H1N1: la méfiance populaire inquiète Québec

La méfiance grandissante à l'égard du vaccin contre la grippe A(H1N1) inquiète le ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc. Québec a en effet du mal à faire entendre son message dans le tonnerre de critiques et de théories plus ou moins loufoques relayées ces jours-ci dans la sphère publique comme dans le cyberespace. « Le H1N1 est un vrai défi de communication. Et on ne peut pas blâmer la population. C'est à nous de rendre l'information claire et intelligible », admet le ministre.

Le message véhiculé par Québec est pourtant « simple », croit Yves Bolduc. Il est de surcroît scientifiquement solide. « Notre discours est clair et il est appuyé par nos experts de la santé publique », qui eux-mêmes s'appuient sur les recommandations faites par les experts de l'Agence de la santé publique du Canada et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Ceux-ci prescrivent la vaccination massive comme principal moyen de contrôle de la pandémie, qui a fait un peu plus de 4100 morts jusqu'à présent dans le monde.

Cette stratégie mondiale est pourtant remise en doute quotidiennement dans des courriels, des forums de discussions, des lettres de lecteurs, des sites Internet, des sites de réseautage comme Facebook ou même des conférences et des congrès publics. « Bienvenue au XXIe siècle », résume le ministre Bolduc, qui doit apprendre à travailler avec la réalité de l'instantané en temps de crise. « Nous faisons tout ce qu'il faut pour donner aux gens une information juste, rapidement. Il en va de notre devoir d'information et de transparence. »

Deux types de discours viennent toutefois court-circuiter le message officiel. Les premiers prennent la forme de charges antivaccination qui misent sur la peur du complot. Ces attaques sont pour la plupart dénuées de tout fondement scientifique. Plusieurs sont carrément loufoques, comme ces allégations de manipulations bioterroristes visant à éradiquer la moitié de la population terrestre par l'entremise d'un vaccin truqué dans un laboratoire secret appartenant tantôt aux forces américaines, tantôt à des terroristes d'al-Qaïda.

D'autres discours mettent toutefois en lumière des omissions ou des contradictions réelles dans le message en demi-teintes des autorités sanitaires. La communauté scientifique elle-même contribue à brouiller le message. Encore cette fin de semaine, l'OMS a remis en doute la validité d'une étude canadienne qui concluait que les personnes ayant reçu un vaccin contre la grippe saisonnière étaient deux fois plus susceptibles de contracter le virus pandémique.

La semaine dernière, c'était au tour du Journal de l'association médicale canadienne de contester l'efficacité du lavage des mains dans la chaîne de contamination du virus, pourtant la pierre angulaire des mesures de prévention mises en branle par Québec. Dans tout ce charivari d'études contradictoires, même les spécialistes en perdent leur latin. En France et en Angleterre, plus de la moitié des effectifs infirmiers compte refuser le vaccin contre la grippe H1N1. Ici, des médecins n'hésitent plus à aller à contre-courant en émettant des doutes sur la stratégie canadienne. Quand ils ne se prononcent pas ouvertement contre la vaccination... Résultat, un Canadien sur deux affirme ne rien vouloir savoir du vaccin contre le H1N1.

Tout ce battage, fondé ou pas, nuit aux efforts de la santé publique, croit le ministre Bolduc. « Je ne peux pas empêcher quelqu'un d'écrire dans les journaux que c'est un complot terroriste fomenté par les talibans ou je ne sais qui d'autre. Que ce soit vrai ou non, ça ne change rien. [...] Je ne peux pas non plus empêcher les gens de reprendre nos propos et de les déformer à leur avantage. »

Québec entend donc taper sur le même clou jusqu'à ce que le message fasse son chemin. Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage disait Boileau. « Je pense que la population est intelligente et que la majorité des gens est capable de comprendre que nous sommes là pour donner l'information la plus juste possible », croit le ministre de la Santé.

Ce dernier admet toutefois que les inconnues sont nombreuses dans l'équation. La vaccination est en effet une approche populationnelle qui vise à protéger le plus grand nombre de personnes possible contre un virus que l'on connaît encore mal. Une approche qui fonctionne de surcroît sur la gestion des risques. Car risques il y a. « À la question: "est-ce que c'est possible que...", je réponds que tout est possible. Maintenant, une fois que la bonne information a été donnée à la population, chaque personne est libre de recevoir le vaccin ou pas. »

Personnellement, le ministre recommande le vaccin sans hésiter à tous ceux qui croisent son chemin. Et à ceux qui doutent encore, le Dr Bolduc rappelle l'épidémie de méningite à méningocoque qui a secoué le Québec en 1992-1993. À l'époque, personne ne voulait être vacciné, rappelle le ministre. Et soudain, « en l'espace de deux semaines, on s'est mis à voir jusqu'à deux cas par jour. Quand il y a eu deux morts, tout le monde a voulu le vaccin ».

Cela dit, le ministre Bolduc tient à le répéter, personne ne sera obligé de recevoir le vaccin. Chacun choisira en toute connaissance de cause. Et personne ne sera laissé pour compte. « Ceux qui ne voudront pas être vaccinés, ce sera leur choix et si, en cours de route, on voit qu'il y a des affaires qui ont plus d'incidence [que d'autres], on va leur offrir le plus de support possible, dans la mesure des moyens mis à notre disposition. »
42 commentaires
  • Yves Archambault - Inscrit 6 octobre 2009 00 h 21

    h1n1 bla-bla-bla.

    dites au ministre qu'il est trop tard. ma décision est prise. j'ai 65 ans et je ne me ferai pas vacciner cet année ni la saisonnière ni la h1n1. j'écoute BBC world news, tv5, radio-can. les infos son contradictoires et incohérentes, dans le doute abstient toi. en vérité çà me fait penser au bog de l'an 2000.

  • Doris Brulotte - Abonnée 6 octobre 2009 00 h 41

    Des questions troublantes subsistent

    Une composante du vaccin, un adjuvent, n'aurait pas été testée avec le vaccin pour ses effets potentiellement néfaste sur la population.
    On peut comprendre que plusieurs s'interrogent sur le risque que ce vaccin peut représenter. Quand on sait que le H1N1 pour la majorité de la population c'est une grosse grippe... Quel est l'avantage véritable d'être vacciné ???

    La confiance se mérite par la clarté... Qui gagne vraiment avec ce vaccin ? La population ? Quelques pharmaceutiques ? Trop de doutes subsistent.

    Bernard Tremblay
    Québec

  • Simon Blais - Inscrit 6 octobre 2009 06 h 48

    santé publique?

    Que la moitié de la population ne veuille rien savoir du vaccin ne nuit pas à la santé publique, monsieur Bolduc, ça fait seulement perdre beaucoup d'argent à une compagnie pharmaceutique qui en a pas vraiment besoin.

    Les élites politiques sont toujours promptes à parler de vaccination et d'un XXIe siècle rempli de malencontreux virus, mais on ne les entends pas souvent nous parler du renforcement du système immunitaire par des moyens naturels, tels que réduire la pollution, manger des produits non-chimiques ou encore cesser de récurer et de désinfecter tous les racoins de la maison (même les jouets - posez-vous la question pour vos enfants: qu'est-ce qui est mieux pour lui et son système immunitaire: quelques bactéries, ou du febreeze chimique à senteur de brise marine?).

  • Guillot Sophie - Inscrite 6 octobre 2009 07 h 15

    Recommandations

    Santé Canada et l'OMS ont eux mêmes de prises de positions très discutables et contradictoires.

    L'OMS par exemple a recommandé il y a des semaines de ne plus faire de tests systématique pour les cas recensés de grippe AH1N1 et les distinguer de la grippe saisonnière. Pourquoi donc faire une telle recommandation ? Cela implique entre autres que les cas que l'on nous dit avoir comptabilisés de la grippe porcine AH1N1 ne sont que des hypothèses de cas et pas des certitudes, puisque de l'aveu même de l'OMS les deux grippes donnent sensiblement le même genre de symptômes.

    Bolduc doit être bien embêté en effet, parce que la commission qu'il touchera risque d'être moins grosse que ce qu'il espérait de la part des laboratoires. Tout comme les laboratoires vont faire un chiffre d'affaires moins gros que prévu. Encore que ils font actuellement plein de sous en vendant des hectolitres de gel hydroalcoolique, ce qui coûte infiniment plus cher que du bon vieux savon et une serviette propre avec un peu d'eau.

    Que voulez vous, le public a du bon sens, il y a à ce jour environ 4000 cas de morts dans le monde, alors que la grippe saisonnière tue plus de 250 000 personnes chaque année, et parfois 500 000 ... alors, étant donné qu'on ne peut certifier que le vaccin n'aura pas d'effets secondaires, et que ce nouveau vaccin a été mis en place à toute allure, quand de plus les laboratoires ont négociés avec plusieurs Etats dont les USA et le Canada une immunité juridique, les patients ont parfaitement le droit de préférer prendre le risque d'attraper une grippe qui restera pour la majorité assez bénigne plutôt que de se retrouver avec une maladie de Guillain Barré, une myofasciite à macrophages, une sclérose en plaques ou autre maladie qui est très loin d'être aussi anodine que la grippe.

    Le personnel de santé en France se méfie et à juste titre. Suite à la campagne de vaccins contre l'hépatite B, la Sécurité Sociale a enregistré 85 000 cas de déclaration de sclérose en plaques au lieu de 25 000 cas par an. Et le vaccin contre l'hépatite B reste encore aujourd'hui obligatoire pour les professionnels de santé... Les infirmiers par exemple, ont payé un large tribut à ce vaccin , ils n'ont pas envie de servir de cobayes et participer à une vaccination de masse. La France à l'heure actuelle comptabilise moins de 30 morts pour tout le pays dont 6 pour la métropole, et surtout la plupart des décès ont eu lieu sur des personnes porteuses de pathologies assez lourdes sur le plan respiratoire , immunitaire, cardiaque etc... ( la première victime française avait 14 ans et elle avait une tuberculose, et une maladie immunitaire depuis sa naissance, de quoi serait elle décédée d'ici peu de mois ou d'années avec un tel dossier ?)

    Bolduc nous parle de la communication, je conseille vivement aux lecteurs d'aller regarder de très près ce que le site de Santé Canada publie, il y de quoi dresser les cheveux sur la tête pour peu qu'on aille vérifier avec d'autres sources ce que cet organisme prétend.

  • Serge Charbonneau - Inscrit 6 octobre 2009 07 h 33

    Les graves lacunes de l'information.

    Je crois que les théories loufoques ne sont pas suffisamment creusées par les journalistes professionnelles.
    Si ces théories loufoques ont tant de popularité, c'est que rien de sérieux ne les contredit.

    On dit simplement que ces théories sont «loufoques». Voyons, est-ce suffisant?
    Où sont donc nos journalistes d'enquête? Où sont donc les débats, les tables rondes, l'information?

    Voilà que la méfiance populaire inquiète Québec!

    Le ministère de la Santé devrait peut-être considérer sérieusement les peurs de la population. Peut-être qu'une partie est loufoque peut-être qu'une partie est fondée. De ridiculiser les craintes soulevées m'apparaît simpliste et tranchant.
    Lorsque le seul argument est de dire que ce sont des conneries, le débat m'apparaît louche.

    Les compagnies feront des milliards, des milliards de nos impôts. Le vaccin proposé a été rapidement élaboré, faute de temps, les essais cliniques n'ont pas été faits. On se fait vacciner en se croisant les doigts. Le vaccin est-il pire que la maladie?
    Et la maladie, à quel point est-elle si dramatique?
    La grippe est répandue sur la terre entière, nous l'avons tous régulièrement. Certaines personnes à la santé fragile meurent de la grippe chaque année depuis toujours. La fameuse grippe H1N1 n'est-elle pas qu'une autre sorte de grippe n'ayant rien de plus virulent que nos bonnes vieilles grippes? Nous fait-on peur?
    Sommes-nous en mode panique?
    Nous met-on en mode panique?
    Où donc est l'information que nous devrions avoir quotidiennement? Je ne parle pas du nombre de morts, mais je parle des caractéristiques des personnes mortes. Qui donc sont les victimes? Des jeunes, des vieux, des personnes ayant d'autres troubles sérieux de santé. La grippe H1N1 tue-t-elle de la même façon que la grippe "ordinaire"?

    Bien des questions. Peu de statistiques complètes, peu de débats, peu de rapport de recherche, très peu d'information autre que la fameuse progression du virus et de la fameuse "disponibilité " du vaccin.

    Les peurs ne sont pas loufoques. Ce qui est loufoque, c'est le journalisme sérieux.

    Il faut sortir le profil complet des personnes qui en sont victimes.
    Il faut sortir les rapports de recherche des pharmaceutiques.
    Il faut aussi indiquer clairement les profits de certains.

    Si la race humaine est vraiment menacée, les laboratoires pharmaceutiques devraient être réquisitionnés et mis en service pour sauver la race. Seul leur coût d'opération devrait être déboursé, il devrait y avoir une interdiction d'engranger le moindre profit sur le dos de cette terrible épidémie. Juste cette politique pourrait en partie rassurer certains citoyens. Lorsqu'on voit les montants faramineux que ce super vaccin va déplacer dans les coffres de certains, on doute malgré soi.


    Lorsqu'on dit:
    «Le message véhiculé par Québec est pourtant «simple». Il est de surcroît scientifiquement solide. «Notre discours est clair et il est appuyé par nos experts de la santé publique», qui eux-mêmes s'appuient sur les recommandations faites par les experts de l'Agence de la santé publique du Canada et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Ceux-ci prescrivent la vaccination massive comme principal moyen de contrôle de la pandémie, qui a fait un peu plus de 4100 morts jusqu'à présent dans le monde.

    Il ne suffit pas de dire que le message est simple, scientifiquement solide et de parler «d'Experts» du ministère de l'OMS et de la planète mars. Ceux qui ont aussi des théories «loufoques» sont aussi dans bien des cas, des «experts», leur message est aussi simple et très scientifique.

    De dire qu'il y a eu 4100 morts jusqu'à présent, n'est pas non plus valable. Cette donnée n'apporte strictement rien au débat sur la qualité et l'utilité du vaccin. Ces 4100 morts ne servent qu'à convaincre par LA PEUR.

    On ne débat pas des points scientifiques soulevés par les experts, mais on nous sert la peur et l'assurance des «experts» dits "sérieux".
    Il n'y a pas de scientifiques sérieux et d'autres ridicules, il y a des théories qu'on doit sérieusement confronter.
    Il y a aussi des sommes d'argent considérables en jeu.
    Ce sujet ne concerne pas la croyance, le complot ou l'émotivité. Ce sujet est purement scientifique, il faut que le débat scientifique avec experts et preuves à l'appui se fasse dans les médias et sur la place publique.

    L'absence d'information sérieuse nous entraîne à «croire» ou pas les différentes théories.
    Quelle est la théorie la plus loufoque? Celle que le H1N1 va nous éliminer ou celle que le vaccin contre le H1N1 va faire plus de victimes que la grippe elle-même ?
    Qui sait ?

    Le ministre Bolduc dit avec assurance possédé la Vérité. Tous les autres sont des fous complotistes... Ça devient lassant à la fin ce discours.
    Lorsqu'une théorie ne tient pas, on en parle et on le démontre. Il est trop facile de simplement la ridiculiser.

    On devrait aussi enquêter sur la compagnie Purell qui fait des affaires d'or avec sondit savon antibactérien qui se retrouve partout comme un grand produit salutaire.

    La bonne nouvelle c'est qu'il n'y aura pas de dictature médicale:
    «Le ministre Bolduc tient à le répéter, personne ne sera obligé de recevoir le vaccin.»


    Serge Charbonneau
    Québec