC pourrait avoir accès à cette expertise autrement qu'en incluant un dirigeant de l'industrie à la table du conseil des IRSC. Par exemple, un comité consultatif composé de dirigeants d'entreprise provenant de divers secteurs pourrait informer le conseil d'administration des façons de faire et des risques, proposent les deux membres de l'équipe de recherche Novel Tech Ethics, qui a mis en ligne la pétition.

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