Syndicalisme et pandémie grippale - Les professionnelles de la santé sont exclues du processus de consultation

«On pense que les travailleuses de la santé et les personnels en soins sont les mieux placés pour faire un choix par rapport à leur santé.»
Photo: Agence Reuters Chris Wattie «On pense que les travailleuses de la santé et les personnels en soins sont les mieux placés pour faire un choix par rapport à leur santé.»

Il y a eu des frictions, à propos de l'affectation des travailleurs, avec la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) depuis le début de la pandémie de grippe A (H1N1). Il y a un manque de concordance entre le discours du ministre de la Santé et les mesures prises par les directions d'établissement. Dans ce cas comme dans bien d'autres, les infirmières peinent à recevoir une oreille attentive des autorités en place, malgré la place prépondérante qu'elles occupent dans le réseau de la santé.

Dans un premier temps, Régine Laurent, présidente de la FIQ, se penche sur le problème des tâches auxquelles sont affectées ses membres: «Il y a des employeurs qui ont effectué de mauvaises affectations. Par conséquent, les gens se retrouvaient encore dans un endroit ou dans un centre d'activité potentiellement dangereux, si on pense d'abord aux femmes enceintes qui étaient appelées à côtoyer des porteurs du virus H1N1.» La FIQ est intervenue et continue de le faire: «Malheureusement, il y a un décalage entre ce que dit le ministre Bolduc, qui demande la compréhension, et son application par des patrons qui ne suivent pas son leadership. Il faut donc continuer de se battre.»

Il y a également un affrontement sur le droit des personnels de la santé de refuser le vaccin: «Là encore, on est toujours en pourparlers, parce que le ministre continue de dire que ces gens-là risquent d'être retournés à la maison sans salaire et ne veut pas respecter ce qui est bien écrit dans nos conventions collectives.» La Fédération prône toujours le libre choix sur le plan de la vaccination: «On pense que les travailleuses de la santé et les personnels en soins sont les mieux placés pour faire un choix par rapport à leur santé.» Il s'agit d'une minorité, sans doute, dont la volonté doit être respectée, et tout indique que la très grande majorité de cette population opte pour le vaccin, selon le déroulement des opérations en cours.

L'inquiétude croît...

La présidente craignait déjà la semaine dernière que ne survienne un manque de vaccins, au moment où la deuxième vague de la pandémie commençait à laisser sa marque: «Ce ne sont pas tous les travailleurs de la santé qui ont encore été vaccinés et, si tel devait être le cas, ça va créer de méchants problèmes dans les lieux de vaccination. Présentement, on essaie de faire comprendre au ministère qu'il devrait y avoir un plan national appliqué par toutes les régions; de cette façon, il y aurait peut-être moins de heurts.» La situation n'est pas la même d'un endroit à l'autre: «Je comprends que les agences régionales de la santé ont un pouvoir décisionnel mais, dans ce cas-là, la Direction de la santé publique devrait dire: "Voilà comment cela va se passer partout d'une région à l'autre."»

Régine Laurent remet en question la logistique retenue pour la campagne de vaccination: «Les gens avaient leur culture et ils étaient habitués de recevoir leur vaccin contre l'influenza chez leur médecin, dans un CLSC ou chez leur employeur dans les gros milieux de travail. Tout le monde doit maintenant se ramasser en ligne au Palais des congrès, au Stade olympique ou dans des endroits du même genre. Ben voyons! On a un problème à ce sujet, parce qu'on n'a jamais été consulté sur les lieux de l'opération, ni par le ministère ni par la Direction de la santé publique. On se retrouve devant le constat et devant le fait accompli: comment va-t-on gérer le stade? On rassemble des milliers de gens dans un même lieu et, si parmi ces personnes il y en a certaines qui sont en période d'incubation, on peut difficilement contrôler cela. À notre avis, il est plus facile de limiter la propagation dans de plus petits lieux. On n'a pas été consulté, mais c'est un sujet qui nous interpelle.»

Pour autant, la FIQ reconnaît le bien-fondé d'une campagne publique de vaccination: «On est clair là-dessus: la population doit suivre les recommandations de la Direction de la santé publique. On est parfaitement d'accord avec les corps de groupes prioritaires qui ont été retenus par la Direction de la santé publique. C'est important, parce qu'on a quand même une bonne proportion de personnes qui sont immunodéficientes ou qui souffrent d'une maladie chronique.»

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Collaborateur du Devoir

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