Médicaments génériques - Le Québec fait bande à part pour le choix des médicaments

Les Québécois continuent de payer une note plus salée pour se procurer des médicaments d'origine plutôt que génériques. Pendant ce temps, l'industrie des génériques ne cesse d'enregistrer des gains ailleurs dans le monde et au Canada.

Selon IMS Health Canada (Intercontinental Medical Statistics), les ventes de médicaments d'origine occupent toujours une place prépondérante dans l'ensemble du pays: elles se chiffrent à 15 milliards de dollars, soit près de 80 % des achats de médicaments par les Canadiens. En contrepartie, les ventes de médicaments génériques s'élèvent à 3,9 milliards, soit 21 % du marché de détail. Yves Dupré, directeur exécutif de l'Association canadienne du médicament générique (ACMG), examine la situation de l'industrie: «Il y a une chose extrêmement importante à observer: c'est que partout au Canada il existe une croissance soutenue des médicaments génériques, sauf que le Québec, sans en être exclu, demeure quatre à cinq points en retard sur le reste du pays à ce chapitre.»

La raison en est bien simple: «Le gouvernement du Québec, depuis 20 ans au moins, a choisi de privilégier le médicament d'origine et d'adopter un certain nombre de règlements qui en favorise l'acquisition par les citoyens. Par exemple, il y a la fameuse règle de 15 ans qui fait en sorte que, même si les brevets sont échus, l'État continue de rembourser le médicament le plus cher, ce qui lui coûte environ 120 millions de dollars par année.» Le Québec utilise donc environ 15 % de médicaments génériques, contre 20 % pour l'ensemble du Canada.

Il y a deux ans, le gouvernement québécois a tout de même effectué un bond en avant en adoptant sa politique du médicament: «Une nouvelle réglementation du marché est apparue ici. C'est la première fois qu'on reconnaît implicitement le rôle que jouent ces médicaments dans l'économie du Québec en matière d'emplois et d'investissement en recherche.» Cette loi change aussi l'aspect marketing du produit. «Auparavant, c'était très restrictif et on nous imposait complètement des barrières. La loi autorise maintenant qu'il y ait jusqu'à 20 % du total des achats du pharmacien qui soient consentis à des avantages pour le patient et non pour le pharmacien; à titre d'exemple, les fabricants de médicaments génériques sont très fréquemment des commanditaires de journées du diabète dans une pharmacie.»


Le désaveu du public et des médecins

Comment expliquer que les consommateurs ne se tournent pas davantage vers les médicaments génériques, dont les prix sont nettement plus bas pour les mêmes effets? Yves Dupré apporte cet éclairage. «Il y a d'abord la règle des 15 ans. Au moment où le patient doit prendre un médicament, si le gouvernement lui dit qu'il va rembourser le plus cher, cela tend à lui faire penser que l'autre est moins bon, même si Santé Canada reconnaît chaque année que les médicaments génériques sont exactement identiques à ceux d'origine.»

Il fournit une deuxième raison suscitant cette tendance lourde: «De façon très générale, les médecins prescrivent des médicaments d'origine, et très rarement des médicaments génériques. Ils sont des promoteurs des premiers de façon systématique.» Sur le plan social, il existe certaines raisons pour expliquer un tel choix professionnel: «D'abord, à partir du moment où un étudiant en médecine arrive à l'université, il est placé en présence des grandes sociétés pharmaceutiques qui fournissent toutes sortes de subventions pour la recherche, etc. Aussi, il y a ce mythe selon lequel cette recherche se ferait exclusivement du côté des médicaments d'origine; il est vrai qu'il s'en fait sur le plan fondamental par les fabricants de ces derniers mais, du côté de la recherche clinique, les fabricants de médicaments génériques consentent une plus grande part de leur budget à cela que ne le fait l'industrie des médicaments d'origine.»

Pour faire contrepoids, les pharmaciens entrent en jeu: «En ce moment, ils sont les seuls à favoriser les médicaments génériques. Ils sont autorisés à dire au patient détenant une ordonnance d'origine qu'il existe un médicament générique qui coûte en moyenne 50 % moins cher; ils agissent de cette façon assez fréquemment.»

Mise en valeur des médicaments génériques

L'un des moyens d'assurer l'essor des médicaments génériques consisterait à modifier la règle des 15 ans sur les brevets, comme le prône M. Dupré: «On comprend à l'origine pourquoi cette loi a été mise en place, mais elle est devenue extrêmement onéreuse; elle coûtait au gouvernement du Québec environ 45 millions de dollars par année il y a sept ou huit ans et celui-ci a démontré, selon des études, qu'il en tirait des profits de l'ordre de 60 millions de dollars, ce qui lui donnait raison d'agir ainsi. Toutefois, après l'arrivée aujourd'hui de plusieurs nouveaux médicaments qui sont devenus génériques, on en est rendu que cela coûte 120 millions de dollars annuellement à l'État pour maintenir cette règle de 15 ans.» Le gouvernement continue de rembourser le médicament le plus cher même si de nouveaux médicaments très utilisés se retrouvent maintenant sous forme générique.

Le Québec est le seul de son camp à se comporter de cette façon. «Partout ailleurs au Canada, on insiste pour rembourser ceux qui sont les moins chers.» N'oublions pas une chose: «Même si on effectuait le remboursement systématique de tous les médicaments génériques qui existent, cela n'occuperait qu'environ 20 à 22 % du marché; le reste irait aux médicaments d'origine parce que les brevets sont toujours en vigueur.»

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Collaborateur du Devoir

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