Cancer du sein: polémique autour du degré de positivité

Le grand ménage en pathologie annoncé par Québec ne va pas assez loin aux yeux des médecins spécialistes, des pathologistes et de la Coalition priorité cancer. «On est à un pas d'un système qui serait à la hauteur de nos attentes», a expliqué hier le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le Dr Gaétan Barrette, qui ne comprend pas pourquoi Québec refuse d'établir une norme uniforme pour les tests de pathologie liés au traitement du cancer du sein.

Présentement, le seuil de positivité qui justifie l'ajout d'un traitement hormonal ou ciblé varie d'un laboratoire à l'autre, explique la présidente de l'Ordre professionnel des technologistes médicaux, Nathalie Grégoire. «Dans certains laboratoires, quand 1 % des cellules est coloré, on dit que le test est positif. Dans d'autres, ce seuil de positivité est plutôt fixé à 10 %. Nous pensons qu'il faut que la règle soit la même partout et que ce soit la plus sensible qui l'emporte.»

À son sens, il est clair que le consensus international tend vers le plus petit dénominateur commun. C'est aussi l'avis du Dr Barrette. «Dans la science d'aujourd'hui, cette norme est fixée à 1 %. Le Dr Têtu, qui préside le comité consultatif du gouvernement, a lui-même signé un texte qui fait la promotion du 1 %. [...] Nous pensons que c'est là la bonne direction à prendre.»

C'est aussi l'opinion de l'Association des pathologistes du Québec (APQ), qui a publié hier un communiqué recommandant que ce seuil soit fixé à 1 %. Son président, le Dr Louis Gaboury, celui-là même qui avait tiré la sonnette d'alarme au printemps dernier, a par ailleurs tenu à préciser au Devoir que le ministre ne lui a pas fait suivre les résultats de sa révision, contrairement à ce qu'avait affirmé son bureau la veille.

Interrogé hier sur la pertinence d'adopter une norme nationale à 1 %, le ministre Bolduc a fait valoir que cela était impossible en l'absence d'un consensus solide au sein de la communauté scientifique. «Nos experts s'accordent pour dire qu'au-delà de 10 %, le test est positif, et qu'à 0 %, il est négatif. Entre les deux, c'est au médecin traitant de déterminer s'il est pertinent d'engager un traitement ou pas, tout dépendant de la condition du patient.»

Cela n'a pas empêché Québec de demander à ce que tous les échantillons comprenant moins de 10 % de cellules cancéreuses positives soient réexaminés pour les personnes qui ont reçu un diagnostic de cancer du sein entre le 1er mars 2008 et le 1er juin 2009. «Les critères choisis [...] ont permis d'englober toutes les femmes pouvant bénéficier d'un ajustement de traitement», ont d'ailleurs tenu à rappeler les membres du comité d'experts dans une lettre dont Le Devoir a obtenu copie.

Ceux-ci insistent: «aucune femme n'a été oubliée dans cette démarche». Et toutes celles qui pouvaient bénéficier d'un traitement ont été jointes et prises en charge par leur équipe médicale, écrivent ces experts, qui craignent que la présente controverse ne jette un doute non fondé dans l'esprit des patientes.

Mais toutes ces assurances ne sont pas suffisantes pour les médecins spécialistes, les pathologistes et la Coalition priorité cancer, qui estiment que les Québécois ont le droit d'avoir une norme en accord avec les standards les plus élevés. D'autant que le gouvernement a tout ce qu'il lui faut pour adopter cette norme «dès demain matin», a insisté le Dr Barrette. «Il n'y a aucun obstacle organisationnel, technique, financier qui en empêche l'application partout au Québec.»

Par ailleurs, la Coalition priorité cancer a une fois de plus remis en doute la décision de Québec de remonter une seule année en arrière pour faire sa révision. «Nous croyons qu'il aurait fallu réviser les tests de toutes celles qui ont reçu un diagnostic de cancer ces cinq dernières années, et cela pour une raison fort simple, nous croyons que certaines d'entre elles pourraient encore tirer avantage d'un traitement hormonal ou ciblé.» Ce n'est pas l'avis du ministre Bolduc, qui a dit s'en remettre ici «à l'opinion de [ses] experts».