Montréal - La vaccination des bambins est devancée

Vaccination
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Vaccination

Comme Québec et Ottawa avant elle, Montréal a dû défendre hier sa stratégie pour combattre la grippe A(H1N1). La machine de la métropole a été longue à mettre en place, «mais une fois bien huilée, elle ira plus vite que les autres», ont promis les autorités de la santé publique, qui affirment pouvoir rattraper le retard pris jusqu'à présent.

À Montréal, le tiers des hospitalisations attribuables à la grippe A(H1N1) concernent des enfants de moins de cinq ans. Ces chiffres inquiètent le directeur de la santé publique, le Dr Richard Lessard, qui a devancé la vaccination des tout-petits ce matin. Il a fait de même avec les femmes enceintes, un rapport de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) montrant que le risque de complications est décuplé à partir du deuxième trimestre.

Cette décision bousculera l'ordre de priorités fixé par l'Agence. Contrairement à ce qui était annoncé en début de semaine, les familles des enfants d'âge préscolaire et les proches immédiats des personnes immunosupprimées verront donc la date de leur immunisation repoussée. En tout, dix sites de vaccination ouvriront ce matin sur l'île et quatre autres demain. Les détails devaient être rendus disponibles sur le site Pandémie Québec, ce qui n'avait pas été fait hier soir.

Ces sites, ouverts sept jours sur sept, de 8h à 20h, accueilleront exclusivement les enfants de six mois à soixante mois, les familles des nourrissons de moins de six mois, les personnes immunosupprimées et les femmes enceintes de plus de 20 semaines, carte d'assurance maladie en main. Lundi, ce sera au tour des femmes enceintes de moins de 20 semaines d'être appelées. «Nous demandons à la population de respecter ces priorités», a demandé le Dr Lessard.

Comme ailleurs au Québec, un système de coupons permettra de contrôler l'accès au vaccin et de mieux planifier la vaccination en donnant une heure de rendez-vous à tout le monde. «Notre objectif est que personne n'ait à attendre plus d'une heure avant de recevoir son injection», précise le président-directeur général de l'Agence, David Levine.

Cette réorganisation de dernière minute s'explique par le nombre limité de vaccins livrés jusqu'à présent. «Si nous avions toutes les doses en notre possession, nous pourrions vacciner toute la population montréalaise en cinq jours», estime M. Levine. Mais Montréal n'en a reçu que 311 000 jusqu'à présent. De ce nombre, 180 000 doses ont déjà été livrées aux établissements pour la vaccination des grands malades et du personnel de la santé.

Les doses restantes serviront aux vaccinations de masse qui débutent ce matin. À noter que les tout-petits ne recevront finalement qu'une demi-dose et n'auront donc pas à revenir 21 jours plus tard pour une deuxième injection. Si la vaccination va bon train et que les doses sont livrées à temps, l'Agence pourrait réviser sa séquence et inviter la population à se présenter plus tôt que la date prévue, soit le 7 décembre. «Cela pourrait être devancé au 30 novembre ou même au 25», a laissé entendre M. Levine.

Au printemps dernier, Montréal avait été particulièrement touchée par le H1N1. Pas cette fois, où la progression du virus est réelle mais reste dans la moyenne québécoise. La pression sur les établissements devrait toutefois s'accentuer dans les prochaines semaines, prévient Louise Ayotte, directrice des affaires médicales et universitaires à l'Agence. Des cliniques dédiées uniquement aux syndromes d'allure grippale (SAG) seront ouvertes à partir de lundi pour désengorger les urgences.

Les hôpitaux ont également commencé à déployer leur plan de délestage pour faire face au flot grandissant de patients qui se présentent pour un SAG. Ainsi, des consultations externes et des chirurgies non urgentes ont été annulées pour déployer ce personnel là où la pression est la plus grande, dans les urgences et les soins intensifs, qui fonctionnent déjà à 150 % de leur capacité.

À Québec, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a par ailleurs jugé «inacceptable» la décision du CSSS du Suroît d'administrer une cinquantaine de doses du vaccin aux détenus de la prison provinciale de Salaberry-de-Valleyfield. L'ordre de priorité devra être respecté par tous, a dit le ministre, qui assure qu'aucun passe-droit ne serait accordé à quiconque.

En Alberta, un fonctionnaire ayant permis aux joueurs des Flames de Calgary d'être vaccinés en priorité avec leur famille a été licencié. À Montréal, l'Agence a déploré que des employés aient profité de leur accès aux vaccins pour immuniser leurs proches au mépris des priorités fixées par Québec. Des mesures ont été prises pour mettre un terme à cette pratique qui a cours aussi dans d'autres régions. Il a été impossible de savoir comment.

Enfin, à Ottawa, la porte-parole du Parti libéral du Canada (PLC) en matière de santé, Carolyn Bennett, a déposé une motion, appelant le gouvernement à offrir davantage d'argent aux provinces et territoires afin de les aider à répondre à la deuxième vague de grippe A(H1N1).

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Le virus en chiffres

Au Québec (depuis le 30 août)

- Personnes hospitalisées: 329, dont 88 dans les 24 dernières heures. Âge moyen: 26,7 ans.

- Personnes admises aux soins intensifs: 43, dont 11 étaient en parfaite santé auparavant. Âge moyen: 43,7 ans.

- Décès: 3.

À Montréal (depuis le 1er octobre)

- Personnes hospitalisées: 36.

- Personnes admises aux soins intensifs: 4.

- Décès: 1.

- Éclosions grippales dans les écoles: 38, dont 8 cette semaine.

- Éclosions grippales dans les hôpitaux: 2.

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