Avortements: le ministre Bolduc se plie aux suggestions du Collège

Québec retira les avortements de l'application de la loi 34, conformément aux recommandations du Collège des médecins, et la clinique de l'Alternative continuera à offrir ce service aux femmes. Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a attendu cinq heures pour donner son aval à cette proposition par voie de communiqué.

La clinique de l'Alternative est donc revenue sur sa décision. En vacances, sa directrice, Micheline Dupuis, a confirmé au Devoir qu'elle reconsidérait sa résolution initiale, prise à la mi-juin. «Deux de mes trois médecins sont disponibles, le troisième pourrait revenir après trois mois. Nous allons être un peu au ralenti au début», dit-elle.

Sa décision de juin n'était pas prématurée, analyse-t-elle avec du recul. «Je me sentais coincée [par ces normes]. Rien ne bougeait dans le dossier. On voit que notre décision a finalement fait bouger les choses, même si ce n'était pas l'intention de départ. Tant mieux pour les femmes.»

Inutile «de s'habiller en chirurgien quand on fait des IVG, a confirmé le Dr Lamontagne. Pas besoin de salle d'opération là-dedans; une salle spécifiquement dédiée aux IVG suffit. Je ne pense pas non plus qu'on a besoin de la ventilation à pression positive qu'on retrouve dans les salles d'opération», a-t-il tranché. «Je vais suivre ces recommandations à la lettre», a répondu le ministre Bolduc lors d'un court point de presse.

Satisfaites du dénouement, les cliniques restent un peu amères. «C'est malheureux d'avoir encore eu à se battre pour le droit des femmes à l'avortement, ça mine notre énergie», dit la

Dre Francine Léger, de la clinique Morgentaler, même si elle est heureuse et soulagée. Sa clinique, ainsi que la clinique Fémina seraient déjà conformes aux normes transmises par le Collège au ministre ce matin, et leur fonctionnement ne subira pas d'entrave. La Dre Léger déplore toutefois qu'elle doive encore fonctionner avec des quotas plus bas que sa capacité.

Le Dr Claude Paquin, de la clinique Fémina, se réjouissait lui aussi, mais pour lui «ce n'est pas normal que la situation ait dégénéré dans un pays où la liberté de choix des femmes devrait être acquise. Ça veut dire que ça ne prend pas grand-chose pour remettre cette liberté-là en jeu».

Le Dr Lamontagne a défendu les cliniques hier, affirmant que ce sont «des endroits beaucoup plus intimistes, où la relation humaine est beaucoup plus importante» que dans les hôpitaux.

Il attribue la controverse des dernières semaines à un manque de communication et à une «interprétation» inadéquate des normes du Collège par le ministère de la Santé. «C'est un peu une tempête dans un verre d'eau et peut-être que si on s'était parlé plus régulièrement», ça ne serait pas arrivé, a-t-il concédé. Le Dr Lamontagne n'exclut pas le fait que d'autres chirurgies devront être examinées avant le 30 septembre.

Le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le Dr Gaétan Barrette, craint que le privé sacrifie d'autres interventions lors de l'application de la loi 34, le 30 septembre prochain. «D'autres procédures vont arrêter, parce que c'est trop compliqué [de devenir une CMS]». Il évoque le cas des chirurgies plastiques remboursées par l'assurance maladie, requises après un cancer du sein.

En point de presse, le ministre de la Santé s'est dit prêt à «regarder avec le Collège des médecins s'il y a d'autres interventions à faire».

Pluie de critiques sur le ministre

Les partis de l'opposition ont fustigé le ministre de la Santé, Yves Bolduc. L'ADQ demande même sa tête. «Le ministre doit être élevé au rang de catastrophe naturelle. Il doit démissionner ou le premier ministre doit le remplacer», estime Éric Caire. «Il a menti quand il a dit que les normes émanaient du Collège des médecins, les fédérations l'ont averti en commission parlementaire, il a fait à sa tête et a créé cette crise-là. Il aggrave la situation dans tous les dossiers qu'il touche», ajoute-t-il en entrevue avec Le Devoir.

Le député péquiste Bernard Drainville a été plus nuancé, mais critique la lenteur du ministre à réagir. «Aujourd'hui, ça lui a pris plusieurs heures alors qu'il aurait pu sortir dans la minute où le Collège des médecins» exprimait ses recommandations. Cette lenteur est selon lui symptomatique de l'attitude du ministre depuis le début de la controverse. «Il aurait dû écouter les médecins, qui disaient que les normes étaient excessives, la décision était évidente et il a plutôt laissé croire que son gouvernement voulait rouvrir le débat sur l'accès à l'avortement.»

Les Fédérations des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) et des médecins spécialistes (FMSQ) ont entériné rapidement le geste du Collège des médecins. «Malheureusement, le ministre n'a pas suivi nos recommandations, exprimées pendant la commission parlementaire. S'il n'avait pas inclus les IVG dans la loi 34, comme nous le suggérions dès le départ, il n'y aurait jamais eu ce débat», souligne le président de la FMOQ, le Dr Louis Godin.

«Si le ministre n'est pas capable de fonctionner avec [les intervenants du secteur de la santé]», dit le président de la FMSQ, Gaétan Barrette, qu'il soit remplacé. «Tout le monde constate ses cafouillages depuis un an et ça me trouble, car il semble que le premier ministre le cautionne», a-t-il dit au Devoir.

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